Manon Rhéaume est devenue émotive quand elle a regardé le premier repêchage de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) en ligne et qu’elle a entendu le nom de Taylor Heise au premier rang.
« J’étais tellement intéressée de voir comment tout ça allait se dérouler et j’ai commencé à avoir des larmes aux yeux, s’est souvenue Rhéaume. Ce moment, quand elle a été repêchée, c’était réel. Ce n’était pas une tentative pour faire quelque chose. Ça se passait.
« Ça a vraiment eu un impact sur moi à ce moment-là », a-t-elle ajouté.
La femme de 54 ans originaire de Lac-Beauport n’aurait jamais pu s’imaginer ce scénario en grandissant, alors qu’elle était la seule fille de son entourage à jouer au hockey et qu’elle gardait toujours son masque dans les arénas pour que les gens ne sachent pas que le gardien était une fille.
Sa nomination comme directrice générale de l’équipe d’expansion de Detroit dans la LPHF lui permet de boucler la boucle de plusieurs façons différentes.
Elle a vécu au Michigan et travaillé dans le hockey pendant plus de 20 ans, dont 11 en tant que directrice de la division féminine du Little Caesars AAA Hockey Club à Detroit. Certaines des joueuses que Rhéaume a aidées à développer sont admissibles pour le repêchage de la LPHF qui aura lieu cette année à Detroit, le 17 juin.
Mais parmi les premières historiques du hockey féminin qui ont attiré l’attention et contribué à poser les fondations de la LPHF, la contribution de Rhéaume occupe une place rare et précieuse.
Elle est la seule femme à avoir joué un match de la LNH. Rhéaume a été invitée au camp d’entraînement du Lightning de Tampa Bay en 1992. Elle a participé à une rencontre préparatoire cette année-là, puis à un autre l’année suivante.
Cette percée demeure intemporelle, car les parents en parlent à leurs enfants, ce qui pousse les jeunes à faire des recherches en ligne, a déclaré Rhéaume.
« Les enfants venaient me voir parce que leurs parents avaient entendu parler de moi, a-t-elle dit. Je me rends davantage compte maintenant qu’à l’époque que mon histoire a eu un impact sur les gens de différentes manières, surtout quand ils venaient me voir et me disaient : “Je me souviens de ce que vous avez fait, et cela m’a inspiré à poursuivre mon rêve.” »
Rhéaume est apparue dans 24 matchs de différentes ligues mineures masculines avant d’aider l’équipe canadienne à décrocher la médaille d’argent quand le hockey féminin a fait son entrée aux Jeux olympiques, en 1998.
« Quand j’ai été invitée au camp du Lightning, je voulais me pousser au plus haut niveau possible. C’est pour ça que je l’ai fait, a mentionné Rhéaume.
« Je n’aurais jamais pensé que ce moment allait absolument changer ma vie, que je poursuivrais ma carrière en jouant au hockey professionnel, que je continuerais avec l’équipe nationale, que j’irais aux Jeux olympiques et que je resterais impliquée dans ce sport pendant presque toute ma vie. Je serais probablement encore au Québec. Je serais allée à l’université et je serais devenue enseignante si je n’avais pas saisi cette opportunité. »
Ses deux fils, qui ont grandi au Michigan et qui ont joué au sein du programme national de développement de hockey des États-Unis, lient également Rhéaume à Detroit.
Dylan St. Cyr, né un an après les Jeux de 1998, a été gardien. Dakoda Rhéaume-Mullen est un défenseur avec l’Université du Michigan.
En plus de son travail dans le hockey mineur féminin à Detroit, Rhéaume a également fait partie d’une vague récente de femmes embauchées par des équipes de la LNH pour les opérations hockey et le développement des joueurs.
Rhéaume a passé les quatre dernières années en tant que conseillère aux opérations hockey et au développement pour les Kings Los Angeles avant que la LPHF ne fasse appel à elle.
Le circuit féminin passera à 12 équipes en 2026-27 avec de nouveaux clubs à Detroit, Las Vegas, Hamilton et San Jose.
« Quand l’opportunité s’est présentée à Detroit, c’est comme si tout ce que j’avais fait dans ma vie m’avait menée à ça, a lancé Rhéaume. Le hockey m’a apporté tellement. C’est cool de faire partie de tout ça aujourd’hui. »



