MONTRÉAL – David Gabriel Georges était encore un élève à l’école secondaire Armand-Corbeil quand il a reçu sa première offre de bourse d’un programme de la NCAA. L’Université d’Oregon a été la première à manifester son intérêt pour le porteur de ballon de Terrebonne.
L’Université de Syracuse lui a emboîté le pas peu de temps après. « Mais dans le fond Syracuse, le Québec, c’est leur bassin, explique Jean Agenor, l’oncle du jeune footballeur. Quand ils ont entendu qu’Oregon avait fait une offre à un running back du Québec, ils ont tout de suite suivi. »
Deux équipes en compétition dans de puissantes conférences. Deux offres avant même d’avoir l’âge légal de conduire. Pour la majorité des joueurs de niveau juvénile au Québec, ça aurait été l’apothéose. Pour Gabriel Georges, ce n’était qu’une petite brise qui allait éventuellement former une tornade.
À mesure qu’il poursuivait son ascension, « DGG » a reçu un total de 35 offres de bourses. Des programmes tels qu’Ohio State, Tennessee, Georgia et Ole Miss ont composé le numéro de celui qui, après deux saisons hallucinantes à l’école secondaire Baylor au Tennessee, était considéré comme l’un des plus brillants prospects de son groupe d’âge aux États-Unis.
Quand le temps est venu pour le prodige de faire connaître ses allégeances, il avait l’embarras du choix.
« Honnêtement, je suis très sérieux quand je dis ça, j’ai toujours su que ça allait se passer de même, clame Agenor, qui a accompagné son neveu de près dans l’aventure. Il a commencé à jouer à 5 ans, il dominait déjà et à chaque niveau il dominait encore plus. À la fin, quand il jouait à Terrebonne, c’était rendu que les parents des autres joueurs demandaient à prendre des photos avec lui. J’avais jamais vu ça. »
« J’ai toujours cru qu’il y avait quelque chose de très, très spécial avec lui. Alors ce qui s’est passé, je pense que je parle pour le reste de la famille quand je dis que ça ne nous a vraiment pas surpris. »
« Je voyais ce qui se passait avec les autres joueurs du Québec qui partaient aux États-Unis. Je me disais que si eux ils avaient des opportunités comme ça, David, une fois que les Américains allaient savoir qui il est, ça n’allait juste pas arrêter. Et c’est ce qui est arrivé. »
— Jean Agenor
Gabriel Georges a annoncé sa décision le 22 juillet. L’événement a été retransmis en direct sur la chaîne YouTube du réseau américain CBS Sports. Il était le dernier espoir classé « cinq étoiles » de sa cuvée à faire connaître sa destination. Le suspense était total. Quand le moment est venu, Gabriel Georges a laissé sa sœur s’approcher de la table à laquelle il était assis et récupérer pour lui la casquette orange des Volunteers de l’Université du Tennessee.
Pour toute la famille, le dévoilement a eu l’effet d’un grand soulagement. Il marquait la fin d’un processus de trois ans qui « devenait extrêmement stressant », reconnaît Agenor. Les prétendants se faisaient de plus en plus insistants. Des rumeurs et des médisances de toutes sortes commençaient à s’immiscer dans le discours public. Le maintien des relations demandait de plus en plus de temps.
« L’affaire avec David, c’est que lui, les voyages, il n’aimait pas trop ça. Lui, son focus, c’est vraiment s’entraîner, prendre soin de son corps. Chaque fois qu’il faisait les voyages, il avait l’impression qu’il manquait à ses devoirs. Ce n’était pas celui qui allait dire : “Ah, j’ai 35 offres, je vais visiter 35 écoles”. La majorité des jeunes aurait été vraiment excités d’aller prendre des photos, des vidéos, de mettre ça sur Instagram. David, ce n’était vraiment pas ça son mindset. Il est différent comme jeune. »
Pourquoi Tennessee?
À Ohio State, Gabriel Georges avait bâti une solide relation avec l’entraîneur des porteurs de ballon Carlos Locklyn. Ce dernier était à l’emploi d’Oregon quand les Ducks ont été les premiers à manifester leur intérêt envers le Québécois.
Mais sur le campus de Knoxville, à moins de deux heures de route de Chattanooga où est située l’école secondaire Baylor, Gabriel Georges a été confronté à un argument massue. « Je m’y suis senti comme à la maison », a-t-il exprimé au moment de justifier son choix.
Il a expliqué que l’entraîneur des porteurs de ballon des Volunteers, De’Rail Simms, lui avait présenté des techniques d’enseignement originales afin d’abattre la barrière de la langue qui pourrait être un obstacle pour le Montréalais. Il a ajouté que la connexion avait été immédiate avec le préparateur physique Derek Owings.
À l’alma mater de Peyton Manning, Gabriel Georges retrouvera aussi des amis qui pourront faciliter son intégration. Deux Montréalais, le demi défensif Jamyan Theodore et le joueur de ligne offensive Jeremy George-El, s’y trouvent déjà. Il a aussi connu le joueur de ligne offensive Gabriel Osenda à Baylor.
« C’était l’endroit où il se sentait le plus à l’aise, où il se sentait plus en famille, affirme son père, Dayan Gabriel. David le répète tout le temps, la famille c’est important pour lui. Les liens qu’il a tissés là-bas, c’est ça qui l’a vraiment amené à choisir Tennessee. »
« David est très introverti. Par contre, quand on visitait Tennessee, on voyait très bien qu’il était très à l’aise dans l’environnement, note Jean Agenor. Il n’était pas toujours avec nous, il partait avec les autres. On l’a tous remarqué quand on allait là-bas. »
Des publications spécialisées aux États-Unis rapportent aussi que l’Université du Tennessee a présenté l’offre la plus lucrative à ce joueur hautement convoité. Depuis 2021, la NCAA permet à ses étudiants-athlètes de toucher une rémunération pour leurs performances et l’utilisation de leur image à des fins mercantiles.
Gabriel Georges disputera une dernière saison à Baylor pour ensuite arriver à l’Université du Tennesse à l’automne 2027. Déjà, on s’attend à ce qu’il y reste trois ans avant de déclarer son admissibilité pour le repêchage de la NFL. Il est étiqueté comme un futur choix de première ronde.
« On ne veut pas sauter les étapes, prévient Agenor. Il a dominé le secondaire au Québec, il a dominé le secondaire aux États-Unis, maintenant il faut aller dominer le niveau universitaire. Si tout ça, ça arrive, je crois que la première ronde [dans la NFL], c’est très, très possible. »





