MANALAPAN - Kent Hughes a toujours reconnu que le Canadien a été chanceux de mettre la main sur Lane Hutson avec la 62e sélection du repêchage de 2022.
Le directeur général du Tricolore convient qu’il l’aurait repêché plus tôt, et même beaucoup plus tôt, s’il avait su qu’Hutson ferait le saut directement des rangs universitaires américains à la LNH. Que le petit arrière américain y serait aussi dominant dès son arrivée. Aussi dominant, depuis son arrivée.
Peut-être pas à la place de Juraj Slafkovsky qui a été le tout premier joueur sélectionné à la séance de repêchage qui se déroulait au Centre Bell, quoi que...
Mais certainement devant Filip Mesar repêché au 26e rang ou Owen Beck réclamé avec la toute première sélection de la deuxième ronde (33e rang).
Si Kent Hughes a pu avoir la main si heureuse avec la 62e sélection que détenait le Canadien, c’est que 26 clubs ont levé le nez sur lui.
De ces 26 clubs, dix ont repêché des défenseurs. Les Devils, les Blackhawks, les Blue Jackets, les Stars et le Coyotes devenus Mammoth en ont repêchés deux. Les Ducks d’Anaheim : trois!
Au total, 17 arrières ont été réclamés avant Huston : neuf en première ronde, huit en deuxième.
Avec ses 17 buts et 137 points, Hutson est pourtant, et de très loin, un marqueur plus prolifique que les 17 défenseurs qui lui ont été préférés.
Pavel Mintyukov, des Ducks d’Anaheim, est son plus proche rival avec une récolte de 67 points (17 buts).
Hutson (152 parties disputées) est deuxième dans une seule catégorie : le nombre de matchs joués alors que Mintyukov le devance par 43 parties.
Mintyunov, répêché au dixième rang de la première ronde, donne aux Ducks ce qu’ils recherchaient lorsque Pat Verbeek, entouré de Martin Madden fils et de ses autres dépisteurs amateurs, a prononcé le nom du jeune russe sur la grande scène aménagée sur la patinoire du Centre Bell en 2022. Il occupe un poste régulier au sein du troisième duo de la brigade défensive des Ducks.
Mais voilà : les Ducks ont réclamé deux autres défenseurs avant que le Tricolore ne prononce le nom de Lane Hutson. Noah Warren au 42e rang et Tristan Luneau au 53e, deux arrières qui défendaient les couleurs des Olympiques de Gatineau au moment de leur sélection.
Warren, un colosse de 6’5’’ et 216 livres, n’a pas encore atteint la LNH. En 119 matchs avec les Gulls de San Diego, il a marqué deux buts et totalise 16 points.
Luneau a 13 matchs à son actif avec les Ducks. Mais après avoir fait la navette entre San Diego et Anaheim à ses deux premières saisons, c’est avec le club-école qu’il a disputé tous ses matchs jusqu’ici en 2025-2026.
Croisé à la réunion des directeurs généraux qui se déroulait en début de semaine, en Floride, Pat Verbeek a respecté son flegme habituel lorsqu’on lui a demandé s’il regrettait que les Ducks n’aient pas couru un risque sur Hutson en 2022 avec l’une de leurs deux sélections de deuxième ronde.
« C’est trop facile de remettre des décisions en question trois ans plus tard. Nous respectons des critères de sélection. On regarde le physique, le style de jeu et on prend les décisions que nous croyons les meilleures au moment des sélections. Bien des choses arrivent ensuite. Hutson est un jeune joueur impressionnant, mais je ne remets pas en question le travail de nos dépisteurs pour autant. Toutes les équipes font de bons et de moins bons coups tous les ans », a rapidement répondu le directeur général des Ducks.
Lane perdu, Cole pour se racheter
Chris Patrick a succédé à Brian MacLellan en juillet 2024. Mais en 2022, il était autour de la table des Capitals à titre de dépisteur professionnel et responsable du développement des joueurs.
Patrick ne se souvient pas des raisons spécifiques qui ont poussé les Caps à préférer Ryan Chesley (37e sélection) à Lane Hutson. « Je te dirais que le gabarit a certainement joué un rôle », a toutefois avancé Patrick.
Défenseur américain qui a évolué à l’université du Minnesota, Chesley est beaucoup plus grand et lourd que Hutson. Il mesure 6’2’’ et pèse 210 livres. Comme cinq des huit défenseurs réclamés avant Lane Hutson en deuxième ronde, il n’a toutefois pas encore disputé de match dans la LNH.
« Chaque année, on revisite les repêchages. On dresse des comparaisons. On regarde où étaient situés tel ou tel joueur sur nos listes, on regarde où ils sont rendus dans leur développement et on tente de voir comment corriger le tir si on voit qu’on s’est vraiment trompé. La meilleure preuve que je puisse te fournir est le fait que nous avons repêché Cole Hutson – le frère de Lane – en 2024, en début de deuxième ronde (43e sélection). Le fait qu’on l’ait sélectionné malgré son petit gabarit est peut-être une façon de faire amende honorable après être passé par-dessus son frère », a candidement admis le directeur général des Capitals.
