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ECHL : un conflit qui rappelle la précarité

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Depuis le début de la saison, les joueurs des Lions de Trois-Rivières et des 29 autres clubs de l’ECHL jouent sans contrat de travail. L’impasse dans les négociations rappelle à quel point les conditions sont précaires au sein de la troisième ligue professionnelle en importance en Amérique du Nord après la Ligue nationale de hockey et la Ligue américaine.

Dans une lettre ouverte s’adressant aux partisans publiée la semaine dernière, la Professionnal Hockey Players’ Association (PHPA) a expliqué que la convention collective est échue depuis juin et que les deux parties demeurent encore loin d’une entente. Au cœur du litige, les salaires, mais également les longs voyages en autobus qui sont très exigeants.

Afin d’y voir plus clair dans ce dossier, RDS.ca s’est entretenu avec l’agent de joueurs Nicola Riopel, qui représente notamment Anthony Beauregard, Jacob Dion et Simon Pinard.

Combien gagne un joueur?

Les joueurs qui possèdent des contrats de la LNH et de la LAH (minimum de 52 725 $ US en 2024-2025) sont évidemment rémunérés selon les termes de l’entente qu’ils ont paraphée, alors que les meilleurs athlètes qui évoluent dans l’ECHL peuvent espérer un salaire « dans les 4 chiffres par semaine sur 26 semaines », relate Riopel, qui est président de Propulsion.

Mais c’est loin d’être la norme. En 2024-2025, le salaire minimum était de 575 $ pour les « vétérans » qui comptent 25 matchs d’expérience et de 530 $ pour les recrues. À noter qu’il y a un plafond salarial de 15 130 $ pour les 30 premiers jours de la saison et de 14 600 $ par la suite. Et il s’agit d’un salaire brut auquel il faut enlever les impôts ainsi que les frais d’agent.

Par ailleurs, les joueurs n’ont pas un très grand pouvoir de négociation, étant donné qu’ils signent des contrats d’un an – qui ne sont pas garantis – et que leurs droits appartiennent de facto à l’équipe avec laquelle ils ont évoluée la campagne précédente. En termes clairs, il est pratiquement impossible pour un joueur de monnayer une excellente saison, à moins qu’il ne décide de quitter l’ECHL pour évoluer dans une ligue au calibre similaire en Europe.

En plus des salaires, Riopel fait remarquer que bien que les joueurs soient logés, seuls ceux qui sont mariés n’ont pas à partager un appartement. Les autres se retrouvent souvent à trois dans un appartement, ce qui peut faire beaucoup de monde lorsque les conjointes et les enfants sont de passage. De plus, le montant des allocations pour les repas sur la route ne s’élève qu’à 53 $ par jour, ce qui est insuffisant pour des sportifs professionnels. « Si l’athlète fait tout ce qu’il a à faire, il perd carrément de l’argent sur la route », regrette Riopel.

Les voyages sont-ils si éreintants?

Des séquences de 3 matchs en 3 jours, de 4 en 5 ou de 7 en 10 sont monnaie courante dans l’ECHL, si bien que les joueurs peinent à récupérer pour offrir un niveau de jeu acceptable. « Il y a eu des changements positifs dans le temps et ce n’est pas rare de voir un club disputer 3 rencontres de suite contre le même adversaire, mais c’est encore extrêmement éreintant, mentionne Riopel. Les partisans qui vont voir le 3e match, qui est souvent en après-midi, ce n’est pas tout le temps “cool”. Les gars sont “grillés” ben raide. C’est vraiment très difficile. »

Les choses sont encore plus compliquées lorsque les joueurs se retrouvent sur la route, car ils ont souvent de longues distances à franchir – en autobus, bien sûr! – entre deux arrêts. À titre d’exemple, les Lions devront se rendre à Glens Falls, dans l’État de New York, pour y affronter le Thunder d’Adirondack le 26 décembre, puis à Portland, dans le Maine, pour se mesurer aux Mariners le 27 avant de revenir à Trois-Rivières pour recevoir les Mariners le 28.

« L’horaire [compressé] devient extrêmement difficile à gérer physiquement et mentalement pour les joueurs, surtout lorsqu’ils se retrouvent pendant une longue période sur la route, développe Riopel. Il ne s’agit pas d’un environnement idéal pour se rétablir d’une blessure. »

Et pourquoi les joueurs s’acharnent-ils?

« L’appel », répond sans hésitation Riopel. Les joueurs de l’ECHL sont en effet à un appel de retrouver dans la Ligue américaine, l’antichambre de la Ligue nationale. « C’est toujours très spécial de jouer pour le Rocket », ajoute-t-il. Et les choses peuvent bouger en peu de temps.

Prenons les Canadiens de Montréal par exemple. Les blessures à long terme de plusieurs joueurs ont mené aux rappels de Jared Davidson et Joshua Roy. Privé de ces deux joueurs, le Rocket s’est tourné vers Joe Dunlap, Will Dineen, Mark Estapa et Riley Kidney récemment.

Cela dit, la plupart des joueurs s’accrochent à leur rêve l’instant de quelques années, après quoi ils se tournent vers le Vieux Continent. « Habituellement, après trois saisons, lorsqu’ils voient qu’ils ne sont plus dans l’ascenseur, que ça ne marchera pas, ils vont en Europe, dit Riopel. Dans des ligues comme celles en Autriche, au Danemark, en Norvège, en Slovaquie et en deuxième division en Allemagne et en Suède, ils peuvent doubler ou tripler leur salaire s’ils font bien ça. C’est le “fun”. C’est une expérience familiale qui peut devenir incroyable. »

« Ultimement, c’est le calibre de jeu de l’ECHL qui en pâtit, conclut-il. La Ligue perd énormément de joueurs de qualité à cause de ça. Et c’est vraiment difficile à comprendre parce que plusieurs clubs possèdent des ententes d’affiliation avec des clubs de la LNH. »

Malgré tout, Riopel a bon espoir que le conflit se règle, d’autant plus que les joueurs ne revendiquent pas la lune, seulement de meilleures conditions pour continuer à s’épanouir.