BUFFALO - Les Sabres ont fait la vie très dure à leurs partisans en ratant les séries éliminatoires de 2012 à 2025. Une disette de 14 ans.
Oscillant entre un brin espoir et deux brins de désespoir, certains partisans n’ont jamais cessé d’y croire. « Par moments, ça frisait le masochisme », reconnaît en riant Jean Baptiste, un afro-américain dont les grands-parents sont natifs de la Nouvelle-Orléans.
« Mais là, c’est comme une résurrection. Je marcherais d’ici à Montréal pour avoir la chance d’assister à un match là-bas. J’ai un ami qui a deux billets pour le match de demain (vendredi). Sa femme ne sait pas encore si elle veut l’accompagner. Je prie pour qu’elle décide de rester à la maison et que je puisse hériter de son billet. C’est un peu égoïste, mais je veux tellement voir les Sabres et surtout suivre mon joueur préféré, Tage Thompson, en personne », poursuit Jean Baptiste en se croisant les mains comme si cela allait mousser ses chances…
D’autres, comme Bryan Labarron, leur avaient carrément tourné le dos.
Mais depuis le renversement de situation en décembre dernier, depuis la remontée qui les a hissés jusqu’au premier rang de la section atlantique, depuis leur victoire aux dépens des Bruins en première ronde, et le premier gain contre le Canadien en début de deuxième ronde, ils sont tous de retour.
« J’ai ressorti mon manteau et ma tuque aux couleurs des Sabres quand l’équipe a collé dix victoires de suite en décembre dernier. Je me disais que ce n’était pas juste un autre mirage. Que cette fois, après tant de déceptions au fil des 14 dernières années, c’était la bonne », lance fièrement Bryan Labarron.
Originaire d’une petite ville (Horrnel) à deux heures au sud de Buffalo, une petite ville de moins de 10 000 résidents bordant la frontière avec la Pennsylvanie, Labarron a grandi dans une famille qui a toujours appuyé les Sabres.
Il n’avait donc pas vraiment le choix.
Quand il s’est retrouvé à Buffalo, cet appui aux Sabres n’a fait que prendre de l’ampleur.
« J’étais trop jeune pour vraiment apprécier les belles années des Sabres durant les années 90 – la finale de la coupe Stanley perdue aux mains des Stars de Dallas sur un but en prolongation marqué par Brett Hull. Un but qui n’était pas bon. Mais j’étais sur la grande plaza devant le Key Bank Arena pour le dernier match des séries des Sabres avant cette année. On avait perdu le 7e match de la première ronde contre les Flyers. J’étais démoli. On était tous démolis. Je m’étais retrouvé au Jim’s Steakout – les meilleurs sous-marins à Buffalo en passant – pour manger mes émotions, mais je ne savais pas encore que ce serait le début d’une disette aussi longue », défile en mitraille Labarron en prenant des pauses pour me permettre de tout prendre en note.
« J’ai tout enduré sans dire un mot. Même la descente en enfer pour maximiser les chances d’obtenir Jack Eichel au repêchage, avec ce que cela a donné. Quand j’ai réalisé que j’en étais rendu à me réjouir d’une glissade orchestrée au classement par mon équipe, c’est là que j’ai dit : c’est assez! C’est là que j’ai mis mon manteau et ma tuque aux couleurs des Sabres dans la garde-robe. Il y a quand même des limites. À un moment donné, tu dois te respecter. Au moins, les Bills ont fait pire que les Sabres avec leur disette de 17 ans (2000 à 2016) sans faire les séries », lance Bryan Labarron en riant.
Même s’il avait rangé son manteau et sa tuque, Labarron suivait quand même les Sabres du coin de l’œil.
« Tout le monde disait, l’an dernier, qu’il était sur le point d’exploser. Ils ont quand même été mauvais. Ils ont fini derniers non? – dans les faits, ils ont terminé au 7e et avant-dernier dans la section atlantique. Au mois d’octobre, je les ai regardés aller et ils étaient encore partis pour une saison de misère. J’ai commencé à croire que le club serait vendu. Et puis ils sont partis. Là, on peut les aimer pour les bonnes raisons. »
Une vraie équipe, du vrai hockey
À l’autre bout de l’avenue Chippewa, un groupe de policiers convergeaient vers le Bada-Bing pour y prendre le lunch.
À la question : Êtes-vous des fans des Sabres, ils ont tous levé les bras au ciel en criant : Oui!
Mais quand il a été question de disserter sur le plaisir retrouvé d’encourager une équipe gagnante, ils se sont tous retourné vers une camionnette blanche qui se stationnait. «Justin! Viens ici», qu’ils ont crié.
« Je suis juste un partisan modéré. J’ai sauté dans le train parce qu’ils sont en séries. Je peux te parler des Knicks en long et en large, mais Justin lui, c’est un vrai de vrai fan des Sabres », m’a indiqué l’un deux.
En effet!
Justin, comme Jean Baptiste croisé plus bas sur l’avenue Chippewa quelques minutes plus tôt, n’a jamais abandonné son équipe.
D’abord réticent à répondre publiquement aux questions, Justin a couvert le pistolet qu’il portait sur sa hanche droite – il a dû voir rapidement que ça m’intimidait pas mal – m’a serré la main et s’est mis à parler de son équipe.
« C’était vraiment difficile de les aimer. J’ai souffert par moments. Mais tu sais quoi? Je ne les ai jamais lâchés. Jamais! Je n’avais plus d’attente, je n’étais donc pas déçu. Du moins, pas trop. J’écoutais les matchs à la télé avec mon fils et ma fille. C’était un divertissement en famille. Et quand les séries arrivaient, je regardais les autres équipes en me disant : Ah! C’est ça du vrai hockey. Ça ce sont de vraies équipes de hockey. Je regardais les matchs de séries en essayant de quantifier ce qui manquait aux Sabres pour pouvoir attendre ce niveau. Il en manquait beaucoup. Mais là! Ils sont rendus. Ils forment une vraie équipe. Ils jouent du vrai hockey. J’étais au match d’hier (mercredi) avec mon fils. J’étais là aussi quand ils sont revenus de Boston pour le match cinq en première ronde. J’ai toujours aimé le hockey. Je n’ai jamais lâché les Sabres. Mais là, on les aime pour vrai parce qu’ils jouent pour vrai », a terminé Justin qui, lorsque je lui ai demandé son nom de famille, m’a simplement dit d’écrire Juba.
« Ceux qui ont à comprendre », a terminé le policier.






