MONTRÉAL – Bill Zonnon a signé son premier contrat dans la Ligue nationale de hockey entre la fin de la saison de l’Armada de Blainville-Boisbriand et le début des séries de la LHJMQ. La nouvelle est tombée sans surprise aucune.
Zonnon est un choix de première ronde. Il avait connu une bonne, bien que courte, saison avec 46 points, dont 14 buts, en 35 parties. Il savait que son agent négociait depuis le mois de décembre avec les Penguins de Pittsburgh. À l’aube de ses 20 ans, ce n’était qu’une question de temps avant qu’on ne l’assoie devant une pile de feuille blanche et qu’on lui tende un stylo.
Mais malgré la grande prévisibilité de la chose, c’est une étape que Zonnon a accueilli avec une dose impressionnante d’humilité.
« Je savais que ça s’en venait. Mais oui, c’est sûr que d’en finir pour de bon puis de passer à autre chose, ça a fait du bien, a reconnu le grand attaquant québécois cette semaine en conversation avec RDS. C’est surtout de savoir que je fais officiellement partie des Penguins. C’est une sorte de motivation de tout donner pour que ce contrat vaille la peine au bout de la ligne. Je ne veux pas que ce soit un contrat gaspillé pour eux. »
Un contrat gaspillé? Ce n’est certainement pas parti pour ça.
Après l’élimination de l’Armada en sept matchs aux mains des Wildcats de Moncton, Zonnon a été invité à joindre le club-école des Penguins. La déception d’être arrivé à court de l’objectif qu’il s’était fixé un an plus tôt après avoir été échangé à Boisbriand a donc vite laissé place à l’enthousiasme, celle de voir « un autre chapitre qui commence. »
Dans une saison qui avait commencé sur deux blessures coup sur coup et qui venait d’être marquée par l’évanouissement d’un rêve, Zonnon héritait d’une deuxième chance inespérée d’aider une équipe prétendante à un championnat. Au moment de faire appel à ses services, les Penguins de Wilkes-Barre étaient à une victoire d’éliminer les Bears de Hershey en finale de division, ce qu’ils ont fait sans laisser de place au suspense.
Depuis, ils ont assez facilement écarté les Thunderbirds de Springfield. Ils se frottent présentement aux Marlies de Toronto dans le carré d’as des séries de la Ligue américaine.
« Ce n’est pas tout le monde qui a la chance de faire ça. C’est comme une deuxième saison en une pour moi », apprécie Zonnon.
Pour un gars qui entrevoit le hockey professionnel comme « la vraie game, là où les choses sérieuses commencent », Zonnon n’aurait pu livrer un énoncé plus éloquent en guise de présentation. Sa contribution a été essentielle aux succès des jeunes Penguins depuis son arrivée en Pennsylvanie.
Il a marqué dès son premier match coiffé d’un casque jaune, inscrivant le premier but dans une victoire de 2-0. Il en a ajouté un autre deux jours plus tard, puis un autre au match suivant, celui-là aussi décisif dans une courte victoire.
Après sept matchs, le voilà avec une fiche de quatre points, un ratio défensif de +2, du temps de jeu sur l’avantage numérique. Il s’est attiré les éloges de son entraîneur pour sa facilité à assimiler les subtilités du système de sa nouvelle équipe.
« C’est sûr que mon premier match j’étais vraiment nerveux, confie Zonnon. Je ne pensais vraiment pas marquer un but, me retrouver sur la feuille de match. Pour moi, c’était juste d’être confiant, de croire en mes habiletés et je me suis dit que les bonnes choses allaient arriver. »
« C’est sûr que je ne pensais pas que j’allais marquer trois buts à mes trois premiers matchs, mais je vais le prendre. »
— Bill Zonnon
Boko le grand frère
À son arrivée à Wilkes-Barre, Zonnon a eu la chance de renouer avec les Rutger McGroarty, Owen Pickering et autre Harrison Brunicke, des jeunes qui font comme lui partie de l’avenir des Penguins et qui l’avaient accueilli dans l’organisation avec des messages textes lors de son repêchage l’été dernier.
Il a aussi vécu de chaleureuses retrouvailles avec Bokondji Imama, un valeureux vétéran qui s’occupe de lui depuis son entrée dans l’organisation. Les deux ont en commun d’avoir grandi à Montréal. Ils sont aussi des hommes Noirs dans un milieu où on n’en retrouve pas une tonne.
Ils ont été réunis sur le même trio par l’entraîneur Kirk MacDonald. Après son premier but, Zonnon a reçu une solide étreinte d’Imama alors qu’il s’en allait célébrer au banc des siens. C’est aussi une superbe passe d’Imama qui a permis à la recrue de marquer son troisième but.
« C’est incroyable, se réjouit l’ancien des Huskies de Rouyn-Noranda. Pas juste sur la glace, mais en dehors de la glace, tu ne peux pas avoir un meilleur coéquipier, un meilleur leader dans ton équipe. Je pense que ça a cliqué entre nous deux dès la première journée. Je me rappelle, quand je me suis fait repêcher, il m’a texté puis on s’est vu pendant l’été. Je suis allé parler aux jeunes à son école de hockey. En septembre au camp d’entraînement, il me textait pour qu’on aille souper, on passait des journées ensemble. »
« Donc quand je suis arrivé à Wilkes-Barre, l’adaptation s’est quand même fait facilement. Je dirais que c’est un des gars qui m’a pris sous son aile depuis le jour Un. Il m’aide beaucoup. Il est capable de me parler. On est capable de passer un peu plus de temps ensemble, que ce soit à l’aréna, sur la glace, on a des bonnes discussions. Et je pense que c’est spécial pour nous deux aussi. Comme tu dis, deux personnes de couleur dans la même équipe, c’est vraiment rare. Les deux, on vient de Montréal, on parle français, c’est un peu un drôle d’adon. C’est sûr qu’on s’en rend compte et c’est spécial pour nous. »





