MONTRÉAL – La Coupe Hlinka-Gretzky est l’événement qui marque le début de la « saison du repêchage ». C’est le moment où les dépisteurs de la Ligue nationale sortent de vacances, où les observateurs de tout acabit recommencent à noircir les pages de leurs cahiers de notes et à ajuster leurs listes.
Le Québécois Alexis Joseph, qui est identifié comme l’un des plus beaux espoirs de la cuvée 2027, n’y a pas connu le succès escompté. Il a été limité à trois points en cinq matchs et a terminé la compétition sur le quatrième trio. Pour un joueur qui avait été le meilleur pointeur du Défi mondial des moins de 17 ans un an plus tôt, le contraste était frappant.
Dans un monde qui valorise l’opinion précipitée et les prises de position marginales, ce qui devait arriver arriva. Joseph a perdu des plumes aux yeux de plusieurs évaluateurs dans les médias. Il était jadis considéré en compétition avec le défenseur Landon DuPont pour charmer l’équipe qui repêchera au premier rang. Certains experts le placent désormais à la lisière du top-10.
En entrevue à RDS, Joseph a fait face à la musique jeudi tout en tentant poliment de calmer le jeu.
« Naturellement, j’aurais aimé ça mieux performer. Personnellement, il y a eu beaucoup d’apprentissage dans ce tournoi-là. C’est un tournoi au mois d’août. C’est loin du draft. C’est seulement cinq matchs. J’aurais aimé mieux performer. J’aurais dû mieux performer. Mais c’est quelque chose qui va m’en apprendre pour la suite. Si j’ai la chance de représenter le Canada dans un autre tournoi, je peux vous assurer que je vais être prêt à donner mon maximum. »
Depuis son jeune âge, Joseph est réputé pour se lever dans les moments importants. Au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, il a mené son équipe aux grands honneurs en marquant le but égalisateur et le but vainqueur, en prolongation, en finale. À ses premières séries dans la Ligue M18 AAA, à 14 ans, il a été le meilleur marqueur du Phénix du Collège Esther-Blondin avec 14 points en huit matchs.
L’ancien joueur de la LNH Jason Pominville, qui a été son entraîneur pendant plusieurs années au hockey mineur, a déjà souligné ce trait de caractère dans une entrevue à Sportsnet. « Chaque fois que le match était important ou que le défi était plus grand, il s’élevait à la hauteur de la situation. »
Au Hlinka, c’était véritablement la première fois de sa jeune carrière qu’il ne répondait pas aux attentes sous pression.
« Oui, ça m’a dérangé, réagit-il sans hésitation. Ça m’a dérangé. Cependant, on a une excellente cuvée de 2009 et de 2010 au pays qui nous ont permis de gagner le tournoi. Il y a d’autres joueurs qui ont pris la relève. Chapeau à eux. Maintenant, comme j’ai dit, si j’ai une autre chance de représenter le Canada, je vais être prêt. Je vais saisir ma chance cette fois-là. »
Joseph reste évasif quant à la nature de ces « apprentissages » qu’il a ajoutés à son bagage d’expérience. Sans se déclarer coupable d’errements particuliers, il réitère son engagement à « arriver prêt dans tous les matchs de tous les événements possibles, ne rien tenir pour acquis et travailler fort. »
Il est important pour lui de soigner sa réputation d’homme des grandes occasions.
« Je pense qu’il n’y a pas une plus belle qualité dans le sport. Cependant, je crois que j’ai encore beaucoup de choses à démontrer pour avoir cette étiquette-là. J’ai beaucoup de travail à faire pour devenir un joueur clutch. Il y a des choses qu’il faut que je fasse et j’ai l’intention de travailler là-dessus. »
Plus que les chiffres
Premier choix du repêchage de la LHJMQ en 2025, Joseph a offert un rendement à la hauteur de son statut lors de sa saison recrue. Pour une équipe en reconstruction qui a conclu l’année dans le dernier tiers du classement général, il a amassé 60 points en 54 parties.
Le centre de 6 pieds 4 pouces et 210 livres a de grandes ambitions pour la suite, mais les chiffres ne seront pas son étalon de mesure pour juger de l’atteinte de ses objectifs.
« Ça a l’air spécial à dire, mais j’aimerais prendre plus de galon en général. Je veux plus dominer la partie. Les statistiques, c’est vraiment pas là que je me concentre. »
— Alexis Joseph
« Je me focus plus sur comment je peux gagner mes mises en jeu, être un joueur fiable défensivement. [...] J’aimerais cette année que si on a une grosse mise en jeu à gagner, je peux y aller. Si on a besoin d’un gros but, je peux y aller. Comme on en parlait pour le Hlinka, être le go-to guy. Je pense que ça serait ça mon objectif. »
Ces propos pourraient être ceux d’un jeune homme qui a été bien préparé par son agent avant une grosse entrevue. Mais on sent dans les paroles de Joseph une authentique maturité.
Il y a un an, Maddox Dagenais nous avouait dans son propre élan de sagesse qu’il avait commis l’erreur de trop s’attarder à ce qui se disait à son sujet en vue du repêchage. Celui qui allait devenir un choix de première ronde des Blues de St. Louis l’avait réalisé à temps et avait apporté les bons ajustements afin de corriger un début de saison moyen.
Joseph se croit quant à lui à l’abri de ce piège, reconnaissant envers des parents qui ont toujours trouvé les bons mots pour lui visser les deux pieds sur terre. C’est cette même lucidité qu’on entend quand il dit ne pas croire que ce sont ses statistiques qui le mèneront à la destination souhaitée.
« Je peux donner comme exemple que l’année passée, il y a des matchs où, quand je regarde la feuille de pointage, on gagne 6-5 et j’ai un but et trois passes. Pour le fan qui regarde ça, “Wow! Un but, trois passes!”, mais moi je regarde ma game et j’ai une erreur défensive, un mauvais repli. Ça ne veut pas dire que j’ai nécessairement mal joué, mais ça ne veut pas dire non plus que j’ai bien joué parce que les points ont été au tableau. »
« Il y a des matchs que c’est totalement le contraire. Je pense encore au Hlinka : il y a un match où je n’ai pas fait de point, mais j’ai sorti de la glace et je me disais que j’avais bien joué. Ça va au-delà des points. Je pense que si mes coaches et moi, on est d’accord sur le fait que j’ai bien joué, même si les points ne sont pas là, ce n’est vraiment pas la fin du monde. »





