CHÂTEAUGUAY – Selon les standards du commun des mortels, Pierre-Luc Dubois a un été chargé. Un mariage, la naissance d'un enfant à préparer. « C'est drôle, là c'est mes parents qui déménagent », ajoute en riant l'attaquant des Capitals de Washington.
Pour lui, c'est quasiment de la petite bière.
Dans les dernières années, les vacances estivales de Dubois ont été tout, sauf reposantes. Il y a trois ans, on ne pouvait faire deux pas sans entendre une rumeur à son sujet. L'incertitude quant à son avenir n'avait d'égal que la proportion du temps d'antenne que les plateformes sportives québécoises lui ont consacré. L'année d'après, il était échangé à Los Angeles et la suivante à Washington.
Or, voilà qu'enfin, le jeune homme de 27 ans vit une saison chaude sous le signe de la stabilité. Pas de drame, pas de doute, pas d'incertitude. Juste de l'entraînement, comme en ce doux matin où on le rencontre au Centre de performance Axxeleration à Châteauguay, et du bonheur tranquille. Il ne s'en plaint pas.
« C'est le fun d'avoir ta maison, d'avoir tes affaires, de connaître le coach et le staff. La première année d'un échange, il y a toujours une petite période d'adaptation. Cette année, ça a bien été alors j'étais content. J'espère faire encore mieux l'année prochaine, mais quand tu t'adaptes à ton équipe, quand tu es rendu là, que tu connais les joueurs, que tu sais avec qui tu vas jouer, tout ça, ça t'aide vraiment à juste relaxer, à ne pas penser à plein de choses à l'extérieur et juste jouer au hockey. »
Dubois partage généreusement son point de vue en y insérant régulièrement le même astérisque. Il ne se plaint pas de son sort et comprend que les bouleversements qui ont rythmé sa vie dans sa mi-vingtaine ne feront verser de larmes à personne. « Il faut toujours que je réalise que je fais quelque chose que j'adore, que je vis mon rêve de jeunesse. On est quand même très chanceux. »
Ainsi, il s'oppose poliment à l'idée que les dernières années ont pu être « pesantes ». Même si, pendant qu'on spéculait sur son avenir dans les lignes ouvertes ou qu'on se remettait en question ses décisions autour de la machine à café, c'est lui qui devait faire ses boîtes, trouver une nouvelle maison, laisser des amis derrière, s'adapter à un nouveau milieu de vie, gagner le respect de nouveaux confrères. Bref, recommencer à zéro.
« Mon père, c'est un coach de hockey, rappelle celui qui a grandi à Baie-Comeau et Rimouski pendant que son paternel dirigeait dans la LHJMQ. J'ai vu c'était quoi pour lui être sur la route, être congédié, déménager, prendre une autre job dans une autre équipe... J'ai pu voir c'était quoi pendant toute mon enfance. Maintenant que c'est moi qui vis ça, ce n'est pas toujours facile. »
« Mais t'as toujours une carapace, enchaîne-t-il. Et puis avant que je rentre dans la Ligue, je voyais les affaires qui se passaient, les échanges, les signatures, les décisions des coaches. En tant que partisan, tu peux te poser des questions, tirer des conclusions. Mais quand tu vois vraiment ce qui se passe dans la chambre, dans les bureaux, dans les meetings, tu réalises qu'on voit seulement environ 30% de la réalité. Ça pouvait être frustrant par moments d'entendre [tout ce qui se disait à mon sujet], mais en réalité, si le monde savait tout ce qui se passe en arrière, peut-être que certains changeraient d'avis. »
« Quand tu fais un métier comme le nôtre, tu te fais critiquer, ça fait partie de la job. Mais comme je dis, moi je me suis toujours trouvé chanceux de faire ce que je fais. Les critiques, des fois c'était frustrant quand j'étais plus jeune, mais maintenant, je suis correct avec ça. »
Mea culpa californien
De toute façon, des critiques, Dubois en a essuyé très peu depuis qu'il s'est joint aux Capitals de Washington. Grâce à l'encadrement bienveillant de l'entraîneur-chef Spencer Carbery et de son groupe d'adjoints, l'ancien choix de première ronde des Blue Jackets de Columbus s'est fondu naturellement dans un groupe de vétérans accueillant et assumé.
Il a retrouvé sa touche offensive, s'est acquitté de nouvelles responsabilités avec brio et de manière générale, il a l'impression d'avoir trouvé là-bas un équilibre qu'il avait perdu pendant son bref passage en Californie.
« On me demande de venir à l'aréna, de me présenter à tous les jours et juste d'être moi-même. Pas d'être plus, pas d'être moins. Pas besoin de changer qui je suis, la personne à l'extérieur ou la personne dans les pratiques. Juste d'être moi-même », explique-t-il. La formulation est un peu cryptique, laisse place à toutes sortes d'interprétations. On lui demande des précisions.
« Dans mes autres équipes, à Columbus, à Winnipeg, c'était assez similaire. Ce qu'ils demandaient de moi à l'aréna, c'était pas mal similaire. À L.A. c'était différent. C'était quelque chose à quoi je n'étais pas nécessairement habitué. Je ne m'attendais pas à ça non plus. Ça peut être difficile et c'est moi, je n'ai pas été capable de m'adapter », développe celui qui a atteint de justesse le plateau des 40 points sous les ordres de Jim Hiller et Todd McLellan.
L'introspection est déballée sans signe d'amertume. Au contraire, Dubois voit où il a failli et l'admet avec une candeur qui étonne.
« Ce n'était pas à eux de me donner une autre chaise, c'était juste à moi de m'adapter. Ça fait partie de notre job. Je n'étais pas le premier et je ne serai pas le dernier qui arrive dans une équipe, qui a un rôle différent et qui doit s'adapter. Il y en a qui sont meilleurs que d'autres [pour le faire]. Moi je n'ai pas réussi à faire ça. »
« Pouvoir s'adapter, c'est un talent, poursuit Dubois. Il y a des gars qui jouent 800 matchs entre la quatrième ligne et la première ligne et qui ont des carrières incroyables. C'est un talent au même titre que marquer un but, faire une belle passe ou être bon défensivement. Pouvoir s'adapter, c'est quelque chose qui demande énormément de concentration, d'énergie et de talent. Et moi, j'ai eu de la misère avec ça à Los Angeles. Maintenant je suis à Washington, on passe à autre chose. Je suis content de la situation dans laquelle je suis en ce moment. »





