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La LIV est morte? Vive la LIV!

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Il y a quatre ans, LIV Golf a promis de révolutionner le monde du golf.

« Le golf, mais plus bruyant », disait le slogan de la ligue dissidente financée par les fonds de l’Arabie saoudite.

Si on évalue le succès de l’opération avec comme seul paramètre de la « révolution » promise, on peut dire que c’est mission accomplie, car LIV Golf a contribué à changer à jamais l’écosystème du golf professionnel. Reste qu’en réalité, c’est un échec retentissant qui s’est confirmé cette semaine avec l’échec de la relance de LIV 2.0.

Après l’annonce de la dissolution définitive de l’organisation, force est d’admettre que LIV Golf a fait beaucoup plus de bruit à l’extérieur du parcours qu’à l’intérieur de ses partys golfiques.

Le concept de tournoi de trois rondes, sans coupure, avec des équipes, de la musique et des bourses aux montants astronomiques avait pour but de secouer l’oligarchie des vieux circuits qui s’en mettaient plein les poches.

Il s’agissait aussi d’un effort à peine camouflé de l’Arabie Saoudite de faire du « blanchiment par le sport » (sportswashing), une pratique par laquelle un État utilise des évènements sportifs pour améliorer sa réputation, renforcer ses relations commerciales et adoucir son image à l’échelle mondiale.

Quand on a des moyens financiers illimités, l’idée fait du sens… mais l’Arabie Saoudite a rapidement réalisé que le produit qu’elle a offert n’a jamais eu le pouvoir de bouleverser l’ordre établi dans un sport conservateur dans ses valeurs (conservateur avec un « c » minuscule, il faut le préciser). Au final, le golf professionnel n’avait pas de réels enjeux avec le produit offert à ses amateurs.

Les acteurs établis du milieu – le circuit de la PGA, la PGA of America, l’USGA, le circuit européen et la R&A pour ne nommer que ceux-là – sont demeurés en contrôle des structures existantes, des plus grands tournois, des classements et des porte-étendards du sport, ne laissant que très peu de marge à LIV Golf pour s’imposer un univers sportif déjà saturé.

Oui, LIV Golf a réussi à attirer quelques vedettes comme Bryson DeChambeau et Jon Rahm avec des sommes faramineuses. Oui, LIV Golf a réussi à créer un certain engouement dans des marchés comme l’Australie ou l’Afrique du Sud. Oui, LIV Golf a réussi dans sa mission d’offrir un produit véritablement différent de ses concurrents.

En contrepartie, son incapacité à attirer des masses importantes de partisans, particulièrement dans le lucratif et vital marché américain, et l’inaptitude d’en venir à une entente de diffusion qui aurait pu assurer sa viabilité, a lentement fait sombrer LIV Golf vers le destin qu’on lui annonçait au moment de sa création.

Peut-être que l’instabilité politique au Moyen-Orient a accéléré le retrait du PIF. Mystère. S’attendre à des réponses claires des principaux intéressés relève de l’utopie. Reste que même les plus pessimistes n’ont jamais osé croire que l’aventure de LIV Golf durerait seulement quatre ans.

BC Partners Credit, qui était parvenu à une entente de principe visant à financer « LIV 2.0 » à hauteur de 300 millions de dollars, a retiré son offre après que LIV n’ait pas réussi à convaincre suffisamment de joueurs de renom de s’engager dans une relance. Ce fut le dernier clou dans le cercueil du projet.

Cela met fin à une saga qui a complètement secoué le monde du golf. Si LIV Golf a échoué dans sa mission première, les bouleversements qu’ont entrainés sa courte existence ont changé le sport à jamais.

Genèse d’un désastre annoncé

Et si LIV n’avait jamais vu le jour? On se souvient que Phil Mickelson avait presque tué le projet dans l’œuf après avoir affirmé s’être associé avec ces « effrayants fils de p*** ». Déjà, avant même l’amorce du premier tournoi, le PIF dépensait ses richesses pétrolières sans compter dans des opérations de relations publiques

LIV Golf, avec Mickelson comme première prise importante, s’est employée à attirer les figures les plus controversées du sport, ou encore des vedettes actuelles séduites par l’appât du gain.

Ces joueurs — comme Brooks Koepka, Dustin Johnson et Bryson DeChambeau — ont essuyé les critiques d’organismes commémorant le 11 septembre et ont maladroitement tenté de justifier leur décision d’accepter l’argent saoudien.

