MONTRÉAL – Il y a quelques années à peine, la Québécoise Sara Parker a bûché pour mettre en œuvre des ligues de flag football à l’école secondaire, au Cégep et à l’université. Ce week-end, elle a été élue joueuse par excellence des Mondiaux alors que le Canada s’est qualifié pour les Jeux olympiques de 2028.
Dans le milieu du flag football, qui évolue aussi vite que les passes de Parker, elle est reconnue comme une pionnière qui a surmonté des embûches. Écartée d’un camp de l’équipe nationale en 2025, Parker a redoublé d’ardeur pour démontrer l’étendue de son talent.
Quand l’équipe canadienne a confirmé son billet olympique en disposant du Mexique en demi-finale, elle ne pensait qu’à l’immense satisfaction collective.
« On était tellement contentes de célébrer ce moment-là ensemble. Il y avait beaucoup d’émotions et beaucoup de larmes aussi, on était si fières, c’était vraiment un gros objectif et tout le travail a porté fruits. C’était vraiment un moment historique d’être la première équipe à se qualifier pour les JO 2028 », a raconté Parker à RDS alors que l’équipe masculine a réussi le même tour de force, le lendemain.
Les gradins étaient bondés pour ces Championnats du monde très divertissants. Parker et ses coéquipières étaient sollicitées de toutes parts après ce gain contre le Mexique. La quart-arrière était heureuse de se plier aux nombreuses demandes de photos des partisans, mais elle tenait à faire un appel primordial.
« J’ai croisé une amie qui me disait que je devais être tellement contente. Je lui ai dit que j’avais hâte de passer à travers la foule pour appeler ma famille et célébrer ça avec eux. Puis là, elle m’a demandé, pourquoi ma famille n’était pas présente. Elle m’a répondu de me concentrer sur la partie du lendemain pour la médaille d’or et qu’elle allait s’assurer que ma maman soit là pour me voir gagner la finale. Et, comme de fait, le lendemain, je l’ai vue dans les estrades, c’était vraiment la plus belle surprise. C’est venu clore le tournoi d’une manière vraiment magique. Honnêtement, c’était le meilleur tournoi que j’aurais pu m’imaginer », a confié Parker avec reconnaissance.
L’équipe canadienne a donc conclu ce tournoi en beauté en raflant l’or en vertu d’un triomphe de 27-20 contre la formation américaine.
Bien sûr, le côté technique et la préparation ont aidé la sélection féminine à savourer un premier titre mondial depuis 2014. Mais Parker a visé ailleurs pour identifier la raison principale.
« Je pense vraiment que les équipes qui ont énormément de succès, ce sont celles qui ont une très belle culture d’équipe et une vision commune. On était très unies et on a eu énormément de plaisir. Cette équipe-là est tellement spéciale. »
Cette synergie au sein de l’équipe féminine a permis au Canada de bien réagir face aux nouveautés déployées, offensivement et défensivement, par les autres pays. En fait, l’équipe canadienne était à l’avant-plan au niveau stratégique.
« Ma première participation avec l’équipe nationale dans une Coupe du monde, c’était en 2024 en Finlande. Le niveau de jeu n’était vraiment pas comparable à ce qu’on peut voir aujourd’hui. De notre côté, on a eu la chance d’affronter des pays de l’Asie, des Amériques et de l’Europe. Tout le monde affiche un style un peu différent et c’était le fun d’être exposé à tout ça. On a pu devenir une équipe encore plus imprévisible », a expliqué Parker.
De toute évidence, l’équipe féminine arrivera aux Jeux olympiques de 2028 avec une cible dans le dos.
« On vient d’un programme de haute performance qui est tout nouveau, qui a commencé en 2025. En si peu de temps, on a eu tellement de beaux résultats. On va continuer d’apprendre et progresser, on est tellement passionnées. C’est sûr qu’on vise un podium rendu aux JO », a réagi celle qui porte le numéro 11.
Pas intimidée de pratiquer avec les hommes
Avec la popularité du flag football qui explose, il faut atteindre un niveau très élevé pour se tailler un poste sur l’équipe féminine qui ne comporte que 12 places.
La position de quart-arrière étant si névralgique avec la pression imposée par le rusher, qui ne peut pas être obstrué dans sa poursuite, Parker doit être au sommet de son art pour décocher des passes précises sans tarder.
Depuis plusieurs années, Parker a notamment décidé de travailler auprès de Myles Gibbon, un spécialiste des quarts dont la réputation a dépassé les frontières du Québec.
« J’étais l’une de ses premières athlètes féminines dans ses groupes. On a démontré que nous aussi, les filles, on avait notre place dans le football et qu’on était capable de pratiquer avec les gars. Ç’a fait en sorte qu’il y avait beaucoup de filles qui n’étaient plus tant intimidées, ça leur faisait plaisir d’aller s’incruster dans des pratiques spécialisées », a exposé Parker qui a également beaucoup investi au niveau mental afin de gérer, avec succès, les grands moments de pression.
Pour ces Mondiaux à Düsseldorf, 11 des 12 joueuses canadiennes étaient des Québécoises. Lorsqu’elles ne disputent pas des compétitions internationales, ces joueuses ont l’habitude de s’affronter au Québec ce qui a élevé leur niveau de jeu.
« On est vraiment contentes de venir de notre petit coin de pays », a avoué Parker.
Mais elle n’oublie pas que la compétition sera accrue en vue de la sélection de 2027 et 2028 alors que d’autres athlètes tenteront de ravir des postes dans cette équipe.
« Pour avoir l’équipe la plus performante en 2028, il faut qu’il y ait de la compétition. On se pousse à devenir meilleures. Être entourées d’athlètes qui sont vraiment talentueuses, c’est vraiment une bonne chose pour nous et le Canada », a soupesé Parker.
Ces Mondiaux en Allemagne étaient déjà « magiques » pour Parker et son équipe. La cerise sur le sundae a été que l’équipe féminine a pu suivre le parcours de la troupe masculine du Canada.
« On a eu la chance de regarder leur match pour le bronze tous ensemble. Quand Guillaume Béland a réussi l’interception qui qualifiait l’équipe, c’était un moment incroyable. On était tous en train de sauter et crier, ils ont tellement travaillé fort pour ça. Ça nous a donné toute l’énergie du monde pour aller gagner la médaille d’or contre les États-Unis », a conclu Parker.





