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À l’ombre des grands

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Montage photos de François Gagnon

Chaque fois que j’ai eu l’occasion de compléter l’ascension des marches menant au Grand Hall du Temple de la renommée du hockey, j’ai toujours été secoué par l’émotion tellement c’est noble; tellement c’est majestueux; tellement c’est beau!

Les plaques vitrées sur lesquelles sont gravés les visages et les noms des plus grands joueurs de l’Histoire du hockey sont magnifiques. Les faisceaux de lumière qui animent ces plaques ravivent les souvenirs de mes héros d’enfance et ceux que j’ai eu le plaisir de non seulement voir jouer, mais de couvrir au quotidien.

Ces faisceaux de lumière arrivent même à faire renaître ceux qui nous ont quittés au fil des ans.

On passe devant la plaque de Jean Béliveau et on jurerait que monsieur Béliveau se met à patiner sous nos yeux. Même chose pour Maurice Richard qui fonce au filet avec l’œil fixé sur l’endroit où il déjouera le gardien. Je suis convaincu que cette année Ken Dryden se tiendra bien droit, le menton appuyé sur sa mitaine et son bouclier entrelacés sur le pommeau de son bâton quand je passerai devant lui.

J’aurai encore la chance de grimper les marches menant au Grand Hall cette année.

À cette chance s’ajoutera l’immense privilège d’y rester lorsque je quitterai cette pièce mythique après en avoir fait le tour plusieurs fois.

Car oui, cette année, mes collègues m’ont réservé l’honneur impossible à qualifier et à quantifier de me permettre d’aller rejoindre les 65 collègues journalistes de la presse écrite à titre de récipiendaire du prix Elmer Ferguson, dont les 13 Québécois déjà installés dans le Grand Hall.

De Jacques Beauchamp à Marc Defoy en passant par Bertrand Raymond, Yvon Pedneault et Claude Larochelle, que je lisais dans les pages du Soleil de Québec quand j’étais jeune et à qui j’ai eu l’honneur de succéder à la fin des années 1990, sans oublier Red Fisher et Michael Farber dont le génie et la plume dépassent l’imagination, ces journalistes ont marqué ma vie professionnelle et personnelle.

Est-ce que je mérite vraiment le grand privilège d’aller les rejoindre?

Je me pose cette question depuis l’instant où j’ai appris la nouvelle. Une nouvelle qui m’a bien sûr comblé de joie et d’honneurs, mais qui m’a poussé à brasser mes souvenirs amassés au fil des 30 dernières années afin d’évaluer si je suis vraiment à la hauteur de cette place qu’on me décerne.

Je n’ai pas encore arrêté ma réponse. Et je respecterai avec humilité les vôtres. Qu’elles soient positives ou non.

Ce que je peux toutefois affirmer avec conviction, c’est que je me permettrai d’être fier de ce que j’ai accompli lorsque je me tiendrai devant le mur où je rejoindrai Elmer Ferguson et les autres récipiendaires du prix qui porte son nom.

Ce que je peux affirmer avec plus de conviction encore, c’est à quel point je suis reconnaissant à l’endroit de tous ceux et celles qui m’ont aidé à obtenir le privilège de vivre des moments aussi grandioses qu’inespérés que je partagerai avec ma famille, mes collègues et mes amis lundi.

Je l’ai déjà dit, mais je vais l’écrire également pour que cette parole ne s’envole jamais. J’ai travaillé fort depuis le tout début. Très fort même. Peut-être trop, parce que cela m’a privé de beaux moments avec mes enfants qui ont dû composer avec un père qui travaillait tout le temps du premier jour du camp d’entraînement jusqu’à l’ouverture du marché des joueurs autonomes… et parfois après également.

Je ne m’en plains pas. C’était nécessaire. Parce que si vous me permettez une analogie avec le hockey, je n’aurais jamais été du genre à être en lice pour mettre la main sur la coupe Molson remise au joueur qui a reçu le plus d’étoiles au cours d’un mois donné dans une saison.

Mais j’aurais pris tous les moyens à ma disposition pour « manger les bandes » et aider la cause de mon équipe. Ce qui m’aurait peut-être donné la chance de mettre la main sur le trophée Jacques-Beauchamp remis au joueur qui s’est distingué dans l’ombre de ses coéquipiers.

J’ai donc toujours travaillé comme j’aurais joué.

J’ai travaillé pour des patrons qui m’ont guidé et qui ont surtout été en mesure de me motiver. À surmonter mes lacunes, pour contribuer à ma façon aux succès de nos pages sportives et de notre journal. Que ce soit au Droit d’Ottawa, au Soleil de Québec, à LaPresse et depuis 13 ans sur le site RDS.ca.

À Michel Gauthier et François Roy au Droit d’Ottawa, à Gilbert Lavoie qui m’a amené au Soleil de Québec, à Maurice Dumas dont j’étais loin d’être le premier choix et qui me l’a admis candidement avant de m’ouvrir les bras pour qu’on travaille ensemble et Simonac qu’on a bien travaillé ensemble, à Philippe Cantin qui m’a ouvert les pages de La Presse, à Jean-François Bégin qui a été un patron formidable, à Gerry Frappier, Charles Perreault et Domenic Vannelli qui m’ont permis d’endosser l’uniforme de RDS, merci pour tout.

À mes collègues, ceux et celles avec qui j’ai rivalisé du mieux possible au fil de toutes ces années, ceux et celles qui sont devenus plus que des collègues, mais des amis, des complices, des confidents, avec qui j’ai parcouru la planète hockey et multiplié les heures sur les galeries de presse, dans les aéroports et autour de bons repas bien arrosés, merci également.

Un journaliste de la presse écrite n’est rien sans les collègues du pupitre qui représentent le filet de sûreté sans laquelle je me serais rivé le nez au sol plus souvent qu’il est possible de l’imaginer. Derrière tous les textes que j’ai écrits depuis plus de 30 ans, les premiers au Droit jusqu’à celui-ci que vous lisez sur RDS.ca, se cachent des professionnels à qui je réserve des remerciements aussi chaleureux que respectueux.

Si vous avez un jour l’occasion de gravir les marches du Grand Hall du Temple de la renommée du hockey au hasard d’une visite à Toronto, assurez-vous d’aller renouer avec vos héros d’hier, d’avant-hier et d’avant avant-hier. Allez devant leur plaque. Laissez les faisceaux lumineux leur redonner vie et bercer vos souvenirs.

Vous ne le regretterez pas, je vous l’assure.

Et si le temps vous le permet, faites un petit détour dans la section réservée aux membres de la presse écrite et à mon collègue Pierre Houde et autres artistes de la diffusion et de l’analyse des matchs de hockey qui partagent le prix Foster Hewitt.

À l’ombre des très grands du hockey et des très grands de ma profession, je serai là pour vous saluer discrètement et humblement et pour vous lancer : bon match!

Merci du fond du cœur.