MONTRÉAL – « Je me souviens d’avoir répété : on l’a fait les filles, on l’a fait! »
Rosalie Landry avait le meilleur siège dimanche dernier, pour le dernier jeu qui a mené au couronnement du Canada au Championnat du monde féminin de flag football.
Le meilleur siège, certes, mais un siège qui venait avec son lot de pression puisqu’elle était sur le terrain lors de ce grand moment.
La demie défensive et ses coéquipières avaient la pression d’anéantir le dernier espoir américain afin d’aider le Canada à décrocher sa première médaille d’or à la compétition depuis 2014.
Puis, Landry a vu le ballon glisser entre les mains de l’Américaine Madison Fulford à quelques pieds d’elle. Le ballon a touché le sol, et les joueuses canadiennes ont sauté de joie. Les voilà championnes du monde grâce à un gain de 27-20.
« Oui, la pression était à son plus haut, mais on était toutes très en contrôle sur le terrain. On était confiantes qu’on pouvait les arrêter », s’est souvenu Landry dans une généreuse entrevue avec le RDS.ca.
« Quand j’ai vu le ballon toucher le sol, c’est un sentiment d’euphorie qui a pris le dessus. C’était une énorme fierté pour tout le travail accompli collectivement. On n’a pas volé le titre, on a démontré match après match qu’on méritait ce titre, on a éliminé des puissances mondiales. »
Ce moment spécial, Landry a eu la chance de le vivre avec famille et amis, qui l’avaient suivi jusqu’en Allemagne pour la soutenir dans cette grande aventure.
« C’est gros pour moi. Dans les médias, on voit surtout le résultat, la victoire et la qualification pour les Jeux olympiques. Mais on ne voit pas nécessairement tout le travail qui est mis au quotidien. Ces personnes présentes, elles savent le travail qu’on fait chaque jour. C’était touchant de les voir et les entendre, il y avait quelque chose de rassurant là-dedans. »
Pour Landry et ses coéquipières, les succès des derniers jours étaient donc le point culminant de plusieurs années d’efforts et de sacrifices. Des années à rêver, mais surtout des années à y croire. À croire que le Canada pouvait à nouveau briller mondialement au flag football.
Dans la dernière semaine, la conquête de la médaille d’or a bien sûr fait les manchettes. Mais tout juste avant, les Canadiennes avaient aussi décroché le premier billet pour les Jeux olympiques de 2028.
« C’était deux grosses étapes complètement différentes. Depuis la formation de l’équipe au début de l’été, on savait que l’objectif était d’être qualifiées pour les Jeux olympiques. Mais évidemment, on voulait aussi gagner le Championnat du monde. Je ne pourrais pas dire ce qui était plus stressant entre les deux. »
Le flag football a évolué depuis les débuts de Landry dans ce sport, il y a plus d’une douzaine d’années. Une participation aux Jeux olympiques dans ce sport n’était auparavant qu’une idée utopique.
Cette idée est maintenant devenue une réalité pour la formation canadienne.
« C’était la première fois qu’une équipe se qualifiait en flag football pour les Jeux olympiques. On ne réalisait pas, on était émues. On s’est regardées et on s’est dit : “les filles, on l’a fait”. On était contentes, mais pas satisfaites. Il y avait un autre gros objectif à accomplir, celui d’aller chercher l’or », a raconté Landry au bout du fil, qui a confié n’avoir jamais participé à une compétition avec des enjeux aussi grands précédemment.
Avec le développement du flag football au fil des années, le soutien est devenu plus grand, les ressources se sont multipliées et les athlètes peuvent maintenant entrevoir une carrière au-delà des rangs universitaires.
Quand Rosalie Landry s’est lancée dans l’univers du flag football en secondaire 2, alors qu’elle fréquentait le Collège de l’Assomption, elle ne se doutait sans doute pas de tous les accomplissements qui marqueraient sa jeune carrière.
La petite Rosalie aurait sans doute une larme à l’œil de voir tout le chemin parcouru.
« Je pense qu’elle serait vraiment fière et heureuse d’avoir poursuivi ce qu’elle aimait et ce qu’elle avait envie de faire. Je suis rendu là aujourd’hui parce que ça me passionne. Elle serait vraiment fière de tout le travail et la discipline que j’y ai mis, de m’être écoutée et d’être allée au bout de ce que j’avais envie de faire. »
Et la jeune Rosalie risque d’être encore plus fière de voir le travail des deux prochaines années.
Parce qu’elles seront charnières : la prochaine étape, ce sont les Jeux olympiques de 2028. Et tout ce travail, Landry espère qu’il pourra la mener à l’ultime accomplissement.
« C’est très gros ce qu’on vient d’accomplir, mais ce n’est pas une finalité pour moi. Dans ma tête, le travail continue et je ferai tout en mon pouvoir pour me garder à niveau et continuer de prouver que je mérite ma place dans l’équipe. Il peut se passer beaucoup de choses en deux ans. Il y a beaucoup de travail à faire et il y a un processus de sélection qui continue toujours, c’est très compétitif. »





