MONTRÉAL – Le poste, les responsabilités et l’opportunité lui appartiennent. À 17 ans, et à l’aube d’une campagne au cours de laquelle il doit charmer les éclaireurs de la LNH, Ethan Gauthier se voit offrir l’un des mandats les plus en vue de la LHJMQ. Pivoter le premier trio d’une puissance, et surtout, alimenter l’attaquant le plus dangereux du circuit, Joshua Roy.

« Tout le monde voudrait avoir cette place-là dans l’équipe », reconnaissait récemment l’attaquant du Phoenix de Sherbrooke en entrevue.

Cette « place-là », c’est celle laissée vacante à la suite du départ de Xavier Parent pour les rangs professionnels. Julien Anctil, l’autre complice de Roy sur ce qui était l’une des unités offensives les plus productives de la ligue l’an dernier, a lui aussi fait le saut chez les pros.

Les vétérans Justin Gill, Milo Roelens et Cole Huckins, un espoir des Flames de Calgary acquis cet été du Titan d’Acadie-Bathurst, se présentaient au directeur général et entraîneur-chef Stéphane Julien comme des options potentielles pour succéder à Parent. Il a préféré celle de Gauthier.

Il ne lui en a pas trop laissé le choix.

À la Coupe Hlinka-Gretzky, où Julien dirigeait le mois dernier la sélection canadienne des moins de 18 ans, Gauthier s’est imposé comme une force dominante de l’unifolié dans sa conquête de la médaille d’or. Le tout premier choix du repêchage 2021 de la LHJMQ a distribué les coups d’épaules, trouvé les espaces libres dans l’enclave, et il a marqué des buts. Plus que quiconque (6).

« On dirait que ça lui a fait gagner deux ans sur le plan de la maturité ce tournoi-là, observe Julien depuis le retour de son protégé à l’entraînement. Ç’a l’air de rien, mais je vois un joueur qui est en confiance en ce moment, qui a pris du leadership dans sa game. Il a toutes les opportunités devant lui cette année. Il y a beaucoup de choses qui lui appartiennent, mais il va avoir la chance de jouer avec de bons joueurs. »

« Je ne veux pas essayer de faire ce que Xavier Parent et Julien Anctil faisaient, parce que ce n’est pas la même chose, mais je pense que [si je joue] selon mon identité, je peux amener d’autres choses à Josh qui vont l’aider dans sa game », nuance Gauthier, qui devrait avoir le vétéran Israel Mianscum comme autre partenaire de trio.

Ethan Gauthier et Joshua RoyLa naissance d’un nouveau duo?

Gauthier n’a joué qu’en quelques occasions avec l’espoir des Canadiens de Montréal à sa saison recrue l’an dernier, le côtoyant que sporadiquement sur un jeu de puissance ici et là, ou lors de rares mauvaises sorties du premier trio. Il affirme néanmoins avoir déjà trouvé des atomes crochus avec le champion pointeur de la LHJMQ avant son départ pour le camp d’entraînement du CH.

« Ce que j’ai vraiment apprécié de Josh, c’est qu’il m’a pris sous son aile, si on veut, dans les pratiques. L’année passée, on voyait souvent le duo Parent-Roy dans les pratiques. Ils se mettaient tout le temps ensemble sur les deux contre un par exemple. Quand je suis arrivé ici, Josh est venu me voir et m’a dit : "Viens-t’en avec moi, on va faire les drills ensemble". Ça m’a vraiment donné confiance. »

Pour faciliter le travail de son coéquipier étoile, et par la bande obtenir sa part de points, Gauthier insiste, il devra rester fidèle à son identité, celle qu’il a affichée sous son meilleur jour à la Coupe Hlinka-Gretzky.

« Mon identité, c’est jouer physique, frapper, mettre de la pression en échec-avant. Je suis capable de compléter des bons scoreurs. On l’a vu là-bas, je jouais avec [Zachary] Benson et [Brayden] Yager, d’excellents gars. Ç’a fini que j’ai plus scoré que passé, mais je ne suis pas arrivé là en me disant je veux scorer des buts. Je suis arrivé là en me disant je veux jouer dans mon identité. Les résultats sont venus avec. »

« C’est un joueur qui a compté tous ses buts à 15-20 pieds du filet [à la Coupe Hlinka-Gretzky], fait remarquer Julien. S’il est capable de retrouver cette combinaison-là et de trouver les espaces libres devant le filet, il va en compter beaucoup de buts. »

Sur le plan défensif, Gauthier affirme aussi avoir gagné en assurance dans le cercle de mise en jeu pendant le tournoi qu’il a amorcé au centre, avant d’être muté à l’aile pour les besoins de la cause.

« Ma plus grosse crainte l’année passée [à l’idée] de jouer contre des gros trios, c’était vraiment les mises au jeu. À la Coupe Hlinka-Gretzky, je pense que j’ai eu 60-65 % [de taux de réussite]. Je ne connais pas le chiffre exact, mais j’étais au-dessus de 50 %. Ç’a vraiment bien été de ce côté-là. C’était vraiment quelque chose que je devais améliorer pour être un centre no 1 dans la ligue. J’ai vraiment mis de l’emphase (sic) là-dessus cet été et je suis prêt à prendre cette responsabilité-là. »

Après une entrée en matière en deux temps la saison dernière – il a récolté 14 points à ses 32 premiers matchs avant d’en ajouter 25 à sa fiche lors des 33 suivants – et une expérience à la fois enrichissante et révélatrice sur la scène internationale, le no 79 du Phoenix s’estime donc prêt à s’acquitter de son nouveau rôle et, espère-t-il, le conserver.

« Pour l’instant, Steph me fait confiance. [...] C’est une chance qu’il me donne en partant et j’ai l’intention de la saisir, parce que des opportunités de même, tu ne veux pas passer à côté. »

Les frères Gauthier veulent savourer leur dernière saison à Sherbrooke (2e partie)