Passer au contenu principal

RÉSULTATS

De capitaine à DG de l'Armada à 30 ans

Olivier Picard Olivier Picard - Getty, Sébastien Gervais, Phoenix de Sherbrooke
Publié
Mise à jour

BOISBRIAND – « Toi, tu payerais quoi pour lui? »

Cette question, Joël Bouchard l'a sans doute posée à de nombreuses reprises au fil de ses huit saisons passées dans la chaise du directeur général de l'Armada de Blainville-Boisbriand. En 2013-2014, il pouvait entre autres demander l'avis de son entraîneur-chef Jean-François Houle, de ses adjoints ou de ses confrères. Et en cas de doute, il y avait toujours son capitaine.

« C'est arrivé une couple de fois », confirme Olivier Picard, un vétéran défenseur à l'époque âgé de 20 ans.

« Même quand il jouait, tu voyais que déjà, il avait l'œil pour évaluer et comprendre les dessous de la game, ce qui n'est pas toujours évident pour les jeunes âgés entre 16 et 20 ans », note Bouchard, encore lié à la concession à titre d'actionnaire. « Il était capable de déceler un joueur peut-être un peu plus obscur. »

Dix ans plus tard, c'est désormais Picard qui fixe le juste prix. Le 23 juin, la flotte a fait de lui à 30 ans le DG le plus jeune du circuit Cecchini en lui offrant les fonctions laissées vacantes à la suite de la promotion de Pierre Cloutier au poste de vice-président des opérations hockey.

« Aussitôt que j'ai arrêté de jouer, je savais que mon objectif c'était ça. Mais le chemin à prendre pour y arriver n'est pas aussi clair que pour un autre emploi où tu vas à l'école, tu obtiens ton diplôme et tu commences à travailler. »

Picard a donc fait comme bien du monde dans le métier. Il est allé à l'école du hockey.

Olivier Picard

Dès la fin de son stage de joueur dans les rangs juniors avec l'Armada, Picard s'est d'abord recyclé en dépisteur pour le compte du club des Basses-Laurentides en 2014-2015. À l'automne suivant, il a ajouté à ces fonctions celle d'entraîneur adjoint chez les Cantonniers de Magog dans les rangs Midget AAA. Un double emploi qu'il a occupé le temps de trois campagnes complètes avant de graduer au niveau supérieur.

En 2018-2019, Picard a pris place derrière le banc du Phoenix de Sherbroole pour épauler l'entraîneur-chef Stéphane Julien à titre d'adjoint.

« Ce que j'amenais de bon dans le junior comme entraîneur adjoint, c'était mon vécu. J'étais bon pour faire comprendre aux gars les situations qui survenaient parce que j'ai tout vécu. À 17 ans, j'ai joué 39 games. J'ai été dans les estrades la moitié de l'année. Je ne suis pas un choix de première ronde qui jouait toujours (NDLR : il a été repêché en 6e ronde par les Tigres de Victoriaville). À la fin [de ma carrière junior] j'ai été capitaine et j'avais beaucoup de glace. Ça fait que j'ai vécu toutes les situations. J'aimais pouvoir transmettre ça aux jeunes. »

Mais il éprouvait néanmoins un vide.

« Tout ce qui est recrutement, ça me manquait pas mal », se souvient celui qui durant ses dernières années de joueur s'amusait dans les Ligues simulées avec son ami et ancien coéquipier de l'Armada Raphaël Pouliot, aujourd'hui un éclaireur chez les Golden Knights de Vegas dans la LNH.

C'est finalement en 2021-2022 que Picard a quitté le banc du Phoenix et accepté les fonctions d'adjoint au directeur général Stéphane Julien, qui occupait en parallèle le poste d'entraîneur-chef.

« J'étais un peu ses yeux, résume Picard. [...] Jusqu'à la fin de la période des fêtes au mois de janvier, ma job c'était surtout d'aller voir les autres équipes junior et de cibler les joueurs qui cadreraient bien chez nous. Après ça, je déterminais les prix, ce qui était une valeur juste selon moi. Après ça, c'est Steph qui négociait les échanges. »

Picard n'a pas tardé à prendre du galon. La saison dernière, alors que Julien épaulait la sélection canadienne au Mondial junior, l'apprenti a assuré les arrières de son patron et lancé les discussions avec ses homologues au sujet de transactions qui devaient consolider le statut d'aspirant du Phoenix à l'aube des séries éliminatoires.

Cette progression n'est pas passée inaperçue, au point où Picard est devenu un candidat aux yeux de plusieurs clubs avec un poste de DG à pourvoir durant la dernière saison morte. Ses affinités avec son ancien club ont toutefois été un facteur déterminant dans son retour au bercail.

« Il y avait de bons candidats, mais pour moi, c'est une jeune qui connaît tous les joueurs, apprécie Bouchard. Il est impliqué. C'est sa passion, c'est sa vie. »

« C'est spécial de passer de capitaine à DG dans une même équipe, reconnaît Picard. J'ai toujours eu un sentiment d'appartenance. Même si je travaillais à Sherbrooke, l'Armada ç'a toujours été l'équipe avec laquelle je me suis établi dans le junior.

