SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU – Une cathédrale s’est transformée en temple du hockey, du moins pour la durée des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey (LNH).
Des chants s’élèvent des bancs bondés de la cathédrale Saint-Jean-l’Évangéliste, à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie. Mais l’assemblée est vêtue de maillots bleu, blanc et rouge des Canadiens de Montréal, et la chanson qu’elle entonne n’est pas un hymne religieux, mais plutôt un chant que tout amateur de sport reconnaîtra : le fameux « Olé ! Olé ! Olé ! ».
Des centaines de partisans des Canadiens de Montréal se rassemblent à la cathédrale Saint-Jean-l’Évangéliste, à Saint-Jean-sur-Richelieu, pour y regarder les matchs de leurs favoris au cours des séries.
Marjoliane Quintal, la présidente du conseil d’administration et directrice au contenu de La Cargaison, l’organisme à l’origine de l’événement, dit que l’intérêt suscité a dépassé les attentes.
« Les gens se rassemblent au Québec et au Canada autour des matchs de hockey. C’est quasi une religion, donc on trouvait que tout ça fonctionnait à merveille », lance-t-elle.
L’entreprise a ses bureaux dans l’église et organise depuis quelques années des concerts ainsi que des spectacles son et lumière dans le sanctuaire. Un match de hockey n’est pas très différent, explique Mme Quintal. « Il y a une cérémonie, il y a un décorum, il y a de la passion, il y a des revirements, et c’est aussi un lieu de rassemblement. »
Le match est diffusé sur un écran de 35 pieds, tandis que des DJ animent la foule et que des projecteurs illuminent les murs de cette église historique.
Et même avant le début du match, certains s’improvisent comédiens. Par exemple, un partisan, vêtu comme un cardinal, invite les gens à s’agenouiller devant lui pour partager une prière qui commençait par invoquer le légendaire Maurice Richard.
« Notre Rocket, qui être aux cieux, que ton talent soit partagé... », commence l’homme qui se nomme David Ouellet.
Il reconnaît que son déguisement est une simple caricature. « C’est pour faire rire. Et la prière que l’on fait avec les gens, c’est pour le fun! »
Un de ces partisans, Antoine Dubé, dit s’être déplacé pour vivre l’ambiance d’un match des séries avec d’autres personnes. Plusieurs admettent ne pas être des catholiques pratiquants, mais reconnaissent prier pour la victoire de la Sainte-Flanelle.
Isabelle Brulotte, directrice de la corporation Monseigneur-Forget, l’organisme qui gère la cathédrale – dit que la diffusion d’un match de hockey dans une église n’est pas sans précédent.
« Au milieu des années 1920, les églises étaient comme le lieu de rassemblements des quartiers. Les gens allaient souvent y écouter les matches de hockey parce qu’ils n’avaient pas nécessairement les sous pour s’acheter une radio. »
Si La Cargaison organise l’événement, la cathédrale s’y associe également en proposant des lampions aux couleurs des Canadiens – bleu, blanc et rouge – que peut faire brûler tout partisan.
Mme Brulotte mentionne avoir reçu quelques appels de personnes qui jugent que la diffusion de ces événements sportifs est inappropriée ou irrévérencieuse, mais elle insiste sur le fait que l’organisation de ces émissions s’inscrit dans la mission de l’église, qui est de servir la communauté et d’attirer les jeunes générations.
« Juste en 2025, 10 000 personnes ont passé les portes de la cathédrale pour une raison autre qu’une célébration du culte, fait-elle valoir. C’est quand même beaucoup. Et certaines d’entre elles ont fini par retourner pour les messes. »
Matt Hoven, titulaire de la chaire Kule en éducation religieuse catholique au collège St. Joseph d’Edmonton, affilié à l’Université de l’Alberta, ne partage pas l’idée que le sport soit une religion. Bien que les deux créent un sentiment d’appartenance, une identité et des rituels, « le hockey ne cherche pas à répondre aux grandes questions de la vie », souligne-t-il.
Il constate toutefois que le sport peut aussi, parfois, susciter des sentiments religieux. Comment expliquer autrement que les gens allument des bougies et prient pour la victoire, demande-t-il?
« C’est drôle de voir comment, quand on donne des occasions aux gens, Dieu, dans le domaine spirituel, finit par se manifester d’une manière ou d’une autre. »
Au moins un joueur des Canadiens a donné son aval à ces soirées.
« C’est littéralement [une religion] », a déclaré l’ailier vedette Cole Caufield. « C’est une histoire qui donne tout son sens à cela. Je veux dire, tout le monde est tellement engagé et passionné. Peu importe le style de vie que l’on mène, je pense que tout le monde est sur la même longueur d’onde avec son équipe de hockey. »




