MONTRÉAL – Lorsque Zachary Bolduc a lancé le Canadien en avant 1-0 à mi-chemin en deuxième période, la frénésie des partisans du Tricolore a atteint un niveau difficile à égaler.
Lorsque Cole Caufield a doublé l’avance trois minutes et demie plus tard, les partisans ont réussi à établir un nouveau record en embrasant le Centre Bell plus qu’il ne l’était déjà.
Et, on va se le dire : il l’était déjà pas mal alors que la ferveur des partisans dépassait celle déployée vendredi lors du premier match. Des Olé! Olé! Olé! qui ont retardé le début des hymnes nationaux, à la vague qui a déferlé une première fois alors que le score était 0-0 en passant par les milliers de chandails rouges du Tricolore au milieu desquels quelques chandails blancs… du Tricolore semblaient un brin orphelins. Tout était beau; tout était fort; tout était parfait!
Avec un recul de deux buts à combler. Jon Cooper n’avait alors rien, mais rien du tout, à cirer de l’un des clichés du hockey selon lequel une avance de deux buts est la pire qui soit.
« Je t’assure que tous les entraîneurs-chefs de la LNH, moi le premier, préfèrent être en avant 2-0 que de tirer de l’arrière 0-2. Et je suis convaincu que toutes les statistiques confirmeront que les clubs qui profitent d’une avance de deux buts gagnent beaucoup plus souvent qu’ils ne perdent », a indiqué l’entraîneur-chef du Lightning.
Une profession de foi faite après que son équipe eut comblé ce recul de 0-2 avant d’infliger un revers de 3-2 au Tricolore!
Cette victoire du Lightning, ou défaite du Canadien selon l’angle d’analyse que l’on prend, relance la série qui est maintenant égale 2-2. Une série qui se poursuivra mercredi soir, à Tampa.
Comment Cooper a-t-il géré le recul de deux buts derrière le banc de son équipe? Comment s’y est-il pris pour éviter que ses joueurs baissent la tête? Courbent le dos? Laissent le Canadien filer vers une victoire qui aurait pratiquement propulsé Martin St-Louis, ses joueurs et leurs partisans en deuxième ronde?
« Que mon équipe soit en avant 2-0 ou en arrière 2-0 ce n’est pas le score proprement dit que je regarde. Mais bien plus la manière dont nous jouons. Certains soirs, tu lèves les yeux au cadran et tu es surpris que l’adversaire soit en avant 2-0 alors que tu as plutôt l’impression qu’il devrait mener 6-0. Ce soir, en regardant le cadran, je voyais qu’on tirait de l’arrière 2-0, mais je me disais que le score pouvait aussi être égal parce qu’on jouait bien. Le Canadien a pris les devants 1-0 sur un but un peu chanceux. Le deuxième but était un beau jeu effectué en avantage numérique. Mais on était dans le coup quand même », a assuré Jon Cooper.
Devant lui, l’entraîneur-chef du Lightning a profité de la complicité de Brandon Hagel qui, en regardant sur sa gauche, puis sur sa droite, lançait des encouragements à ses coéquipiers. Les incitaient à revenir dans le match.
« C’est facile de lancer ce genre d’encouragements. Mais c’est plus difficile de les rendre efficaces. Pour ça, il faut un gars qui parle avec ses tripes. Avec son cœur. Il faut un gars qui soit en mesure de passer des paroles aux actes. Mark Messier l’a fait avec les Rangers en 1994 – il avait promis une victoire aux dépens des Devils qui menaient pourtant la finale de l’Est 3-2 et avait tenu promesse alors que les Rangers ont non seulement éliminé les Devils, mais ensuite gagné la coupe Stanley aux dépens des Canucks de Vancouver – Brandon l’a fait ce soir en marquant deux fois », a souligné Jon Cooper qui s’est toutefois bien gardé de comparer Hagel à Messier.
Slafkovsky envoyé cul par-dessus tête
Brandon Hagel a fait plus que sa part en haranguant ses coéquipiers. Il a fait plus que sa part avec le but qui a nivelé les chances tôt en troisième et celui qui a propulsé le Lightning vers la victoire avec moins de cinq minutes à faire dans le match. Ses cinquième et sixième buts de la série. Hagel a fait plus que sa part en relançant Brayden Point et Nikita Kucherov avec qui John Cooper l’avait jumelé pour leur servir un survoltage nécessaire.
Mais le match a tourné en fin de deuxième période lorsque le défenseur Maxim Crozier a asséné une très dure mise en échec à Juraj Slafkovsky.