Puis, la guerre de mots a pris son envol entre les principaux belligérants du sport. Jay Monahan, commissaire de la PGA à l’époque, et Rory McIlroy, le principal visage du circuit américain, ont martelé les différences entre le respect de la tradition et l’héritage du PGA Tour, contre l’argent sale et le profit à court terme offert par la nouvelle ligue.

Dans une course aux investissements où il ne pouvait que terminer deuxième, le PGA Tour s’est entendu avec LIV Golf en juin 2023 en vue d’une future coopération qui mettait fin à de nombreux litiges litiges.

LIV Golf a continué sa tentative de légitimation aux yeux des amateurs. Les victoires majeures de Koepka en 2023 et de DeChambeau en 2024 y ont contribué, mais le manque de succès populaire aux États-Unis est demeuré la plus grosse épine dans le pied du PIF et de son joujou.

Entre la quête de reconnaissance au classement mondial pour ses joueurs, la poursuite d’exemption pour les tournois majeurs et l’acceptation de ses membres dans des compétitions internationales comme la Coupe Ryder, LIV Golf a commencé à encaisser ses premiers grands revers au niveau sportif au tournant de l’année 2025.

Koepka a cherché un moyen de revenir sur le circuit de la PGA, et Patrick Reed l’a suivi peu après. Le PGA Tour a alors offert une voie de retour unique à certains membres éminents. Ce fut le cas pour Jon Rahm, qui a accepté sur le tard une offre de 300 millions de dollars dont il ne verra jamais la moitié du magot, n’a pas sauté sur l’occasion. Aujourd’hui, il le regrette probablement.

L’annulation de plusieurs évènements en marge du dernier tournoi de 2026 à Indianapolis a confirmé l’état de crise dans lequel était plongé le circuit.

À partir de ce moment, ce n’était qu’une question de temps…

Des réussites?

Première leçon à tirer : l’amateur de golf veut voir du golf, du bon golf. Pour la plupart, ils s’en foutent du concert, des machines à boucane et des zoos destinés à attirer les enfants. Pour ce genre de divertissement, allez sur Youtube, où plusieurs golfeurs de tout niveau connaissent des succès populaires grandissants en offrant une offre de contenu réellement différente et rafraichissante.

Le modèle de LIV Golf n’a pas fonctionné, certes. Mais il a toutefois forcé le PGA Tour à revoir sa façon de faire à plusieurs niveaux. Les principaux gagnants de cette bataille de milliardaires, ce sont les joueurs, qui sont mieux payés que jamais peu importe sur le circuit professionnel sur lequel ils évoluent.

À partir de 2028, le PGA Tour offrira également un modèle à deux vitesses avec une première division de « champions » et une deuxième division de « prétendants », avec la possibilité d’être promu et d’être rétrogradé entre les deux échelons

Le succès de la ligue dans des marchés extérieurs aux États-Unis et en Europe a également contribué à la mondialisation du sport et à l’importance d’entretenir les nouveaux marchés. Si le circuit de la PGA se limite aux États-Unis, le DP World Tour - le circuit européen - aura l’occasion de faire des percées dans de nouveaux marchés, car c’est là que LIV a connu ses meilleurs succès populaires.

Un avenir incertain

Tout le monde a un prix. On en a eu la preuve. Mais certains golfeurs garderont des marques permanentes sur leur réputation.

Rahm - l’un des golfeurs les plus talentueux au monde - est le plus grand perdant. L’Espagnol aimerait bien revenir sur le circuit de la PGA, mais pour l’instant, rien n’indique qu’un chemin lui sera ouvert pour effectuer un retour à court terme.

Bryson DeChambeau n’a toujours pas fait part de ses intentions, mais le golfeur-influenceur est un loup solitaire qui trouvera la façon de continuer à faire parler de lui.

Chaque joueur de la LIV devra maintenant tracer sa propre voie. Des vétérans comme Sergio Garcia, Lee Westwood ou Ian Poulter ont pris le chèque et peuvent maintenant penser à une retraite dorée. Des talents comme Joakim Niemann et Tyrrell Hatton risquent d’utiliser le circuit européen pour se ramener vers le sommet des classements. Et des gars comme Dustin Johnson et Cameron Smith, deux champions majeurs, semblent déjà bien à l’aise avec leur semi-retraite. Chacun son histoire, chacun son chemin.

À la fois, LIV Golf a enrichi et appauvri.

Aussi mercantile que soit le sport professionnel, il n’est pas encore l’affaire des mercenaires. Le respect du sport et la valeur de son héritage a gagné sur le machiavélisme économique et l’opportunisme amoral.

De retour au golf, mais plus silencieux...