MONTRÉAL – Deux matchs. Peut-être trois. C'est tout ce dont disposait Alexis Cournoyer pour se prouver.
Pour démontrer que lui, un lointain choix de 13e ronde en 2021, pouvait encore adéquatement protéger un filet de la LHJMQ.
« Deux-trois matchs, c'est toujours mieux que juste une période », positivait le gardien de 19 ans au moment d'enfoncer son masque sur son crâne, le 28 décembre dernier.
Deux ans jour pour jour après avoir obtenu une première et infructueuse audition d'une quarantaine de minutes dans le demi-cercle des Cataractes de Shawinigan, Cournoyer s'apprêtait à faire son retour dans le circuit.
Avec les Eagles du Cap-Breton, et pour de bon, espérait-il.
Le no 1 de l'équipe Jakub Milota participant au Mondial junior avec la Tchéquie, le club néo-écossais était à la recherche de renforts pour l'intérim. Incité par un confrère directeur général à regarder dans sa propre cour et à jeter un coup d'œil sur le portier québécois des Bears de Truro, une équipe Junior A des Maritimes, l'architecte des Eagles Sylvain Couturier a mis ses éclaireurs sur le dossier.
Puis, il a consulté quelques entraîneurs s'étant heurtés aux jambières de Cournoyer dans la Maritime Junior Hockey League (MHL).
« Ils m'ont dit que définitivement, c'était le meilleur gardien de la ligue. C'est là que j'ai fait le trade. »
Le 19 décembre, Couturier a alors acquis les droits de Cournoyer du Drakkar de Baie-Comeau, cédant en retour une sélection de 9e ronde en 2026.
« J'ai été honnête avec Alexis. Je lui ai dit qu'il s'en venait ici en tant que joueur affilié jusqu'au 6 janvier, et qu'il serait évalué selon ses performances. The rest is history, comme ils disent! »
Se faire un nom
À sa première sortie sur la patinoire des Islanders de Charlottetown, Cournoyer n'a rien donné. Vingt-sept arrêts, premier blanchissage.
Deux jours plus tard, devant ses nouveaux partisans, il cédait deux fois sur 31 lancers. Deuxième victoire.
Troisième sortie : 28 tirs repoussés, un autre jeu blanc.
« Après ses trois premiers départs, notre idée était faite. On le gardait », relate Couturier.
Cournoyer n'a encaissé sa première défaite qu'à son cinquième départ de la campagne, ajoutant ensuite un troisième blanchissage à sa fiche à sa neuvième présence entre les poteaux. Si bien qu'à la conclusion du mois de janvier, il affichait un dossier de 7-3, une moyenne de buts alloués de 1,48 et un taux d'efficacité de ,950. De quoi se mériter le titre de gardien du mois, à la fois dans la LHJMQ et la LCH.
« Il y a deux mois, je jouais Junior A. Je jouais pour le fun au hockey et je n'avais aucune attente. [...] Je ne ressentais aucune pression en m'en allant [au Cap-Breton]. Je me disais qu'au point où j'en étais rendu à 19 ans à Noël, si ça ne marchait pas, pas grave, j'allais retourner dans le Junior A et j'allais avoir du funavec mes chums. Si ça marchait, eh bien tant mieux, j'allais enfin avoir une chance de me prouver. »
Au moment d'écrire ces lignes, le colosse de 6 pi 3 po et 195 lb est l'heureux propriétaire de la meilleure moyenne de buts alloués de la LHJMQ (1,77) et du meilleur taux d'efficacité (,941).

Cournoyer a 19 ans et sa charge de travail (8-5 en 15 matchs) n'est pas la même que les piliers de la ligue à sa position, c'est bien vrai, mais ses performances ont néanmoins suffi pour éveiller l'intérêt de recruteurs.
« Il y a déjà des équipes professionnelles qui m'ont parlé de lui », confirme Couturier, qui dit avoir été approché récemment par deux dépisteurs de la LNH. « Aujourd'hui, dans le pro, ça cherche de grands et gros gardiens de but.
