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Contestations : des flocons perdus dans la tempête

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MANALAPAN - À la réunion des directeurs généraux l’an dernier, Colin Campbell et ses adjoints qui analysent les contestations des entraîneurs-chefs en matière d’obstruction sur les gardiens comparaient chaque cas à des flocons de neige.

« Ils se ressemblent tous, mais il n’y en a pas deux identiques », insistaient-ils pour justifier les difficultés à établir une constance dans leurs verdicts.

Douze mois plus tard, les flocons sont perdus dans une violente tempête, tant il devient difficile de comprendre pourquoi un but a été accordé et un autre refusé.

Derrière les portes closes, quelques directeurs généraux ont vigoureusement souligné leur mécontentement.

Une fois à l’extérieur de la salle, les propos étaient plus nuancés. « Il faut leur faire confiance. Plus les jeux sont serrés, plus les décisions sont difficiles à rendre. On marche sur un fil très souvent. C’est la nature du sport, il fait croire », a indiqué Eric Tulsky, directeur général des Hurricanes de la Caroline.

Bien qu’ils réclament, comme les partisans, plus de constance dans les décisions, les directeurs généraux n’ont pas obtenu de grands changements de la part du bureau des opérations hockey.

Ils ont toutefois des outils pour mieux comprendre les décisions rendues dans la salle de contrôle de Toronto.

« La Ligue nous envoie chaque soir, des vidéos des jeux controversés et des explications sur les décisions rendues à la suite des contestations. Ça aide à comprendre un peu mieux et à établir des paramètres. Je donne ces vidéos à mes responsables vidéo qui donnent leurs avis à Patrick (Roy) avant qu’il ne décide de contester ou non un but qui nous est refusé ou un but marqué contre nous. Et comme Patrick s’y connaît pas mal en matière de travail d’un gardien, il peut lui aussi y aller de ses propres opinions. Mais ça aide vraiment de comprendre un peu mieux les décisions de la Ligue. Ça nous guide plus quand vient le temps d’analyser dans le feu de l’action si on conteste ou pas », a expliqué Mathieu Darche.

Sans surprise, Gary Bettman appuie sans réserve le travail de Colin Campbell et des membres de son équipe.

« À l’image de George Parros et de son équipe, Colin est souvent critiqué exagérément. Ils font un travail sensationnel. Leurs décisions ne feront jamais l’unanimité. L’équipe contre qui la décision finale est rendue et ses partisans seront toujours en désaccord. C’est la beauté du sport », a commenté le commissaire Gary Bettman.

Les comparaisons jouent contre la Ligue

Autre complication pour ceux qui décident du bien-fondé ou non des contestations, et elle est majeure, le nombre de cas servant de baromètre est rendu tellement élevé que les directeurs généraux, comme les partisans, peuvent brandir des reprises qui contredisent une décision rendue en cours de partie.

« On a rendu plus de 1400 décisions seulement en matière d’obstruction sur les gardiens », a indiqué Colin Campbell qui compose, au quotidien, avec les frustrations des directeurs généraux et des partisans de leurs équipes.

« C’est normal que les amateurs et les DG ne soient pas d’accord, car il arrive souvent que nos décisions ne soient pas unanimes. Les amateurs doivent comprendre que la décision initiale rendue sur la patinoire est primordiale. Il faut que nous soyons en mesure de la renverser avec certitude sinon elle doit être maintenue. Ça veut dire que je pourrais rejeter une contestation sur un but accordé par les arbitres, mais donner raison à un entraîneur-chef si le but avait été refusé. Tout dépend des angles de caméra qui nous sont offerts par les diffuseurs. C’est pour cette raison que certaines décisions prennent beaucoup de temps à rendre », a plaidé Colin Campbell.

Noir ou blanc

Les explications de Colin Campbell et l’appui inconditionnel que lui donne son patron Gary Bettman c’est bien beau.

Mais ça ne règle pas le problème de base : la zone grise de plus en plus grande quant à l’interprétation de ce qu’est ou n’est pas de l’obstruction sur les gardiens.

Avec la vitesse à laquelle le hockey se joue aujourd’hui, le fait de permettre aux joueurs de pouvoir être dans la zone réservée au gardien pourvu qu’ils ne soient pas responsables d’une entrave à leur travail, complique les décisions à la base.

Celles des arbitres et celles des responsables des révisions en cas de contestation.

Bien qu’il soit difficile d’avoir des règlements qui permettent de n’avoir que du blanc et du noir, on pourrait réduire la zone grise en adoptant des règles plus précises : limiter en tout temps la présence des joueurs dans le demi-cercle réservé au gardien serait un bon début. Considérer comme de l’obstruction illégale tout contact avec un gardien qui est dans sa zone réservée, sans tergiverser sur le fait qu’on ait nui, ou non, à son travail, serait aussi une grande amélioration également.

Du moins à mes yeux.

Mais les directeurs généraux, réunis en Floride cette semaine, n’ont pas réussi à faire bouger la Ligue de ses positions. En fait, il semble bien que les 32 DG ne soient même pas sur la même longueur d’onde dans ce dossier.

Ce qui n’aide en rien la quête de réduire la zone grise en matière d’obstruction sur les gardiens. Encore moins de rendre plus facile, ou de clarifier un brin ou deux, les décisions rendues à la suite de contestations.

Le passé étant souvent garant du futur, il faudra qu’une décision controversée au point d’être erronée soit prise en séries éliminatoires et qu’elle ait des conséquences néfastes sur le déroulement d’une série pour que des modifications importantes soient finalement apportées.

D’ici là, les partisans continueront à pousser les hauts cris lorsque leurs favoris se seront fait « voler » un but. Ou que l’adversaire s’en sera fait « donner » un par Toronto!

Ça alimentera les tempêtes sur les médias sociaux. Mais ça n’aura rien de bon pour le sport.