Canadiens
Montréal Canadiens de MontréalOpens in new window
Flyers de PhiladelphieOpens in new window

Jeu éteignoir et mucus nasal

Publié le 

Trevor Zegras

MONTRÉAL - Après la victoire enivrante de dimanche aux dépens des Oilers venus d’Edmonton, les partisans venus encourager le Canadien, mardi, étaient en droit à s’attendre à un heureux mélange de plaisir et d’agrément.

Le capitaine Sean Couturier, le gardien Dan Vladar et leurs coéquipiers des Flyers ont toutefois limité au minimum leurs moments de réjouissance.

En y repensant bien, les partisans du Tricolore entassés dans les gradins du Centre Bell ont eu deux raisons de célébrer. C’est une de plus que les amateurs qui suivaient le match à la télévision.

La première : le but d’Alexandre Texier, un très beau but après une belle incursion du Canadien en zone ennemie avec une minute à faire en première période. La célébration a toutefois été de très courte durée alors que Carl Grundstrom, un joueur de soutien muté au sein du top six, nivelait les chances 39 secondes après le but de Texier.

La deuxième? Elle revient au petit bonhomme qui s’est retrouvé à l’écran géant sans vraiment le savoir et qui a décidé de porter à sa bouche le bout du doigt qu’il venait de glisser au fond de son nez. La réaction de la foule a été instantanée. Son voisin – j’imagine qu’il s’agissait de son papa – a sauvé la mise en levant le bras de fiston au ciel comme s’il célébrait un but de Cole Caufield.

Bravo pour la présence d’esprit!

Il ne se passait tellement rien sur la glace, qu’on ne peut pas en vouloir au petit bonhomme d’avoir ainsi animé l’écran géant et dégourdi la foule. En plus, il était hors de question d’utiliser le chandail rouge du Canadien qu’il portait sur le dos en guise de mouchoir. Au prix que ça coûte…

L’efficacité des Flyers

Ce n’est pas la faute du Canadien si le spectacle a été aussi moche mardi et qu’il a perdu 4-1 aux mains d’un des clubs les plus surprenants de la LNH jusqu’ici cette saison.

Ok! Peut-être un peu quand même. Car le Canadien, loin d’être incisif, a plutôt fait dans la dentelle mardi soir. Il a bien offert de beaux échanges à ses partisans et a contrôlé la rondelle le long des bandes en zone ennemie. Mais rarement, trop rarement pour se donner une chance de gagner, il s’est imposé dans la zone payante.

Avec le résultat qu’on connaît.

Cela dit, le gros blâme pour la piètre qualité du volet spectaculaire du match de mardi, ce sont les Flyers qui doivent le l’assumer.

Et vous savez quoi? Du directeur général Daniel Brière, au défenseur Rasmus Ristolaïnen, qui effectuait un retour au jeu après une absence de neuf mois (déchirure du triceps), en passant par l’entraîneur-chef Rick Tocchet, ils prendront tous ce blâme avec plaisir. Même qu’ils l’accueilleront comme un beau compliment.

« On a joué un très bon match de route. On a fermé le jeu et on a profité des chances qu’on a eues. On ne leur a pas donné grand-chose et Vlad – le gardien Dan Vladar – s’est occupé des occasions qu’on leur a données. Surtout en troisième, alors qu’on s’est trop mis à reculer en regardant le temps passer », a indiqué le capitaine Sean Couturier.

En 25 présences totalisant tout près de 20 minutes de jeu, le capitaine des Flyers a fait sa part aux deux bouts de la patinoire.

Il a récolté des passes sur deux des quatre buts des Flyers. Il a surtout gagné ses duels face aux meilleurs éléments offensifs du Canadien. Couturier a d’abord gagné 17 des 23 mises en jeu qu’il a disputées. Ce qui a joué un grand rôle dans le fait que les Flyers ont obtenu le contrôle de la rondelle 39 fois en 58 mises en jeu (67 %). C’est énorme comme domination.

En plus d’éteindre les meilleurs éléments offensifs du Canadien, Couturier a orchestré l’attaque qui a permis aux Flyers de niveler les chances en fin de première période.

« Ce but a tout changé dans le match. C’était important de répondre tout de suite, car cela a empêché la foule d’appuyer le Canadien. C’est toujours difficile de jouer ici, parce que le Canadien gagne en momentum dès que la foule l’appuie. Ils ont marqué avec une minute à faire et on a réussi à répliquer avant la fin de la période. Disons que c’était plus facile de revenir pour la deuxième grâce à ce but », a analysé le capitaine des Flyers.

La brigade défensive du Canadien a encaissé un dur coup avec le forfait de Mike Matheson, le meilleur défenseur du Canadien et meilleur joueur tout court du Tricolore depuis le début de la saison.