« Je suis convaincu que s'il n'est pas repêché par une équipe professionnelle, il va être invité à un camp d'entraînement. [...] Il est après se faire un nom. »
Cournoyer, qui est par ailleurs également courtisé par des universités américaines, préfère quant à lui se boucher les oreilles pour s'isoler de tout ce « bruit extérieur », car là réside justement le secret de ses récents succès, estime-t-il.
« C'est ça le défi en ce moment. Après mes 10 premières games, c'était "Oh my god! C'est qui ce gars-là? Il sort d'où?" Le monde a commencé à m'écrire et tout ça. Mais là, le but, c'est de continuer à bien jouer et à rester concentré sur l'objectif. »
Et, surtout, ne rien tenir pour acquis. Il ne fera pas la même erreur deux fois.
« F*ck it »
Sélectionné au 233e rang par les Cataractes de Shawinigan en 2021, Cournoyer croyait alors en son rêve.
Un jour, le petit gars de Trois-Rivières défendrait peut-être le logo et la cage du club de son enfance. Un jour, son père Louis, annonceur maison des Cats depuis 2012, ferait résonner son nom dans l'enceinte du Centre Gervais Auto.
Il ne l'a finalement prononcé que deux fois.
La première, le 28 décembre 2022, quand il a été appelé en relève à Rémi Delafontaine, le temps d'une période et d'effectuer quatre arrêts sur autant de lancers. Puis, la deuxième, une semaine plus tard, à l'occasion de son premier départ en carrière.
Quatre heures avant la rencontre contre les Saguenéens de Chicoutimi, Cournoyer a appris qu'il serait le partant en l'absence de Delafontaine, blessé. L'expérience n'a duré que 20 minutes. Au terme de la première période, il avait alloué trois buts sur 11 lancers.
« J'ai 17 ans et quatre heures avant la game, j'appelle mes parents et ma famille pour pognerdes billets. La maturité psychologique, mais aussi physique pour gérer tout ça n'était pas là à ce moment », se souvient Cournoyer.
Avant longtemps, le jeune espoir était de retour dans les rangs M18AAA, où il a conclu sa campagne. Lors du camp d'entraînement suivant des Cataractes, il a été troqué au Drakkar. Croyant à tort qu'il avait de bonnes chances de percer la formation à Baie-Comeau, Cournoyer a finalement dû se rabattre sur son plan B : les Dragons du Collège Laflèche à Trois-Rivières.
Le gardien s'est bien débrouillé avec ces derniers pendant une demi-saison, avant de conclure que le temps était venu de tenter autre chose. Quitter pour Truro.
« Je sentais que j'avais fait ma job au Québec et que c'était le temps d'aller me faire voir dans les Maritimes pour peut-être aller jouer dans le U Sports après. »
À son deuxième camp d'entraînement chez le Drakkar l'été dernier, Cournoyer pensait toutefois en avoir fait assez pour percer la formation, mais une transaction de dernière minute amenant le vétéran Mathys Routhier sur la Côte-Nord l'a renvoyé dans le Junior A en Nouvelle-Écosse.
« La route vers Truro, je ne vais pas te mentir, a été tough. Mais rendu là-bas, mon esprit a comme lâché prise. J'étais content d'être là. Je me suis dit : "F*ck it, je vais juste m'amuser à jouer au hockey et il arrivera ce qui arrivera". »
L'appel inespéré est finalement venu. À 19 ans, trois ans et demi après avoir été repêché dans la LHJMQ, Cournoyer y a enfin sa place. Il épaule Milota à titre de no 2, mais qu'importe, il a du « fun » et c'est avant tout pourquoi il performe.
« Quand Louis [Robitaille, l'entraîneur-chef] m'a appelé, il m'a dit : "Je veux que t'embarques à Charlottetown avec le sourire aux lèvres et je veux que tu t'amuses. Je veux que tu joues pour toi. »
C'est ce qu'il fait, sans trop penser à la suite.
« Ma mère m'a toujours dit que la vie est bien faite. »






