LE TABLEAU DES SÉLECTIONS

MONTRÉAL – « En niaisant, j’en parlais avec Tristan. ‘Imagine qu’on se fasse repêcher par la même équipe !’ », a raconté Noah Warren qui n’aurait jamais osé envisager ce scénario sérieusement. 

Amis de longue date, Warren et Luneau auront pourtant l’honneur de poursuivre leur association avec la même organisation professionnelle. Déjà que les deux copains étaient devenus coéquipiers avec les Olympiques de Gatineau, ça semblait exagéré d’espérer la même chose dans la LNH. 

Mais les Ducks d’Anaheim sont venus écrire l’une des belles histoires de ce repêchage en sol montréalais. 

Tôt en deuxième ronde, au 42e échelon, les Ducks ont prononcé « des Oympiques de Gatineau » pour la première fois en sélectionnant Warren. Seulement 12 sélections plus tard, le stratagème s’est reproduit. Cette fois, Luneau savait que c’était pour lui. 

« C'est l'fun rejoindre d'autres joueurs de la LHJMQ »

« On dirait que tout le stress est parti d’un coup, j’étais vraiment content. En plus, Tristan vient me rejoindre tout de suite après. Je lui ai donné une grosse accolade », a confié Warren. 

Louis Robitaille qui dirige ces deux chics types avec les Olympiques est venu les féliciter sans tarder. 

« C’est incroyable! Comme dans mes rêves les plus fous et leurs rêves les plus fous. Je ne pense même pas qu’ils avaient imaginé ça », a-t-il confié. 

Mais il y a pourtant de ces équipes, comme les Ducks, qui finissent presque toujours par repêcher des joueurs de la LHJMQ. 

« C’est drôle comme c’est aléatoire en partie. On avait un certain nombre de joueurs de la LHJMQ sur notre liste et on se retrouve pratiquement avec la moitié. C’est arrivé comme ça et on les aime tous », a admis Martin Madden fils, le directeur général adjoint des Ducks et patron du recrutement. 

« On ne reçoit pas de bonus, car on repêche plus de gars du Québec », a rappelé en riant Stéphane Pilotte, le dépisteur qui couvre la LHJMQ pour Anaheim. 

Considérant que la cuvée de la LHJMQ n’était pas sensationnelle, peu de joueurs du circuit Courteau s’étaient taillés une place sur la liste des Ducks. Ce n’est pas tout, il fallait que ces espoirs cadrent avec les cibles du nouveau directeur général Pat Verbeek. 

« Cette année, les joueurs répondaient aux besoins spécifiques qu’il a identifiés depuis son arrivée », a cerné Pilotte. 

Vous comprendrez ici que ça tournait autour d’un gabarit imposant. Outre Warren (six pieds cinq pouces) et Luneau (six pieds deux pouces), les Ducks ont aussi repêché le centre Nathan Gaucher (six pieds trois pouces) en première ronde.  

Pour un jeune comme Warren, qui fêtera son 18e anniversaire la semaine prochaine, c’est agréable de se joindre à une équipe qui n’a pas peur de piger au Québec. 

« Ouais, c’est sûr que c’est rassurant. De plus, c’est une équipe en reconstruction donc ça augmente mes chances de rejoindre l’équipe le plus vite possible », a déclaré le droitier. 

Au niveau personnel, Luneau savourait également le résultat. Mais il ne faut pas oublier que la première ronde était à sa portée et qu’une opération, à l’été 2021, est venue affecter cette possibilité. 

« Pour n’importe quel compétiteur, c’est certain que ça te fait un peu de quoi. Tu veux sortir le plus haut possible, mais je suis extrêmement content. […] J’avais juste hâte que ce soit fait et que cette pression retombe », a évoqué Luneau qui méritait ce soulagement avec l’adversité surmontée. 

Au final, en étant bien réaliste, Madden fils ne peut que reconnaître que ça influence le résultat final quand le recruteur en chef est basé au Québec.  

« J’aimerais dire non, mais je dois avouer que oui, probablement. Les quelques jours supplémentaires que je suis à la maison, je peux voir les joueurs du Québec plus souvent », a convenu le dirigeant d’expérience. 

« Si un recruteur du Québec n’a pas d’alliés outre son opinion, ce sera difficile au moment de la décision finale », a ajouté Pilotte en soulignant aussi l’apport de Martin Madden père au groupe des Ducks. 

Warren, le grand dormeur; Luneau, l'étudiant

Le lien entre Warren et Luneau remonte au hockey estival alors qu’ils jouaient ensemble dans la région montréalaise. 

« On dirait qu’on est encore les mêmes jeunes de 10-12 ans. On allait à l’hôtel pour participer à des tournois la fin de semaine, un peu comme pour ce repêchage. C’est juste une plus grande scène », a exposé Luneau en riant.

Chez les Olympiques, les deux amis sont souvent assis un à côté de l’autre pour les longues heures en autobus. 

« C'est spécial d'être repêché avec deux Québécois »

« Je dors souvent donc il doit me trouver plate. Il étudie souvent dans l’autobus et je fais parfois la même chose », a noté Warren avec le sourire. 

« Parfois, je fais mes devoirs et je reçois une tête qui tombe sur mon épaule. Je lui donne des coups pour qu’il se replace, c’est un très bon ami », a réagi Luneau à ce propos. 

Au repêchage de la LHJMQ en 2020, Warren avait été le quatrième patineur choisi par les Olympiques derrière Luneau, Antonin Verreault et Samuel Savoie. Deux ans plus tard, il a été le premier à être sélectionné dans la LNH. 

On a suggéré à Warren qu’il pourrait agacer Luneau puisqu’il a été repêché avant lui. 

« Ouais, je pourrais, mais non. Ça ne comptera plus au camp », a répondu Warren avec classe. 

D’ailleurs, ils seront en compétition au camp et ils se disent prêts pour cette éventualité sans que ça affecte leur amitié. 

Les rapports de Madden et Pilotte

« On n’a pas repêché beaucoup de joueurs comme lui dans le passé, un format géant, très athlétique, naturellement agressif et physique. Je reconnais que Noah pense qu’il va générer de l’attaque et on ne lui dira pas de ne pas essayer. Mais, ultimement, ce n’est pas pour ce rôle qu’on l’a repêché. On le voit comme un élément stabilisateur, supporter un partenaire offensif », a décrit Madden. 

« Certains joueurs sont costauds, mais ils ne le transportent pas aussi bien sur la patinoire. Lui, c’est un athlète naturel. Louis Robitaille est l’un de mes bons confidents dans le hockey et il est extrêmement positif par rapport à ses perspectives. Il devra travailler certaines choses, mais il a le désir de le faire et une excellente attitude », a ajouté Pilotte. 

« Sa blessure à un genou lui a fait un peu mal en début de saison, mais son sens du jeu et son intelligence, à tous les niveaux, va lui permettre de progresser. Tristan a de bonnes habiletés, mais c’est son atout premier et il n’a pas fini de progresser », a témoigné Madden. 

« Je m’attendais à ce qu’il sorte un peu plus vite que ça et je crois que c’était la même chose pour lui. Tout le monde savait qu’il n’était pas à l’aise au début de l’année, mais il est revenu exactement le même Tristan Luneau par la suite. Je l’ai adoré à partir du mois de février », a conclu Pilotte.