MONTRÉAL – Quand le tir d’Olen Zellweger s’est frayé un chemin à travers un rideau de quatre joueurs qui en voilaient la trajectoire devant Jacob Fowler, et que ce dernier ne s’est agenouillé qu’une fois la rondelle derrière lui, on a eu l’impression que le Canadien rejouait dans le même mauvais film dont il avait partagé la vedette avec les Predators de Nashville moins d’une semaine plus tôt.
Contre un adversaire qu’il avait jusque-là maîtrisé sans peine, qu’il avait notamment limité à deux petits tirs cadrés en deuxième période, le CH venait d’encaisser deux fois en 61 secondes. Deux buts un peu chanceux, ou en tout cas pas trop jolis, du même genre que ceux qui avaient causé sa perte cinq jours auparavant.
En incluant la déroute contre les Hurricanes de la Caroline, on se retrouvait devant un scénario où le Canadien pouvait potentiellement perdre un troisième match de suite dans lequel il avait détenu l’avance.
On le croyait retombé dans ses mauvais plis. Finalement, en se ressaisissant comme il l’a fait – en n’accordant que trois lancers en quelque vingt minutes après le but de Zellweger, en se créant de loin les meilleures occasions de la prolongation et en réglant les choses de manière expéditive en fusillade – il a plutôt consolidé l’impression de progrès qui se dégageaient de ses récentes performances.
Le Canadien a accordé moins de tirs cadrés aux Sabres (17 tirs) qu’il n’avait donné de chances de marquer de qualité aux Penguins (18 selon Sportlogiq) et aux Hurricanes (19) plus tôt cette saison. La première vague de son jeu de puissance, même si elle a eu besoin d’être opposée à deux hommes en moins pour y parvenir, a généré son premier but de la saison.
Et quelques heures après que Martin St-Louis ait prédit que l’efficacité du désavantage numérique allait « influencer si on gagne ou on perd, ça c’est sûr », ses spécialistes défensifs n’ont pas été bons. Ils ont été irréprochables.
Pour un deuxième match de suite, le Canadien n’a rien donné à court d’un homme. Considérant les ratés dont il a eu du mal à se défaire dans ce secteur du jeu à partir du camp d’entraînement, il s’agit d’un accomplissement en soi. Quand on incorpore à la réflexion l’indisponibilité de Mike Matheson, sujet à une évaluation quotidienne en raison d’une blessure au bas du corps, c’est un peu plus impressionnant.
Avant les matchs de mardi, Matheson venait au deuxième rang dans la Ligue nationale avec un temps d’utilisation moyen de 4 minutes 15 secondes par match en désavantage numérique. Il s’était vu confier cette mission pendant près de cinq minutes samedi contre les Red Wings de Detroit. À forces égales, il est le deuxième arrière le plus occupé du CH après Lane Hutson depuis le début de la saison.
En son absence, St-Louis a attaché une bavette autour du cou de Kaiden Guhle et lui a servi cette assiette bien remplie. C’était beaucoup de grosses bouchées pour un défenseur qui revenait à peine au jeu après une période d’inactivité de plusieurs semaines. Mais Guhle s’est acquitté de la tâche de brillante façon.
Après deux périodes, il avait le même temps d’utilisation au compteur qu’après l’entièreté de son premier match de la saison contre les Red Wings. Il a terminé son mandat avec 25:25 minutes passées sur la glace, dont 5:03 en désavantage numérique.
Durant les quatre minutes et demie qu’Alexandre Carrier et lui ont passé sur la glace à 4 contre 5 (ça n’inclut pas les 33 secondes à 3 contre 4 en prolongation), le Canadien n’a concédé que quatre tentatives de tirs.
Dans le vestiaire, sa performance a presque été reçue par des haussements d’épaules par des coéquipiers qui ne s’attendaient à rien de moins. « C’est rare qu’il ne joue pas ce genre de game-là », approuvait St-Louis, admiratif.
Sa performance mardi a rappelé à quel point la brigade défensive du Canadien a le potentiel d’être redoutable quand tous ses membres en santé.
Carrier mérite aussi des fleurs pour le rôle qu’il a joué dans la victoire. Des trois tirs bloqués que lui crédite la feuille de match, aucun n’a été plus important que celui auquel il a offert son flanc droit dans les dernières secondes de la prolongation. Il provenait du bâton du géant Tage Thompson et il menaçait sérieusement de mettre un point d’exclamation à la job de bras que les Sabres étaient venus exécuter à Montréal.
Petite tape derrière la culotte à Noah Dobson. Le grand insulaire a été mis K.-O. par une rondelle qu’il a reçue au visage en deuxième période. Il a raté les dix dernières minutes de l’engagement médian, mais est revenu au jeu en troisième pour offrir une contribution essentielle à l’effort collectif.
Mention aussi à Arber Xhekaj, qui a ajouté sa pierre à l’édifice avec une contribution de plus de trois minutes en désavantage numérique.
Lane Hutson aurait mérité à lui seul nos quelques 900 mots. Avec ses tours de magie habituels, il a permis à son équipe de faire des vagues contre les Sabres. Mais quand elle a été frappée par le ressac, ce sont ses compagnons de brigade qui l’ont empêchée de chavirer.