BROSSARD – De la pression vous dites? Déjà que c’est immense d’être sélectionné au premier rang, mais que ce soit avec le Canadien, pour la première fois en plus de 40 ans, et devant ses partisans de surcroît, ça rend le tout très particulier et complexe à gérer. 

Les dirigeants du Tricolore doivent donc accorder une importance considérable à cette dynamique. De ce que l’on a entendu lors du point de presse, lundi, Kent Hughes et son entourage ne négligent pas cette dimension. 

Ils peuvent d’ailleurs compter sur l’aide de Vincent Lecavalier, conseiller spécial aux opérations hockey et surtout ancien premier choix en 1998, pour tenter d’y voir plus clair. Le défi de Lecavalier et de l’état-major montréalais consiste d’abord et avant tout à déterminer quel athlète, parmi Shane Wright, Juraj Slafkovsky et Logan Cooley, parviendra à mieux gérer le tout. 

Vincent Lecavalier, premier choix du repêchage de 1998Au cours des dernières semaines, Lecavalier s’est notamment entretenu au téléphone avec Wright afin de savoir comment il avait composé avec le statut d’espoir numéro un qui lui est accolé depuis longtemps. 

Lecavalier n’a pas hésité une seconde à cette question. Il admet avoir exprimé un bémol aux dirigeants du Canadien par rapport au fait que Wright ait pu connaître une saison quelque peu décevante pour cette raison. 

« C’est sûr. Ouais, on en a parlé. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai discuté avec lui, pour savoir comment il s’est senti cette année et on a eu une superbe discussion là-dessus », a confié Lecavalier en laissant croire que Wright s’est ouvert sur le sujet. 

Il y a déjà plus de 20 ans, Lecavalier s’est retrouvé dans les mêmes patins – ou presque – que ceux de Wright. Il a eu l’humilité de lui raconter, d’entrée de jeu, que sa dernière année junior avait été éprouvante. 

« On a été pas mal dans la même situation. J’ai commencé par lui dire comment je m’étais senti, je trouvais ça difficile; c’était beaucoup de pression. Je me faisais dire tous les jours "Vas-tu être le premier choix?". Je voulais comprendre comment il a géré ça. Ce fut une belle discussion et j’ai beaucoup appris sur lui, c’est une bonne personne avec de hauts standards », a retenu Lecavalier. 

L’ancien vedette du Lightning a rappelé à Wright qu’il n’a pas 25 ou 30 ans ni 10 ans d’expérience dans la LNH. 

« Je me souviens que j’avais eu beaucoup de hauts et de bas mentalement (à sa saison de repêchage). Tout le monde t’en parle, tu ne peux pas t’en sortir. Mais j’avais bien géré le tout et je pense que lui aussi », a-t-il ajouté. 

Vincent LecavalierÀ deux reprises, Lecavalier a pris le temps de souligner l’encadrement idéal qui a été développé par Jacques Demers afin qu’il puisse s’épanouir à son rythme dans la LNH. 

« Oui, il y a des attentes, mais j’étais dans une bonne situation avec Jacques Demers, il m’a beaucoup aidé pour ne pas imposer trop de pression sur moi en tant que joueur de 18 ans. Il y a aussi le fait que Tampa Bay n’était pas une organisation trop gagnante donc les gens ont été patients avec moi, ça m’a aidé à long terme. Ce n’est pas facile d’être le numéro un. Le premier choix devra vivre et grandir avec ça », a reconnu Lecavalier. 

À ce sujet, Hughes a indiqué que le Canadien discute pour bâtir un plan afin de bien protéger le joueur qui deviendra le premier choix, mais également les jeunes espoirs qui arriveront à Montréal comme Kaiden Guhle dont la décision n’a pas été prise quant à sa participation au Championnat mondial junior cet été. Bien sûr, le but sera de favoriser un développement optimal de ces jeunes. 

Trois joueurs différents, trois ligues différentes : bonne chance

Outre l’élément de pression, un autre enjeu complique la réflexion du CH. Wright, Slafkovsky et Cooley évoluent dans des circuits très différents. Aucune formule mathématique ou magique n’existe ni même malgré les statistiques avancées pour trouver la bonne réponse. 

Des recruteurs nous disaient à quel point la Ligue finlandaise, où joue Slafkovsky, ne permet pas tant de s’exprimer offensivement. Le rendement international de l’ailier slovaque contre des hommes vient sauver la mise, mais comment comparer le tout au jeu de Wright dans la Ligue canadienne contre des patineurs de 20 ans et moins. Quant à Cooley, il devait aussi se frotter à des adversaires plus vieux en sol américain. 

Hughes a été transparent à ce propos. Durant sa carrière d’agent, il devait tenter de prévoir le développement d’athlètes dès l’adolescence. Ce n’était pas toujours un succès, mais son bagage d’entraîneur est devenu un outil bénéfique dans les derniers mois. 

« On essaie d’évaluer ce que chaque joueur parviendra à ajouter à son répertoire. Mais d’assumer qu’ils ont tous la capacité et le désir de le faire, ce serait d’aller trop vite. Dans le passé, j’ai trop souvent commis cette erreur de penser que ce joueur deviendra tel athlète. Ce n’est pas toujours le cas », a décrit le DG qui doit déterminer lequel devrait le mieux réussir son évolution. 

Pour Lecavalier, qui ne détient pas les nombreuses années d’expérience d’un recruteur, cette équation n’est pas facile à résoudre.  

« J’apprends, c’est ma première année. Les trois jouent dans des circuits très différents. C’est difficile. Voilà pourquoi on aura ces conversations dans les prochains jours. Tout est à propos des projections dans trois ou quatre ans. Pour y arriver, il faut regarder bien des matchs et en discuter. Ce sont assurément trois joueurs différents, mais de bons joueurs », a-t-il déclaré. 

Du nouveau à propos de Price, Richardson, Petry et Romanov? 

Si vous trouviez étrange de ne pas avoir encore lu de mention en ce qui concerne Carey Price, c’est car il n’y a rien de nouveau qui a été annoncé. Hughes dit promettre de dévoiler des informations dès que possible. 

Quant au remplacement de l’entraîneur adjoint Luke Richardson, tout dépendra des entrevues qui s’amorcent. Si Martin St-Louis, Hughes et Jeff Gorton sont charmés par un candidat, ils pourraient procéder à une embauche rapide. 

Pour Jeff Petry, on comprend que l’équipe essaie toujours de trouver une offre intéressante pour lui permettre d’évoluer pour une équipe américaine. Mais la porte n’est pas fermée pour qu’il poursuive son association avec Montréal. Après tout, le club doit être prudent s’il échange un défenseur qui joue un grand rôle – quand il est à son meilleur - dans sa brigade défensive. 

En terminant, Hughes a précisé qu’Alexander Romanov devrait quitter la Russie pour l’Amérique du Nord dans les prochains jours. Il devrait donc éviter de devoir se soumettre à un service militaire pour la Russie.