Pour la 3e année de suite, le Canada n’a pas participé au match de la médaille d’or du Championnat Mondial de hockey junior. C’est assurément décevant. Le Canada a gagné la médaille de bronze dans un match sans saveur face à la Finlande.
Chapeau aux Suédois qui, pour la 3e fois seulement en un demi-siècle, ont grimpé sur la plus haute marche du podium en renversant en finale des Tchèques coriaces qui eux se hissent dans le top-3 pour la 4e année consécutive.
La Suède a été la meilleure équipe au Minnesota et, surtout, elle a joué en équipe et c’est ce qui a fait la différence. Elle termine la compétition avec un dossier immaculé de 7-0, mais elle a bien failli être éliminée en demi-finale face aux Finlandais, comme quoi quelques fois la victoire tient à bien peu de choses.
Maintenant, que fait-on avec la prochaine édition d’Équipe Canada junior? L’an dernier, on avait blâmé (avec raison) l’entraîneur-chef Dave Cameron pour le manque de discipline de l’équipe unifoliée - ce ne fut pas un problème cette année. Le Canada étant parmi les équipes les moins punies de la compétition. L’an dernier, on avait aussi déploré le manque d’attaque (13 buts en 5 matchs). Cette année, le Canada a fait entendre sa chanson fétiche (42 fois en 7 matchs), un sommet au Mondial Junior. On peut donc affirmer que l’attaque n’a pas été un facteur de plus l’attaque massive a fonctionné à 50%...
Le problème, c’est en défensive qu’on l’a vu cette année. Le groupe de huit utilisé par Dale Hunter a souvent joué du bout de la palette et a été très inconstant. Certes, Zayne Parekh a amassé beaucoup de points, mais il a causé un nombre incalculable de revirements. Il n’a pas été le seul. Oublions le travail des deux jeunes arrières de 17 ans, Keaton Verhoeff et Carson Carels, qui ont été utilisés de façon limitée et qui n’ont pas trop causé de dommages. Ce sont plutôt les autres : Harrison Brunicke a passé trois mois dans la LNH, ça aurait dû paraître au Minnesota, mais ce ne fut pas le cas. Même chose pour Kashawn Aitcheson, Cameron Reid, Ethan Mackenzie et Ben Danford qui trop souvent n’arrivaient pas à libérer leur territoire efficacement. Le Canada a mal joué dans sa zone, c’est, selon moi, une des grandes causes de la défaite face à la Tchéquie. Les Tchèques travaillaient de façon plus homogène et ils misaient sur plus de cohésion entre les défenseurs et les attaquants. Quand on consulte les temps de jeu des défenseurs tchèques, on voit que c’est beaucoup plus équilibré.
L’attitude de certains joueurs est aussi à remettre en question. Au lieu de tous vouloir marquer des buts à la Connor McDavid, il aurait fallu plus souvent foncer au filet et lancer de plusieurs angles sans chercher le jeu parfait (particulièrement, dans le match contre la Lettonie en préliminaire et face aux Tchèques en demi-finale). En dépit de cet état de fait, le Canada a marqué 4 buts en demi-finale, ça aurait dû être suffisant pour se qualifier pour le match ultime avec la qualité des individus de la formation de 2026.
Je répète « On fait quoi maintenant »? Certes, on peut questionner la sélection de certains joueurs. Au Québec, plusieurs ont fait état qu’on ait laissé de côté Justin Carbonneau, Maxim Massé ou Justin Poirier. En Ontario, on n’en revient pas que Marek Vanacker et Jake O’Brien aient été retranchés. Dans l’Ouest, on conteste certaines non-sélections, dont celle du défenseur Bryce Pickford qui a récemment signé son premier contrat avec le Canadien et qui approche les 30 buts en 25-26. On se demande aussi pourquoi Carter Bear n’a joué que deux matchs sur sept dans le tournoi. Je ne crois pas que cela ait changé grand-chose. Le problème n’est peut-être pas dans le choix des joueurs, mais dans l’attitude de ceux qui font partie de l’équipe.