« Les dernières années, ç'a été moins bien. Je suis content d'avoir la chance de redresser la situation. Ça me rend fier de participer à ça. »

« Ce n'était pas l'fun »

« Ça », c'est ce que le club appelle « Ré-embarque dans l'Armada », une adaptation de son slogan de toujours, qui invite les partisans à revenir au Centre d'Excellence Sports Rousseau (CESR) après l'avoir délaissé au fil des derniers hivers. Luttant notamment avec les contrecoups de la pandémie de COVID-19 et surtout la concurrence musclée du Rocket de Laval pour les amateurs de hockey de la Rive-Nord de Montréal, l'Armada a attiré 1696 spectateurs en moyenne par rencontre l'an dernier en saison régulière, le 15e rendement de la LHJMQ sur 18 équipes.

« L'année passée, ce n'était pas l'fun », se désole Picard, qui a endossé l'uniforme de l'Armada à sa première saison d'existence en 2011-2012, alors que le club attirait en moyenne 3017 fidèles.

« Je suis venu au minimum cinq fois l'an dernier et il y a certains soirs que la foule annoncée était peut-être autour de 1000, mais il n'y avait pas 1000 personnes dans les estrades ».

Pour remédier à la situation, l'Armada promet d'améliorer « l'expérience client ». Un nouvel écran géant central devait être hissé au plafond du CESR pour le début de saison. Un coup de peinture a été donné à l'intérieur de l'enceinte et les murs ont été épurés. Une boutique au goût du jour suivra, tout comme le rajeunissement en cours du lounge perché à une extrémité de la patinoire.

Ça ne fera pas de tort, sans aucun doute, mais ce ne sera pas suffisant.

« [Il faut] gagner des games », convient Picard.

En 2022-2023, l'Armada n'en a gagné que 22, deux de plus que le Titan d'Acadie-Bathurst, pire équipe de la ligue. Affectée par le départ de plusieurs joueurs sur qui elle comptait pour rivaliser avec l'élite, la formation de Boisbriand s'est finalement faufilée de justesse en séries lors du dernier jour du calendrier.

Plusieurs vétérans sont de retour cette année, notamment Jonathan Fauchon et Xavier Sarrasin, les deux meilleurs marqueurs de l'an dernier, de même que le gardien Charles-Edward Gravel, mais c'est un virage jeunesse qu'emprunte l'Armada avec 12 de ses joueurs qui sont âgés de 16 et 17 ans.

« On part un cycle de trois ans, cible Picard. [...] Notre plan c'est vraiment de gagner avec nos gars de 17 ans lorsqu'ils vont avoir 19 ans. Je pense que l'année prochaine, on peut faire un bout, un peu comme l'a fait Halifax cette année. Cette base-là qui va avoir 18 ans l'année prochaine, elle a du talent. Mais l'année où on va vraiment faire un push, ça va être l'année d'après. »

Pour guider cette relève, Picard fait confiance à Mathieu Turcotte, un entraîneur-chef qu'il s'est empressé d'embaucher six jours à peine après son entrée en fonction.

« C'était la première chose à faire. Il y avait beaucoup de postes disponibles [dans la ligue]. Ça ne me dérangeait pas de travailler avec un gros nom, quelqu'un qui a plus d'expérience que moi, mais en même temps, avec les jeunes d'aujourd'hui, c'est important aussi de donner la chance à un nouveau coach. »

Turcotte, un pilote de 38 ans réputé comme un enseignant hors-pair et un excellent communicateur, a occupé divers postes d'adjoint pendant sept saisons dans la LHJMQ. L'an dernier, il a guidé le Blizzard du Séminaire Saint-François à la conquête du Championnat canadien des moins de 18 ans AAA, un premier titre en 22 ans pour des représentants québécois.

Mathieu Turcotte

« Quand on a rencontré Mathieu, il en était à sa cinquième entrevue et pour moi c'était un no brainer que c'était mon homme », lance Picard. « Il comprenait très bien le plan et il était conscient qu'on allait avoir beaucoup de jeunes joueurs à qui on allait donner des opportunités. Je n'allais rien imposer, mais il faut que le coaching se fasse en fonction du plan aussi. »

La vision de Picard est limpide. Elle changera peut-être en cours de route, mais il a sa stratégie en tête. Une chose à la fois. Déjà, l'absence d'un vétéran défenseur offrant plus de profondeur à sa jeune brigade le chicote à l'aube de la saison. Mais il fouille. Il finira bien par en trouver un au bon prix qui cadrera dans son plan pour l'an 1 de son projet.

« Ce sera non-négociable, on ne veut pas se faire outworker, surtout à la maison, promet-il. On est tous conscients que le calendrier ne sera pas toujours favorable, mais on veut vraiment une équipe qui compétitionne, qui se vide sur la glace. »