Kyle Turris ne s’est jamais senti mal préparé.
Chaque fois qu’un juge de ligne plaçait la rondelle sur le point du cercle central avant une tentative de tir de barrage, l’ancien joueur de la LNH avait un plan. La confiance jaillissait alors que la pression s’intensifiait.
Le Canada espère que ce calme et cette assurance déteindront sur l’équipe avant le Championnat mondial junior de hockey.
Le programme masculin des moins de 20 ans a fait appel à l’attaquant à la retraite lors du camp d’entraînement afin qu’il aide l’équipe à aborder les tirs de barrage et à adopter le bon état d’esprit si elle se retrouvait à nouveau dans une situation aussi décisive.
« Il y a en fait beaucoup à faire... beaucoup plus que ce que les gens pensent », a déclaré Turris en début de semaine à Niagara Falls, en Ontario.
« Il est très important d’avoir un plan, puis de le mettre en œuvre dans les moindres détails afin de se donner les meilleures chances de réussite. »
Le joueur de 36 ans, qui a disputé 14 saisons dans la LNH, passait cinq à dix minutes avant chaque match à observer les gardiens adverses, uniquement dans le but de se préparer aux tirs de barrage, au cas où.
« J’observais ses tendances, ses mouvements et ce qui me semblait être des ouvertures », a expliqué Turris, qui a aidé le Canada à remporter l’or au Championnat mondial junior de 2008. « Je savais toujours ce que je faisais. »
Cette méthode a porté ses fruits. Turris a pris sa retraite en 2022, à égalité au 16e rang du classement historique des tirs de barrage de la LNH (minimum de 75 tentatives) avec un taux de réussite de 38 % (30 sur 79).
Hockey Canada a invité Turris, qui est resté très lié au hockey, notamment en travaillant avec les programmes des moins de 17 ans et des moins de 18 ans, à partager ses connaissances institutionnelles alors que le pays cherche à se remettre de deux éliminations consécutives en quarts de finale lors de la prochaine édition du tournoi qui s’amorcera le 26 décembre au Minnesota.
La piètre performance de l’année dernière à Ottawa a été accentuée par une défaite surprenante de 3-2 contre la Lettonie lors du tour préliminaire, où le Canada a échoué en huit tentatives lors des tirs de barrage, mettant les hôtes dans une situation difficile pour la ronde des médailles.
« Cela leur donne simplement des idées différentes », a déclaré l’entraîneur-chef Dale Hunter à propos de la présence de Turris au camp. « Les jeunes absorbent tout cela. »
Au cours d’une séance à la fin d’un long entraînement, des tireurs potentiels du Canada ont pris des tirs les uns après les autres, certains discutant avec Turris avant et après chaque tentative. L’objectif est de disposer d’un groupe de tireurs prêts à intervenir en fonction des performances au camp et des succès passés.
« C’est en grande partie une question de stratégie », a déclaré l’attaquant Jett Luchanko. « C’est un jeu dans le jeu. »
Gavin McKenna, l’un des six joueurs de retour après l’échec de l’année dernière dans la capitale nationale, faisait partie des huit malheureux contre la Lettonie il y a environ 12 mois.
« Les tirs de barrage sont très importants, a-t-il déclaré. Nous voulons maîtriser chaque petit détail. »
Selon Turris, le fait même qu’il soit au camp montre à quel point l’entraînement a changé depuis son passage dans le programme junior. Le Canada a également fait appel à l’ancien centre de la LNH Mike Eagles pour travailler sur les mises au jeu.
« Quand j’ai commencé, l’entraîneur s’adressait à l’équipe dans son ensemble et ne parlait jamais individuellement à un joueur », a souligné Turris.
« Aujourd’hui, les entraîneurs doivent établir des relations individuelles avec les joueurs afin de tirer le meilleur d’eux-mêmes et de contribuer à la performance globale de l’équipe. C’est une mentalité très différente. Il en résulte un plus grand nombre d’instructeurs et de ressources pour encourager de tels liens. »
Réclamé au troisième rang du repêchage de la LNH de 2007 par les Coyotes de Phoenix, Turris a accumulé 425 points (168 buts, 257 mentions d’aide) en 776 matchs avec quatre équipes, dont les Sénateurs d’Ottawa et les Oilers d’Edmonton.
L’équipe d’entraîneurs a aussi fait preuve de créativité en érigeant devant le filet des gardiens à l’entraînement une muraille avec des pneus pour compliquer la tâche et voiler la vue.
« L’un des préposés dans l’aréna connaissait quelqu’un avec un magasin de pneus et en un appel nous avions les pneus. C’est du hockey junior, il faut parfois faire preuve de créativité et c’est un bon exercice. Les pneus sont courageux, ils ne se tassent jamais du chemin », a répondu l’entraîneur des gardiens avec l’équipe Dan De Palma.
« C’est bon, car tu cherches à garder les yeux sur la rondelle. On enseigne au gardien que si tu parviens à voir le moment où le lancer est décoché, ils peuvent l’arrêter », a-t-il enchaîné.
Reste à voir si cette créativité viendra aider l’équipe canadienne lors du prochain tournoi.






