MONTRÉAL – Pour un programme de football qui n’a vu le jour qu’en 2009, les Scorpions de l’école secondaire Armand-Corbeil de Terrebonne comptent un nombre impressionnant d’anciens dans des programmes universitaires majeurs aux États-Unis.
Le plaqueur défensif Floyd Boucard travaille sur la ligne défensive des Trojans de USC. Le receveur de passes Keeyshawn Tabuteau s’apprête à commencer sa carrière avec les Badgers de Wisconsin. Le porteur de ballon David Gabriel Georges vient d’être recruté par les Volunteers de l’Université du Tennessee. Avant même de se voir confier les responsabilités de partant à son école secondaire du Tennessee, le quart-arrière Louis Fortier a déjà reçu une offre de l’Université Marshall.
Mais le responsable du football à Armand-Corbeil, François Cajelais, a compris que Gabriel Georges était un cas d’exception quand il a été invité par les Volunteers à assister à un match au Neyland Stadium l’année dernière.
« À cause des règles de la NCAA, David n’était pas avec nous, racontait Cajelais cette semaine dans une entrevue avec RDS. Il ne s’était pas encore engagé envers l’Université du Tennessee. Je pense que huit équipes à ce moment-là étaient considérées comme finaliste pour obtenir ses services. Aucune annonce n’avait été faite. Mais dans les estrades, les gens nous entendaient parler français et ils nous parlaient de lui. Déjà, il était connu des fans des Volunteers. »
En vérité, la réputation de David Gabriel Georges dépassait alors largement les frontières du Tennessee. À sa deuxième saison à l’école secondaire Baylor, le Québécois était au cœur d’une campagne exceptionnelle qu’il conclurait avec 1756 verges de gains au sol et 27 touchés en douze matchs. L’année précédente, il avait réussi une performance d’une portée historique en courant pour 435 verges et sept touchés dans un match éliminatoire contre McCallie, le grand rival de Baylor.
Pendant qu’il réfléchissait à son avenir dans les rangs universitaire, il était considéré comme le 14e plus bel espoir issu des écoles secondaires à la grandeur des États-Unis. On parle d’un joueur qui pourrait être repêché en première ronde dans la NFL en 2030.
« Si tu m’avais dit ça [quand il était avec nous] en secondaire 4, je t’aurais dit que c’est beaucoup, reconnaît Cajelais. Mais je suis content pour lui. »
« C’est impressionnant. On a vu ça grandir tranquillement. En secondaire 3, on avait déjà des appels, des demandes d’écoles préparatoires américaines qui voulaient l’avoir. On était contents qu’il décide de rester une quatrième année avec nous. On voyait qu’il y avait quelque chose de spécial qui se passait. »
Dès la première fois que David Gabriel Georges est entré dans son champ de vision, François Cajelais a su qu’il avait un spécimen rare devant lui. Le jeune athlète était en sixième année du primaire. Il s’était présenté à Armand-Corbeil pour prendre part aux tests physiques réservés aux futurs élèves qui ont rempli une demande d’admission au programme de football.
« Ce ne sont pas des tests de football, précise Cajelais, parce que je te dirais que 60% à 75% des jeunes qu’on reçoit n’ont encore jamais joué. Je me souviens, on s’était réunis à la fin de la journée. On était huit entraîneurs, des professeurs à l’école, et tout le monde s’était fait la même réflexion. “C’était quoi, ça?” »
Une « machine » que rien n’impressionne
En 2022, alors au niveau cadet, Gabriel Georges a compilé les statistiques suivantes selon les chiffres dénichés dans les archives du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) : 89 courses, 1151 verges (moyenne de 12,9 verges par course) et 20 touchés. Il a ajouté cinq touchés, avec un total de 15 passes captées, par la voie des airs.
Sa saison suivante, chez les juvéniles, a été marquée par une blessure à une cheville, mais ça n’a pas refroidi l’intérêt à son endroit.
« Il n’avait jamais l’air de courir à 100% tellement il était fluide et naturel. Je me souviens d’un match en particulier en secondaire 2. On jouait à Letendre. On aurait dit qu’il courait au ralenti, mais il dépassait tout le monde. C’était une machine. »
— François Cajelais
Arrive toujours un moment dans la carrière d’un athlète où le talent naturel ne suffit plus. Que ça soit dans la NCAA ou dans la NFL, David Gabriel Georges arrivera un jour à une étape où ses habiletés athlétiques seules ne lui permettront plus de s’élever au-dessus de la mêlée. Il devra alors puiser ailleurs dans son répertoire pour demeurer parmi l’élite.
Son oncle Jean Agenor, qui l’accompagne dans son parcours comme un mentor et un conseiller, croit que sa discipline s’apparente déjà à celle d’un athlète professionnel. « Si tu l’appelles après 20 h, il ne va pas répondre à son téléphone. Si tu le textes, il ne va pas répondre. Si on va au Burger King, il va être avec nous en famille, mais il ne mangera pas parce qu’il se tient loin du fast food. Tout ça pour être certain d’être performant quand il arrive sur le terrain. »
Pour Cajelais, c’est la grande confiance de son ancien élève qui lui permettra de défoncer les portes.
« Je pourrais te dire sa vitesse, je pourrais te dire sa force, mais moi je pense que ce qui va l’aider à tous les niveaux, c’est que c’est un gars qui n’est intimidé par rien. Autant il est vraiment humble et qu’il ne recherche pas l’attention, autant il n’y a jamais rien de trop gros pour lui. Il ne va jamais se questionner sur ses capacités. Il a vraiment une confiance en lui qui est hors du commun. »
« Je suis certain qu’il ne se met pas une pression parce qu’il s’en va à Tennessee. Pour lui, il joue au football et il ne se pose pas plus de questions. Ça a toujours été comme ça. »





