OTTAWA — Kori Cheverie se souviendra sans doute toute sa vie de la soirée du 20 mai 2026 pour tout le bonheur qu’elle lui aura apporté, de la même manière qu’elle n’oubliera jamais une autre soirée de mai, il y a deux ans, à cause de l’expression du visage de l’une de ses protégées qu’elle a en haute estime.
Ce visage, c’est celui de la capitaine Marie-Philip Poulin après l’élimination de la formation montréalaise aux mains de l’équipe de Boston en demi-finale le 14 mai.
« Je me souviens de son visage quand on a perdu à Boston. J’ai la photo enregistrée sur mon téléphone et je n’arrive pas à me sortir de la tête ce visage, à quel point elle était déçue quand on était à Boston la première année », a raconté Cheverie sur la patinoire du Centre Canadian Tire une trentaine de minutes après que la Victoire eut remporté la première coupe Walter de son histoire grâce à un gain de 4-0 contre la Charge d’Ottawa lors du quatrième match de la série finale.
« Et à partir de ce moment-là, je me suis dit: ‘Je vais faire tout ce qu’il faut pour lui offrir ce trophée’. Et toute l’équipe l’a fait. »
Il est évident que l’élimination subie aux mains de Boston — un balayage, en fait — puis celle contre Ottawa en quatre matchs en 2025, également en demi-finale, ont mené à une sorte d’introspection collective au sein de l’organisation montréalaise qui s’est transformée en obsession, a expliqué l’entraîneuse-chef de la Victoire.
« Je pense qu’on a beaucoup appris au cours de la première et de la deuxième année. On a compris à quel point il serait difficile de mettre en place une équipe capable de gagner, et ce qu’il faudrait pour y parvenir. Je pense qu’une fois que nous avons compris ce qu’il fallait, la poursuite de cet objectif est devenue une obsession. Comment y parvenir? Il faut considérer chaque étape du parcours : le marché des joueuses autonomes, nos repêchages, nos échanges, puis les matchs, l’équipe que nous avons réussi à constituer tout au long de l’année », a précisé Cheverie.
Cette obsession a atteint son point culminant mercredi, sur la patinoire. Elle a transpiré chez des joueuses qui n’ont pas craint de se frotter aux baies vitrées pour gagner des batailles le long des rampes, ou de se laisser tomber sur la glace pour bloquer des tirs et faciliter la tâche de la gardienne de but Ann-Renée Desbiens.
« Vous l’avez vu aujourd’hui. Il y a eu des hauts et des bas dans le match, mais il faut savoir tenir bon face à une équipe qui tire de l’arrière dans une série. Et je trouve qu’on s’en est très bien sorties », a analysé Cheverie.
« Notre équipe a fait preuve d’un caractère exceptionnel aujourd’hui. La volonté de se jeter devant la rondelle, la volonté de bloquer des rondelles, absolument tout. Toutes les joueuses de cette équipe ont accepté leur place dans notre formation, l’ont prise comme un défi et ont simplement joué leur rôle du mieux qu’elles le pouvaient », a renchéri Cheverie, qui a eu droit à quelques douches de bière, gracieuseté de ses joueuses pendant les célébrations sur la patinoire.
« J’essayais de faire une interview sur la glace et j’avais l’impression que les joueuses m’entouraient, alors je leur ai dit de se pousser parce que je devais faire cette interview. J’ai continué à m’éloigner petit à petit, mais elles n’arrêtaient pas de me suivre. Du coup, j’ai regardé autour de moi et j’ai vu qu’elles avaient de la bière, alors que je n’avais pas de lunettes de protection. Les lunettes sont vraiment importantes parce que ça fait mal aux yeux. Alors, j’ai eu droit à une belle douche de bière! »
Hommage à MacLeod
Sur une note plus sérieuse lors de sa conférence de presse d’après-match, Cheverie a rendu un bel hommage à Carla MacLeod, l’entraineuse-chef de la Charge, qui a mené son équipe à une deuxième finale consécutive tout en devant combattre un cancer dont elle a découvert l’apparition tout juste avant le début de la saison.
« Ottawa a toujours une équipe tenace, qui travaille dur, qui ne lâche jamais rien, qui est un peu casse-pieds, qui n’abandonne tout simplement pas. Et vous savez, cela en dit long sur le caractère des joueuses et sur leur leadership. Et Carla joue un rôle important là-dedans », a loué Cheverie.
« Ce qu’elle a traversé cette année, en quittant l’équipe pendant un moment puis en revenant, ça montre l’esprit de compétition qu’elle a en elle et à quel point elle tient à son équipe et à la ville. Et je continue à lui souhaiter tout le meilleur et la meilleure santé possible. »








