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« Tannant », travaillant, dérangeant : l’ADN de Florent Houle

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Reportage de Stéphane Leroux sur la présentation du match des étoiles de la LHJMQ.

SHERBROOKE – Au Match des espoirs de la LHJMQ, les équipes Crosby et Lafleur étaient composées de joueurs qui avaient toujours été destinés à participer à un tel événement. Treize choix de première ronde dans le circuit Cecchini. Huit participants au Défi mondial des moins de 17 ans, trois aux Jeux du Canada. Des Européens pressentis pour sortir au premier tour du repêchage de la Ligue nationale.

Dans ce melting-pot de surdoués, le profil de Florent Houle détonnait.

L’attaquant du Phoenix de Sherbrooke a fait son chemin en marge des grands événements, à son propre rythme, sans jamais regarder au-delà du prochain but qu’il s’était fixé. Le jour de son 16e anniversaire, il n’était toujours pas repêché dans la LHJMQ. En fait, il n’avait même pas encore joué un match au niveau M18 AAA.

« Il nous avait dit que c’était son rêve de jouer pour le Séminaire St-François », se souvient Mikaël Tam, son entraîneur-chef cette année-là sur le campus de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Houle a toujours eu du talent, mais jamais au point où son accession au prochain niveau relevait de la simple logique. « C’était pas nécessairement le meilleur joueur de son groupe d’âge, se souvient Tam, un ancien capitaine des Remparts de Québec qui est aujourd’hui entraîneur-adjoint chez les Wildcats de Moncton. Il avait joué M17 AAA avec les As de Québec à son année de 15 ans. De ce qu’on entendait un peu – normalement si tu es dans les deux ou trois meilleurs de ta cuvée Espoirs, tu as une chance de jouer Midget AAA l’année d’après. De ce que j’avais compris, il était plus sur le deuxième trio de son équipe. »

« On avait entendu le nom, mais ce n’était pas nécessairement quelqu’un qu’on avait mis un crochet à côté de son nom pour dire qu’il allait faire l’équipe l’année prochaine. »

Tam s’est éventuellement fait forcer la main par un joueur qui a « mangé le camp ». Houle y est parvenu grâce à une recette qui est devenue sa marque de commerce : un entraînement estival sans compromis, une attitude impeccable et un style de jeu rugueux qui le rend détestable pour ses adversaires tout en en faisant le coéquipier idéal.

C’est en repensant à cette année-là que Houle voit le point tournant d’une jeune carrière qu’il espère aujourd’hui voir fleurir au niveau professionnel.

« C’est le premier coach, je pense, qui a été vraiment dur avec moi. Il nous poussait, il nous challengeait, il était honnête avec nous. Il ne donnait pas de faux espoirs. Si tu travaillais fort, tu allais jouer, ça allait bien aller. Et moi c’est ça mon style de jeu, un gars physique, un gars travaillant. Avoir un coach qui récompensait ce genre de joueurs-là et qui nous poussait quand on travaillait fort, ça m’a aidé. Ça m’a donné plus de confiance durant la saison. »

« Déranger, ça ne l’énerve pas »

Après une saison de 24 points en 37 matchs, Houle, à l’aube de ses 17 ans, a été repêché par le Phoenix en septième ronde.

« On l’a repêché tard, mais on savait que c’était un joueur qui avait un fort potentiel de percer notre alignement dès le départ, se rappelle l’entraîneur-adjoint et assistant du directeur général du Phoenix Jonathan Deschênes. On savait aussi que dans son ADN, il cadrait beaucoup avec ce qu’on cherchait. »

« On aime les gars qui jouent avec du pace. Tu l’as vu, il a une belle force d’accélération et apporte clairement un aspect robustesse. En bon français, il n’haït pas ça se chamailler. Il aime déranger l’adversaire. »

Lui-même originaire de la région de Québec, Deschênes avait croisé Houle pour la première fois au niveau atome. Il avait ensuite suivi sa progression par l’entremise de son ami Jean Grignon-Francke aux niveaux bantam et midget. Il croyait que Houle aurait été repêché une année plus tôt dans la LHJMQ si une blessure à un coude n’avait pas hypothéqué sa progression.

« [Quand on l’a repêché], on pensait qu’on avait peut-être un joueur de fond d’alignement, qui était capable de jouer mais qui allait rentrer sur notre quatrième trio. Mais au camp des recrues, il avait l’air d’un homme parmi les enfants parce qu’il était capable de faire des jeux avec la rondelle, la protéger, la conserver. »

Au camp principal, Houle ne s’en est pas laissé imposer. Son style frondeur a peut-être causé des petites frictions au début, « mais les vétérans l’ont quand même apprécié rapidement, précise Deschênes. Il a gagné leur respect. On avait un défenseur très physique, Hugo Marcil, et le fait que Florent ose aller coup pour coup avec lui, il respectait beaucoup ça. »

« Je ne dirais pas qu’il joue avec un je-m’en-foutisme, mais il va faire ce qu’il pense qui est bon pour son équipe sans s’en faire avec le reste. Déranger, ça ne l’énerve pas. »

« Je fais juste travailler et je veux être le plus tannant sur la glace, le plus intense sur la glace, expose Houle. Ça ne peut pas mal aller si tu travailles bien. »

Une denrée rare

La peste de 6 pieds et 191 livres doit bien travailler, parce que ça n’arrête pas de bien aller pour lui.

Le printemps dernier, Deschênes estime qu’il a eu un gros mot à dire dans l’élimination en cinq matchs de l’Armada de Blainville-Boisbriand par le Phoenix au premier tour des séries. « Je suis pas mal sûr que si on fait le tour de l’autre bord, je pense qu’ils étaient tous tannés de jouer contre lui. Il y a des joueurs qui étaient supposés être des joueurs physiques qu’on n’a pas vus. »

« Jouer contre un Florent Houle, ce n’est jamais plaisant parce que tu le sais que si tu vas chercher une rondelle dans ton territoire, tu vas finir avec la face dans la baie vitrée », témoigne Tam.

Au mois de juin, alors que le repêchage de la LNH tirait à sa fin, Houle a reçu un appel de son agent qui lui annonçait que les Red Wings de Detroit l’invitaient à leur camp de développement. Une blessure l’a empêché d’y afficher ses couleurs, « mais je pense que ça n’enlève pas que j’ai été invité et ça me donne juste de la motivation pour qu’ils me réinvitent ou qu’ils me repêchent », retient-il.

Pour Tam, le fait que Houle ait été invité au Match des espoirs de la LHJMQ est la preuve que l’intérêt à son endroit est réel. À une époque où plusieurs jeunes joueurs mettent tous leurs œufs dans le panier des habiletés individuelles, il croit que son ancien poulain a les atouts en main pour séduire les recruteurs.

« J’écoutais la partie cette semaine et wow! Il finit tout le temps ses mises en échec, il est dans la face de l’adversaire, il amène de la vitesse. Il n’y a plus beaucoup de joueurs comme ça, c’est rendu une denrée rare. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup d’entraîneurs et des équipes au prochain niveau qui démontrent de l’intérêt pour un gars comme ça parce qu’il a un style vraiment unique. »