LAVAL – Avant le début des éliminatoires, un nuage gris planait au-dessus du Rocket de Laval. Même si l’équipe avait confirmé son statut de première tête de série dans la division Nord, des indices laissaient entrevoir des turbulences sur sa trajectoire.
Le Rocket avait terminé la saison avec seulement deux victoires à ses neuf derniers matchs. Quand il a connu l’identité de son adversaire, autre mauvais présage : il avait été incapable de battre les Marlies de Toronto sur un échantillon de quatre matchs en deuxième moitié de saison.
« Avec certaines équipes, je pourrais être un peu craintif, mais pas avec le groupe qu’on a en ce moment », avait déclaré l’entraîneur Pascal Vincent à ce moment. Ce vote de confiance envers ses hommes a mal vieilli.
Même s’il a gagné son premier match contre les Marlies, le Rocket n’a jamais été véritablement capable de réactiver l’interrupteur et de retrouver sa bonne forme. À travers la longue liste de choses positives qu’il a voulu retenir de la saison, Vincent a glissé quelques réponses qui témoignaient de son insatisfaction quant à la gestion de certains dossiers.
La façon dont le dernier droit du calendrier a été abordé a clairement été nocive, à ses yeux.
« C’est une belle leçon pour nos jeunes joueurs. On a fait les séries de bonne heure et je pense qu’il y a eu un [relâchement]. On s’est dit qu’on allait se préparer pour les séries, mais ça ne marche pas comme ça, il faut que tu continues à performer. Il y a des choses dans notre monde, tu as beau parler, coacher, rappeler, mais il faut que tu les vives comme joueur. Cette fin de saison-là, évidemment, ça n’a pas été idéal. »
« Pour les plus vieux comme moi, c’est un cadeau d’avoir un petit break avant une série, a dit le défenseur Tobie Bisson en référence au laissez-passer que le Rocket a obtenu pour le premier tour éliminatoire en vertu de son titre de champion de division. Mais peut-être que les plus jeunes... Tu vas jouer au golf, il fait beau dehors, des fois les gars se laissent embarquer un peu. Mais le premier match [contre Toronto], on s’est présentés, alors je pense qu’on n’a pas vraiment d’excuses. »
L’affirmation de Bisson aurait pu être interprétée comme un coup bas envers ses coéquipiers moins expérimentés si le vétéran de 29 ans n’avait pas immédiatement retourné le miroir contre lui-même et ses frères d’arme plus aguerris. Deuxième équipe la plus punie de la Ligue américaine en saison, le Rocket a été coulé par son indiscipline contre ses rivaux ontariens.
Le deuxième match de la série en est un parfait exemple. Le Rocket s’était donné une avance de 2-0 en première période, mais a concédé trois buts consécutifs en désavantage numérique et donné un total de 10 jeux de puissance aux Marlies, qui ont finalement signé un gain de 6-2.
« Pour une équipe plus vieille comme on avait, je trouve qu’on a manqué de maturité en séries, juge Bisson. On était beaucoup après les arbitres comme durant la saison. Le match numéro 2, pour moi c’était inacceptable. »
Déplorant que son équipe n’ait pas « appris à travers [sa] saison », Bisson est resté avec l’impression que les Marlies n’ont pas nécessairement gagné la série, mais que c’est plutôt le Rocket qui l’a perdue.
Samuel Blais, qui a péché deux fois dans ce fameux match numéro 2 et qui a terminé les séries avec 20 minutes de pénalité, a admis du bout des lèvres avoir « peut-être des fois » dépassé les bornes. Laurent Dauphin a émis l’hypothèse que l’acharnement du Rocket contre les arbitres en saison était revenu hanter l’équipe en séries.
« On dit tout le temps que les arbitres ne sont pas bons, mais les arbitres ne nous aimaient pas parce qu’on chialait tout le temps, a approuvé Bisson. Ce sont des humains, les arbitres. Quand tu entres en séries, ils ne vont pas oublier tout ce que tu leur as dit en saison. »
Florian Xhekaj a terminé les séries avec 34 minutes de punition. Joshua Roy, qui était au cachot deux fois pendant la remontée des Marlies dans le deuxième match, en a cumulé 18. Vincent n’a nommé personne, mais on peut présumer que ces deux noms étaient dans ses pensées quand il a commenté sur le sujet.
« On veut développer nos joueurs pour pouvoir jouer dans des situations importantes et on l’a vécu. On va rencontrer tout le monde aujourd’hui, mais il y a des joueurs, avec leur réaction dans les séries, s’ils font ça dans la Ligue nationale ils n’aideront pas le Canadien à gagner. »
Avec cette fin de saison précoce et l’identification de ses causes, il sera intéressant de voir les décisions qui seront prises relativement au renouvellement de l’effectif durant l’entre-saison.
Roy, Jared Davidson et Luke Tuch ont écoulé leur contrat d’entrée dans la LNH et seront joueurs autonomes avec compensation, tout comme Sean Farrell et William Trudeau. Blais, Dauphin, Bisson, Alex Belzile et Marc Del Gaizo font partie de ceux qui pourraient devenir autonomes sans compensation. Même chose pour Kaapo Kähkönen et Hunter Shepard, les deux vétérans qui ont terminé la saison devant le filet.









