BUFFALO - Le Canadien a contraint les partisans des Sabres de Buffalo à replonger dans un passé qu’ils croyaient pourtant révolu.
Témoins impuissants de la dégelée que l’ennemi venu de Montréal infligeait à leurs favoris, ces partisans débarqués par milliers autour du Key Bank Center, bière à la main, sourire au visage, le cœur à la fête, ont renoué avec le genre de hockey qui a gardé les Sabres hors des séries 14 saisons consécutives.
Oui, les Sabres ont été affreux. Ils ont été amorphes; sans âme; sans hargne; sans émotion…
Mais ça n’enlève rien de rien au mérite du Tricolore qui, après une première partie plutôt moche à plusieurs points de vue, a apporté une série de correctifs qui l’ont propulsé vers une victoire fort méritée de 5-1. Une victoire qui nivelle les chances (1-1) dans cette série qui se poursuivra dimanche au Centre Bell.
Le Canadien a été beaucoup plus actif en zone ennemie. Il a attaqué davantage la cage défendue par Alex Lyon. Il a aussi été beaucoup moins perméable à sa propre ligne bleue compliquant de beaucoup le travail des Sabres pour qui tout semblait pas mal compliqué vendredi soir on va se le dire. En fait, Le Canadien a été meilleur que son adversaire à tous les points de vue.
Particulièrement en désavantage numérique alors que les Sabres ont été blanchis en six occasions. Jakub Dobes a effectué 10 arrêts au fils des 9 min 16 s passées par les Sabres à cinq contre quatre. Sans rien n’enlever au travail du gardien du Tricolore, c’est bien plus par leur incapacité de percer la défensive ô combien étanche du Canadien que par les 10 tirs obtenus que les Sabres ont attiré l’attention en attaques massives.
Cette domination du Canadien lui a permis d’éviter d’encaisser deux revers de suite. Ce qu’il n’a pas fait depuis la fin de semaine du 14 et 15 mars dernier, alors qu’il s’était incliné face aux Sharks de San Jose (4-2) et aux Ducks d’Anaheim (4-3).
Un signe de maturité pouvait-on entendre dans le vestiaire occupé par les joueurs les plus jeunes de la LNH.
« La maturité ce n’est pas une question d’âge », a insisté Martin St-Louis aussi calme dans la victoire qu’il ne l’avait été dans le revers de 4-2 encaissé mercredi en lever de rideau de cette série.
« Gagne ou perd, tous les jours tu recommences », a ajouté Martin St-Louis qui était très fier d’avoir vu ses joueurs mettre en application tout ce qui leur avait été proposé comme correctifs par le biais de séances vidéo et de réunions.
Buts rapides, buts opportuns
En marquant dès la 96e seconde du match, Alex Newhook a figé les Sabres qui semblaient déjà l’être un peu. Quand Mike Matheson a déjoué Alex Lyon avec un tir des poignets de la ligne bleue – donnons crédit à Phillip Danault qui a gagné sans appel la mise en jeu en zone offensive qui a conduit à ce but – les Sabres n’étaient plus seulement figés. Ils étaient congelés.
Du haut de la galerie de presse, on aurait juré que Tage Thompson et ses coéquipiers étaient convaincus que leur victoire de 4-2 lors du premier match allait les propulser vers un balayage du Tricolore sans même avoir à forcer.
Eh bien non!
Si la grande majorité des joueurs des Sabres ont été mauvais – je donne une carte de sortie de prison gratis à Zach Benson – Tage Thompson a été le plus mauvais.
Il a raté des passes. Il a raté des réceptions de passes. Il a perdu des batailles. Il a perdu des rondelles. Il a perdu la face. Non seulement il n’a pas obtenu le moindre tir au but – les Sabres en ont cadré 26) – mais il a terminé la partie avec un différentiel de -4.
Dans le vestiaire des Sabres, lorsqu’un collègue de Buffalo lui a demandé si cette aussi mauvaise partie ne pouvait pas s’expliquer par une blessure, Thompson lui a carrément répondu : « Ça ne te regarde pas! »
Mais revenons aux buts du Canadien. Si le premier est venu très rapidement et que le deuxième a suivi moins de trois minutes plus tard, les autres ont été opportuns.
Alex Newhook – oui, oui encore lui – a marqué le troisième but tout juste après la sortie d’Alexandre Carrier du cachot. Sur ce but, il faut couvrir d’éloges Jake Evans pour la qualité de la passe avec laquelle il a réussi à rejoindre Newhook sous les yeux de Mattias Samuelsson.
Histoire d’éteindre rapidement les espoirs associés au but de Zach Benson en fin de période médiane, Alex Carrier a redonné une avance de trois buts au Tricolore en début de troisième.
Le défenseur a déjoué Alex Lyon avec un tir des poignets digne d’un candidat au trophée Maurice-Richard chaque année.
Aussi important fut ce but, Carrier ne l’a pas célébré en levant les bras au ciel. « J’aurais bien voulu, mais j’étais trop fatigué à la fin d’une longue présence », a confessé Carrier qui a terminé la soirée avec un différentiel de +4. Le plus imposant chez le Canadien.
Pas de Caufield, pas de problème!
Plusieurs attendaient un match de rédemption de la part du Canadien et de quelques-uns de ses joueurs qui avaient plus mal paru mercredi.
Sans surprise, Lane Hutson a été l’un des meilleurs du Canadien. Remarquez qu’il l’est pas mal toujours. Le petit gars s’est flagellé en raison de sa chute qui a mené au premier but des Sabres, mercredi, mais il n’avait pas à le faire tant le reste de son match avait été bon.
Ceux et celles qui s’attendaient à une explosion offensive de Cole Caufield devront encore patienter. Ça viendra. C’est sûr. Quand? Mais Caufield a été meilleur en gestion de rondelle.
De fait pas mal tous les joueurs du Canadien ont été meilleurs en gestion de rondelle vendredi soir. «Nous croyons en notre structure. On affiche de la confiance les uns envers les autres. Ça nous a permis de prendre de meilleures décisions ce soir», a indiqué Juraj Slafkovsky.
« On avait des ajustements à apporter et on l’a fait. On a été plus impliqués. On avait plus d’émotions aussi que lors de la première partie », a indiqué Alexandre Carrier qui a convenu que lui et ses coéquipiers ont mieux protégé leur ligne bleue. Qu’ils ont mieux contenu les Sabres.
Comment Martin St-Louis a obtenu cette meilleure protection de la ligne bleue?
« Il faut que tu regardes plus loin. C’est dur de protéger ta ligne bleue quand tu fais des revirements à l’autre bout de la patinoire », a indiqué l’entraîneur-chef du Canadien.
En plus d’effectuer 25 arrêts, Jakub Dobes s’est permis de bardasser quelques adversaires des Sabres dans le cadre de mêlées autour de son filet.
« Il est comme ça. C’est un gars intense, déterminé », a mentionné Alexandre Carrier.
« C’est un gardien émotif », a ajouté Nick Suzuki qui a refusé d’établir des probabilités quant aux chances que Jakub Dobes soit impliqué un jour dans une bagarre.
« J’espère juste que ce ne sera pas durant les séries », a philosophé le capitaine.