Arrivant tête basse au centre de la patinoire, Slafkovsky n’a jamais vu venir Crozier qui l’a frappé en pleine poitrine. Le choc a été violent. Envoyé cul par-dessus tête, Slafkovsky s’est retrouvé sur le dos visiblement sonné. Il a retraité au vestiaire, mais était de retour pour la troisième période.
« Cette mise en échec vient tout en haut de ma liste de faits saillants de ma carrière », a convenu le défenseur de 26 ans qui ne compte que 53 matchs d’expérience dans la LNH. Un défenseur qui n’a disputé qu’une des 29 dernières rencontres de la saison du Lightning. Un défenseur qui n’a asséné qu’une des 28 mises en échec distribuées par les joueurs des « Bolts ». Mais quelle mise en échec!
Cette mise en échec a soulevé les joueurs du Lightning. « Elle a fait tourner le match », ont assuré J.J. Moser et Brandon Hagel.
Cette mise en échec a aussi, et surtout, soulevé la colère des joueurs du Canadien et de leurs partisans.
Venu à la rescousse de son coéquipier, Mike Matheson a d’ailleurs été chassé pour deux minutes. Vingt-huit secondes plus tard, Brandon Hagel est allé le rejoindre au banc des pénalités annulant du coup l’attaque massive des « Bolts ».
À quatre contre quatre, la jeunesse, la vitesse et le talent du Canadien auraient dû lui donner un petit avantage.
C’est toutefois le Lightning qui a marqué sur un jeu parfait qui a mis en évidence la complicité entre le défenseur J.J. Moser et l’attaquant Jake Guentzel.
Le défenseur qui a reçu la rondelle de Guentzel avant de la lui remettre alors qu’il s’est détaché de Jayden Struble à l’embouchure du but du Canadien. Un jeu parfait!
« Ce n’était pas un jeu établi d’avance, mais simplement une lecture efficace entre lui et moi. Quand j’ai vu qu’il fonçait au but, j’ai attendu qu’il me donne une cible avec son bâton et je n’avais qu’à lui remettre la rondelle pour qu’il marque. Avec un marqueur de ce talent, tu n’as qu’à lui offrir la chance de marquer et il ne la ratera pas », a assuré Moser.
Point tournant du match?
Martin St-Louis a reconnu que la plus percutante des 76 mises en échec distribuées par les deux clubs – 48 par le Tricolore, 28 par le Lightning – avait joué un rôle dans le match. Mais pas autant que le but de Guentzel qui a été marqué 61 secondes plus tard.
« Les buts en fin de période font toujours mal. C’est ce but qui a changé l’allure de la partie. Oui, Slaf a été frappé solidement, mais il était de retour avec nous pour la troisième période », a indiqué Martin St-Louis.
L’entraîneur-chef du Canadien, à l’image de son vis-à-vis du Lightning, ont verbalisé des critiques polies à l’endroit des arbitres Wes McCauley et Brandon Blandina.
« Nous n’avons pas joué une assez bonne troisième période. On a écopé trop de pénalités. J’aurais aimé que nos gars soient plus disciplinés dans leurs réactions, mais c’est un club expérimenté de l’autre bord. Ils sont bons à nous faire prendre des punitions », a lancé l’entraîneur-chef du Canadien avec un sourire en coin.
Quand on lui a demandé d’élaborer sur son analyse du travail des arbitres, Martin St-Louis a simplement répondu qu’il s’en remettait à Seinfeld. L’émission qu’il écoute pour se détendre et ne pas perdre de sommeil avec l’intensité des séries.
Jon Cooper a indiqué qu’il avait eu de la difficulté à contenir ses émotions derrière le banc après quelques décisions qu’il considérait douteuses de la part des officiels. Quand les journalistes lui ont fait remarquer que plusieurs prises de caméras confirmaient des réactions intempestives de sa part, il a tenté de faire croire qu’il était surpris.
Vrai que les arbitres ont été très impliqués dans la rencontre. Surtout en deuxième et troisième périodes. Le Canadien a marqué une fois en six attaques massives. Le Lightning une fois en sept. Treize attaques massives qui ont permis aux spécialistes en désavantages numériques de s’imposer parfois magistralement.
Les arbitres auraient pu laisser passer quelques infractions qu’ils ont imposées. Des deux côtés. Inversement, ils ont raté des infractions commises par les joueurs des deux formations.
Bien que loin d’être parfaits dans le match à haute intensité que les joueurs des deux équipes ont disputé, dimanche, il est difficile d’imputer aux arbitres la victoire du Lightning ou la défaite du Canadien?
À moins de laisser la partisanerie prendre le dessus… Ce qui est normal, surtout en séries éliminatoires.