Les choix de 1re ronde qui s’alignent pour le Canada (18 cette année et trois en devenir) ont souvent les gros rôles dans leurs équipes respectives et quand on les réunit ensemble, certains ont de la difficulté à mettre leur égo de côté et se contenter de 8 ou 10 minutes de temps de jeu sur une 4e unité ou comme 7e défenseur. Le fait de devoir sacrifier le « spotlight » n’est pas simple pour ces futurs millionnaires à qui la plupart du temps dans leur jeune carrière, on a toujours déroulé le tapis rouge.
La Tchéquie ne regorge pas d’autant de talent et certainement pas d’autant de choix de 1re ronde, mais dans une compétition de courte durée comme le Mondial Junior, les jeunes joueurs se disent que c’est leur chance de briller sur la scène internationale et de démonter qu’avec un bon système et surtout une grande volonté, on peut accomplir de grandes choses. Leur humilité face aux grandes puissances que sont le Canada ou la Suède leur a bien servi et ils repartent avec une médaille d’argent.
Qu’on se comprenne bien, ce n’est pas parce que le Canada rate la finale de la médaille d’or trois fois de suite au Mondial Junior que le hockey va mal au pays. Les six meilleurs joueurs juniors canadiens sont déjà dans la LNH à 18 ou 19 ans. Quand je vois Matthew Schaefer, 18 ans, contourner des défenseurs établis de la LNH comme des cônes orange ou encore quand j’aperçois Macklin Celebrini au 3e rang des pointeurs de la LNH en route vers une saison de 120 points à 19 ans, je me dis que le hockey va plutôt bien chez nous. Je n’ose même pas imaginer ce que Schaefer et Celebrini, pour ne nommer que ceux-là, auraient pu accomplir au Minnesota, ces dix derniers jours. On peut rêver, mais ils n’y étaient pas (avec raison). Cela ne doit pas servir d’excuses, car le Canada avait assez de bons joueurs pour gagner l’or au tournoi cette année, mais ça demeure un fait non négligeable. Au mondial des moins de 18 ans le Canada a gagné les deux dernières éditions et que dire de la domination canadienne lors des séances de sélection de la LNH. Le hockey ne va pas mal au pays parce que le Canada n’a qu’une médaille de bronze en trois ans chez les moins de 20 ans, qu’on se le tienne pour dit…
Alors, que fait-on? Le temps est peut-être venu de confier les rênes de la formation nationale junior à un plus jeune entraîneur. Je pense à un Sylvain Favreau ou à un Mathieu Turcotte qui a brillé chez les moins de 17 ans et les moins de 18 ans ces dernières années dans le programme de Hockey Canada. On pourrait même envisager de revenir à la formule de nommer un entraîneur à temps plein pour les programmes nationaux comme on l’avait fait avec André Tourigny avant qu’il n’accepte un poste avec les Coyotes de l’Arizona. Le personnel d’entraîneurs de cette année, même s’il ne peut être tenu comme unique responsable de la défaite en demi-finale, avait une moyenne d’âge de 60 ans. De nouvelles visions et une voix plus rafraichissante entre joueurs et entraîneurs ne pourraient sans doute pas nuire.
Les États-Unis vivent cette année la même déception que le Canada lors des deux dernières années…On se dit que ce n’est pas normal de terminer au 5e rang d’un tournoi comme le Mondial Junior avec la quantité de joueurs de hockey au pays. Cela ne veut pas dire pour autant que Hockey USA va jeter tout à la poubelle au niveau de son programme de développement. Le hockey s’améliore en Europe et à preuve c’était la 1re fois en 10 ans que ni les Américains ni les Canadiens ne jouaient le dernier match du tournoi.
L’an prochain à Edmonton, le Canada pourra miser sur 10 joueurs de l’édition de cette année qui ne seront assurément pas tous disponibles pour s’aligner avec l’équipe, car il y en aura qui vont demeurer comme cette année dans la LNH en dépit de la médaille de bronze de cette année.
Reposons encore la question : Que fait-on pour la suite?






