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Épaules hautes, torses bombés

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Martin St-Louis devait obtenir une solide performance de ses joueurs après le match affreux perdu aux mains des Sénateurs d’Ottawa mardi.

Il l’a obtenue.

Après deux revers consécutifs, couronner cette solide performance d’une victoire était nécessaire également.

Après trois périodes de hockey solides, après une prolongation spectaculaire au cours de laquelle les gardiens Jakub Dobes et Eric Comrie ont échangé des arrêts cruciaux et difficiles et au fil de laquelle des bâtons se sont désintégrés au contact de la rondelle pour annihiler des occasions de marquer en or, Cole Caufield a marqué le but décisif en tirs de barrage.

Eh oui! Le Canadien a gagné, apaisant du coup l’atmosphère dans le vestiaire et ramenant des sourires aux visages des joueurs du Tricolore. « C’est plaisant de gagner », a confirmé Jakub Dobes qui, avec l’aide de son poteau gauche, a stoppé les trois joueurs des Jets qu’il a affrontés en tirs de barrage. Le sourire du gardien tchèque tranchait avec son visage sombre et les sanglots échappés après un revers en tirs de barrage aux mains des Devils du New Jersey il y a quelques semaines.

Ce plaisir de gagner a été mis à l’épreuve au cours du premier tiers.

Car limité à une timide victoire en six matchs disputés depuis la perte de leur as gardien et joueur le plus utile Connor Hellebuyck, le gardien auxiliaire s’est mis à jouer à l’image de son coéquipier.

Il a volé Cole Caufield et Nick Suzuki sur une même séquence. Il a ensuite réalisé un très bel arrêt aux dépens d’Ivan Demidov avant de récidiver avec deux autres vols perpétrés cette fois aux dépens de Brendan Gallagher et Jake Evans.

Le Canadien aurait facilement pu être en avant par deux ou trois buts, mais c’est avec un recul de 0-1 qu’il a retraité au vestiaire parce que oui, par le biais de Mark Scheifele, les Jets ont marqué le seul but de la période sur un rare cafouillage défensif du Tricolore.

Vingt-quatre heures après avoir savonné ses joueurs au terme d’un premier tiers atroce face aux Sénateurs, Martin St-Louis ne pouvait retomber à bras raccourci sur ses joueurs. Au contraire, il devait s’assurer qu’ils ne se laissent pas abattre par le but accordé aux Jets en fin de période et les buts volés par leur gardien.

Il s’est donc assuré de faire comprendre à ses joueurs qu’il avait «beaucoup aimé» la première période.

« L’important dans ce genre de situation est de t’assurer que les gars restent droits. Il faut qu’ils gardent les épaules hautes et qu’ils gardent leurs «chests» sortis », que l’entraîneur-chef a imagé en fin de point de presse suivant la victoire de 3-2 arrachée en tirs de barrage.

Et c’est bel et bien avec les épaules hautes et les torses bombés que les joueurs de St-Louis sont revenus sur la patinoire en deuxième.

Une période médiane au cours de laquelle ils ont créé l’égalité une première fois grâce à un autre but marqué en avantage numérique – l’attaque massive a fait mouche six fois en 10 supériorités numériques lors des cinq dernières rencontres – et une deuxième fois 130 secondes après que les Jets eurent rapidement repris les devants.

Retour de Slafkovsky

Martin St-Louis n’a pas seulement joué un rôle de premier plan dans la victoire en s’assurant que ses joueurs restent droits et confiants au lieu de s’écraser après un premier tiers aux résultats décevants, il l’a fait en jonglant avec ses trios.

De retour à la droite de Nick Suzuki et Cole Caufield, Juraj Slafkovsky a disputé un très fort match. Il a rendu ses coéquipiers meilleurs.

Je sais! « Slaf » et ses compagnons de trio ont terminé le match avec des différentiels de moins 2. Et c’est vrai que sur le but de Scheifele, le premier trio au grand complet a été lent à revenir aider la cause du duo Dobson-Matheson qui a cafouillé avec la rondelle.

Mais bon! Le but marqué en attaque massive n’influence pas positivement le différentiel. Et n’eût été quelques arrêts de Comrie et d’une ou deux très bonnes occasions dont Caufield n’a pas su profiter, ce trio aurait dominé le premier des Jets.

Est-ce que Slafkovsky, qui assurait se plaire dans le rôle de parrain du deuxième trio, dans le rôle de pierre d’assise de la jeune unité complétée par Ivan Demidov et Oliver Kapanen, préfère être le complément au sein du premier trio?

« Je tiens d’abord et avant tout à être le meilleur possible, peu importe avec qui je joue et peu importe les circonstances », que Slafkovsky a répondu en esquivant un brin la question.

Comme Slafkovsky a esquivé les questions visant à obtenir plus de détails quant à la nature de la « très bonne et très efficace réunion d’équipe qu’a tenue Martin St-Louis » dans le vestiaire avec tous ses joueurs autour de lui.

Le fait que Slafkovsky soit en mesure de relever les défis que lui offre son coach en l’utilisant au sein de l’un ou l’autre des deux premiers trios est une excellente nouvelle pour le Canadien et ses partisans.

Car cela confirme la progression du jeune joueur qui devient grand.

Et cela permet surtout à l’entraîneur-chef de s’offrir des options selon les besoins du moment.

Face à des Jets, qui s’en remettent à leur gardien numéro un en défensive et à leur premier trio à l’attaque, St-Louis tenait à réunir ses trois meilleurs joueurs pour maximiser ses chances de gagner le duel des premiers trios.

Il pourrait faire la même chose à Toronto samedi.

Mais l’idée de diviser les forces et de s’offrir deux trios intéressants en mutant Slafkovsky avec Kapanen et Demidov est tout aussi intéressante.

Mais pour cela, il faut qu’un joueur soit en mesure de remplacer Slafkovsky à la droite de Suzuki. Ce que Zachary Bolduc ne semble pas en mesure de faire. Du moins pour l’instant. Et ce sera au Québécois de convaincre Martin St-Louis qu’il a le sens d’anticipation et le niveau de créativité suffisant pour jouer à la hauteur des deux meilleurs joueurs du Canadien.

S’il n’y arrive pas, Bolduc pourrait être plus utile ou mieux utilisé avec des joueurs qui frappent d’abord physiquement avant de frapper avec un but ici et là.

D’ici à ce que Bolduc trouve la chaise qui lui convient le mieux, Alexandre Texier a fait très bonne première impression avec Kapanen et Demidov. Ça reste une première impression, mais Texier a le patin pour suivre le rythme des deux autres. Il a aussi la vision et le sens du jeu. Il ne lui reste qu’à confirmer la véracité de la première impression qu’il a laissée hier.

Car au-delà de la victoire nécessaire qui a auréolé une solide performance du Canadien, cette équipe demeure fragile et vulnérable en raison des blessures qui la privent de joueurs qui sont plus difficiles à remplacer qu’on l’aurait cru. Avec les conséquences pas toujours plaisantes que cette vulnérabilté entraîne. Comme on l’a vu mardi alors que les joueurs du Tricolore ont retraité au vestiaire la tête entre les deux jambes après la dégelée encaissée aux mains des Sénateurs venus d’Ottawa.

Mais en ce jeudi de congé, au lendemain d’une bonne performance et d’une victoire bien méritée, ils peuvent faire le tour de la ville le sourire aux lèvres, les épaules bien hautes et les torses bombés.