Inversement, la brigade défensive des Flyers a été ragaillardie par le retour de Rasmus Ristolaïnen.

« Ça fait une grosse différence », a lancé Daniel Brière avec un large sourire alors qu’il s’approchait du vestiaire de son équipe après le match.

« Il est bon avec la rondelle, sa présence physique est imposante – Juraj Slafkovsky l’a appris à ses dépens en première période – et il rend notre équipe meilleure », a poursuivi le directeur général des Flyers qui ont battu le Canadien deux fois cette saison, au Centre Bell, pour la première fois en 20 ans.

Fowler plaide coupable

Le premier but des Flyers a eu un gros impact sur le match. Il a refroidi les ardeurs des partisans du Tricolore. Le troisième a fait plus encore, car il a totalement éteint la foule.

Jacob Fowler, en contrôle de la rondelle derrière son but, l’a abandonnée croyant qu’un coéquipier viendrait la récupérer. L’ennui pour Fowler et le Canadien, c’est que Matveï Michkov se tenait tout juste derrière Fowler. Et que c’est lui qui a hérité de la rondelle avant de l’envoyer dans l’enclave d’où Bobby Brink a pratiquement scellé l’issue du match en donnant les devants 3-1 à « Philly » avec 50 secondes à faire à la période médiane.

Cette bévue du jeune gardien accueilli en sauveur et en héros lors de son rappel la semaine dernière a semé la consternation dans la foule.

Comme si les partisans venaient de réaliser que Fowler est encore vert et qu’il est humain.

Pas question ici de prétendre une seule seconde que cette bévue – il a réalisé que les choses se passent plus vite dans la LNH que dans les ligues mineures – de Fowler a coûté le match.

Ça non! Le petit gars se tient bien droit devant son but. Il se déplace bien. Il contrôle ses retours. Et il a réalisé plusieurs bons arrêts mardi soir. Mais il a beau rappeler Carey Price dans sa façon de garder les buts, il ne l’est pas encore. Et ne le sera peut-être jamais.

Gardé loin des journalistes après son premier revers, samedi dernier, à New York – défaite de 5-4 encaissée en prolongation – Jacob Fowler a répondu aux questions mardi.

Et c’est tant mieux. Car si le Canadien considère qu’il est prêt à faire face à des tirs et à la pression de la LNH, ce ne sont pas des questions posées après un revers qui devraient le déranger.

Fowler a donc, simplement et humblement, assumé le blâme sur le jeu. On ne lui jouera plus le même coup. Bon! Il en subira d’autres au fil des prochaines semaines, des prochains mois, et ce sera tout à fait normal. Ça fait partie de l’apprentissage.

Au moins, Fowler n’a pas été hué ou ensuite applaudi après un arrêt de routine. Le genre de traitement qu’ont subi Samuel Montembeault et Jakub Dobes plus tôt cette saison après avoir accordé de mauvais buts.

Montembeault avec le Rocket

C’est donc une bonne chose que Samuel Montembeault ait accepté d’aller faire un petit tout avec le club-école histoire de retrouver un brin ou deux de confiance.

Cette période de conditionnement – durée maximale de 14 jours, sans limite d’utilisation, avec son plein salaire en poche, car il est toujours inscrit sur la liste des 23 joueurs du grand club – lui permettra de disputer quelques matchs afin de retrouver des repères qu’il a perdus au cours de l’été. Elle l’aidera peut-être aussi à reprendre sa place devant la cage du Canadien.

Ou non!

Dans la situation actuelle, l’état-major peut jongler avec ses trois gardiens.

À un moment donné, il faudra toutefois se brancher. Bon! On pourrait toujours en garder trois avec le grand club, mais ça n’aiderait en rien la cause du Canadien.

Si Montembeault revient aussi vulnérable de son séjour dans la Ligue américaine qu’il ne l’est depuis le début de la saison, le Canadien n’aura qu’à la soumettre au ballottage pour ensuite le garder en bas.

S’il redevient le gardien honnête qui a aidé le Canadien à se rendre en séries éliminatoires le printemps dernier, Fowler pourra aller poursuivre son apprentissage à Laval. Ce qui était le plan initial de toute façon.

Et si Montembeault va bien et que Fowler mérite de garder les buts à Montréal et non à Laval?

L’état-major devra décider qui, de Montembeault ou Dobes, a le plus à tirer de rester à Montréal ou le moins à perdre de se rendre à Laval...

Le mieux pour le Canadien et ses partisans serait qu’un gardien, peu importe lequel, profite de l’incertitude actuelle pour prendre possession du but et freiner – à défaut de pouvoir la stopper – la polémique entourant l’utilisation ou la non-utilisation des gardiens.