Les bons coups font oublier les moins bons
Avec sa sagesse acquise au fil de ses dizaines d’années d’expérience, Jim Nill a esquissé un petit sourire lorsque RDS.ca lui a souligné que Lian Bichsel avait à peine la moitié des matchs d’expérience dans la LNH que Lane Hutson avec le Canadien. Et que cet arrière suédois réclamé avec la 18e sélection affichait un total de 15 points en 74 parties.
Qu’il venait aussi d’échanger aux Flyers de Philadelphie Christian Kyrou, un jeune défenseur sélectionné 12 rangs devant Lane Hutson, mais qui n’avait pas encore atteint la LNH.
« Le repêchage est loin d’être une science exacte. Je le répète depuis mes années avec les Red Wings, à Detroit. Nous avons mis la main sur Pavel Datsyuk – sixième ronde en 1998 – et Henrik Zetterberg – septième ronde en 1999 – et sommes passés pour des génies. C’est extrêmement difficile de faire des projections exactes sur des joueurs aussi jeunes. Je te dirais que l’important pour moi n’est pas de regarder ce que des joueurs repêchés derrière mes sélections font, mais de voir si comme organisation, nous sommes satisfaits du jeune qu’on a repêché. Et je peux t’assurer que je suis satisfait du développement de Lian Bichsel », a indiqué le DG des Stars.
Directeur général des Jets de Winnipeg, Kevin Cheveldayoff a refusé d’entrer dans le jeu des comparaisons quand je lui ai demandé s’il regrettait d’avoir suivi la volonté de ses dépisteurs en réclamant le défenseur Elias Solomonsson au 55e alors que Lane Hutson était toujours disponible.
« C’est une question un peu mesquine. Comme plusieurs directeurs généraux, je m’implique plus activement dans les sélections potentielles de première ronde. Je me souviens qu’on aimait beaucoup Lane Hutson. Mais on a misé sur le jeune Suédois qui se développe bien. Chaque équipe a ses bons et ses moins bons coups. L’organisation des Jets (et des Trashers) a profité de la carrière brillante de Tobias Enstrom qui a été sélectionné en huitième ronde en 2003. Et que dire de Dustin Byfuglien – lui aussi repêché en huitième ronde en 2003 par Chicago – qui a donné de grosses années aux Jets. Tu peux me sortir des cas qui feront mal paraître mon organisation, mais je pourrai répliquer avec d’autres pour sauver notre réputation. C’est ça le repêchage. »
Nemec pour se consoler
Au New Jersey, les dépisteurs amateurs croyaient bien plus aux chances de voir Seamus Casey percer la LNH qu’à celles de Lane Hutson.
Les deux défenseurs ayant gravi les échelons dans le programme de développement américain des moins de 18 ans, il était facile de dresser des comparaisons entre les deux défenseurs.
Près de quatre ans plus tard, les comparaisons d’hier sont éclipsées par les réalités d’aujourd’hui.
« Seamus prend plus de temps à se développer, j’en conviens. Est-ce qu’on conclura un jour qu’on s’est trompé? Je ne veux pas m’avancer sur ça. Mais il y a tellement de facteurs qui sont considérés qu’il est juste normal qu’à un moment donné des jeunes qui étaient ici à 17 ans soient rendus là à 20 ou 22 ans », réplique Tom Fitzgerald en faisant des signes avec ses mains après qu’il eut retiré les écouteurs qu’il venait d’enfouir dans ses oreilles.
Le directeur général des Devils avait toutefois une réplique solide à servir.
« Il y a beaucoup d’incertitude quand tu tombes en deuxième ronde et plus bas encore. L’important est de frapper dans la mille avec tes sélections de première ronde. Et nous sommes totalement satisfaits de la sélection de Simon Nemec au deuxième rang de la première ronde. Des défenseurs droitiers de cette envergure ne tombent pas du ciel. Et nous avons Simon avec nous pour longtemps », a insisté Fitzgerald.
Les Devils ont sans doute bien des raisons de se féliciter d’avoir sélectionner Nemec que tous les dépisteurs et spécialistes en repêchage avaient hissé dans le top-3 ou top-5 du repêchage de 2022.
Mais bien qu’il soit rendu à 141 matchs d’expérience dans la LNH et qu’il occupe un rôle de premier plan au sein de leur brigade défensive, le Slovaque n’a pas encore franchi les 50 points avec les Devils. De fait, il en affiche 91 de moins que Lane Hutson.
Encore loin de l’efficacité défensive d’un Rod Langway, Hutson est toutefois bien plus qu’une simple machine à récolter des points.
Et il le sera pour longtemps.
Ce qui poussera tous les clubs qui ont repêché un, deux, trois défenseurs avant que le Canadien ne prononce son nom, et même des équipes qui se sont tournées vers des attaquants, voire des gardiens, à revoir leurs notes d’évaluation de 2022 afin d’éviter de lever le nez une autre fois sur un joueur aussi spécial que Lane Hutson.
Comme l’ont souligné tous les directeurs généraux croisés à la réunion qui se déroulait en Floride plus tôt cette semaine, le repêchage est vraiment une science loin d’être exacte. Le cas de Lane Hutson en a fait la preuve par 62 en 2022.
Et pour chaque surprise qui comble une équipe, comme le Canadien qui est comblé par Hutson, il y a deux, trois, cinq déceptions qui hantent les 32 équipes de la LNH pour longtemps.





