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Thibault et Hockey Québec lancent un grand virage

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MONTRÉAL – Jocelyn Thibault voulait d'abord changer la culture du hockey. Mais après 18 mois à titre de directeur général, il entame un projet complémentaire et très ambitieux, celui d'accomplir la plus grande réforme de Hockey Québec en 20 ans.

C'est tentant de faire le lien direct avec le scandale qui a éclaboussé Hockey Canada pour expliquer cette démarche. Mais avant même que le tout soit dévoilé publiquement, Hockey Québec avait l'intention de réformer sa gouvernance.

À partir de son entrée en scène, en novembre 2021, Thibault s'est attelé à comprendre le fonctionnement complexe de l'organisation qui s'appuie sur des milliers de bénévoles et qui ne disposait pas d'une grande autorité face aux différentes régions et aux nombreuses associations de hockey mineur (AHM) imbriquées dans sa structure.

Au fil des ans, l'institution de Hockey Québec a été la cible d'une tonne de critiques, mais elle ne détenait pas un grand pouvoir.

« Il y a un enjeu par rapport au rôle de notre fédération. Souvent Hockey Québec devait répondre à une situation X, Y ou Z. Mais dans les faits, ce n'est pas nous qui s'occupait de ça. C'était donc très important, dans un premier temps, de recadrer le rôle de Hockey Québec. C'est quoi notre rôle? C'est le droit de régir notre sport », a exposé Thibault en visioconférence.

« Parfois, comme DG, je ne savais plus trop. Je devais répondre à ça, mais je ne m'occupais pas de ceci. On était imputable de cet aspect, mais pas responsable de celui-ci. En tant que haut dirigeant de Hockey Québec, ça ne marchait pas », a-t-il ajouté.

Thibault a donc partagé ses constatations au conseil d'administration (C.A.) de Hockey Québec, qui a convenu qu'un changement de cap était nécessaire.

« C'est vraiment important, on ne peut pas manquer ce virage », a décrit Thibault alors qu'il s'agit de tout un virage.

Ainsi, Thibault et le CA ont cru bon mandater BNP, une firme externe pour y aller de ses recommandations afin d'ajuster la gouvernance.

« C'est gros. Ça va prendre quelques années, j'en ai jusqu'à la fin de mon mandat, aucun doute », a reconnu Thibault, qui peut effectuer deux mandats à titre de DG donc jusqu'en novembre 2025.

Le chantier s'attaquera à plusieurs aspects incluant : revoir le rôle de Hockey Québec, la composition du CA, la durée des mandats, la provenance des membres, établir un comité de mise en candidature, revoir les liens avec les régions ainsi que les pouvoirs de chaque instance, assurer une meilleure imputabilité et transparence, bâtir un véritable code d'éthique…

Considérant l'ampleur de la tâche, BNP a reçu un deuxième mandat pour accompagner Hockey Québec dans cette refonte.

De manière concrète et moins administrative, Hockey Québec veut aussi rétablir des ponts avec sa base.

« Un autre élément qui m'a frappé en arrivant, c'est la déconnexion entre Hockey Québec et sa base. On n'avait presque jamais de rencontres opérationnelles. Pourtant, il y a beaucoup de choses à maîtriser, c'est compliqué d'opérer dans notre milieu. On a instauré, depuis six ou sept mois, des rencontres opérationnelles mensuelles », a cerné le DG qui se voit avant tout comme le coordonnateur du processus aiguillé par BNP.

Au fil du temps, les régions se sont appropriées bien des pouvoirs et, là aussi, un recadrage s'impose.

« Ce qu'on veut, c'est aider les régions et les accompagner. Notre modèle organisationnel est basé sur le bénévolat, mais de plus en plus de postes permanents existent. Certaines régions en possèdent et d'autres non. Quand tu regardes où ça peut mener dans cinq à dix ans, c'est alarmant », a soutenu Thibault.

« On veut enlever du fardeau sur les bénévoles, les accompagner sans prendre leur place. […] Les gens se démènent partout dans le réseau pour les bonnes raisons. Mais la charge de travail est devenue vraiment difficile, pour les bénévoles et les quelques employés permanents », a-t-il témoigné.

Les initiatives serviront à fournir un accompagnement technique, à s'impliquer dans le dossier des arbitres, à générer des programmes dont pour le hockey féminin.

Du même coup, ce rapprochement avec les régions et les AHM visera à éliminer quelques situations problématiques.

« Quand ça pète quelque part et qu'il y a une gestion de crise, on est souvent les derniers informés. Les gens nous appellent en catastrophe et les médias posent des questions. Mais de quoi parle-t-on? Que s'est-il passé? Hockey Québec ne peut pas juste être une organisation de gestion de crise », a visé Thibault.

En écoutant parler Thibault et Claude Fortin, le président du CA, on ne peut que trouver qu'il y a énormément de pain sur la planche. Les dirigeants de Hockey Québec voudraient bien se concentrer sur le hockey, mais ce coup de volant était inévitable.

« C'est sûr que ce sera différent de ce qu'on connaît depuis des décennies, mais on est rendus là. Les 18 derniers mois nous ont envoyé des messages et ce contexte a convaincu notre CA qu'il faut aller à un autre niveau », a admis Thibault en faisant référence aux scandales déterrés à travers le pays.

« Jocelyn ne l'a pas eu facile depuis son arrivée il y a 18 mois. Il est arrivé après une crise à nos bureaux, le premier ministre a lancé un comité sur le hockey très rapidement, la pandémie est revenue après les Fêtes, on a passé l'été en réunion au sujet de Hockey Canada… », a énuméré Fortin.

« Mais le vent de changement est là, je sens que la plupart des présidents des régions veulent un changement. On pense que ce sera accepté, que ce sera majeur et très positif pour le bien des jeunes, le hockey et notre fédération », a enchaîné Fortin.

Au niveau politique et financier, Thibault confirme que la ministre des Sports, du Loisir et du Plein air, Isabelle Charest, supporte le plan de Hockey Québec. Il rassure aussi les parents en affirmant que tout ce réaménagement ne leur coûtera pas plus cher.

« On prend le taureau par les cornes, les modifications se feront sans augmentation à nos membres. On le fait à même nos ressources financières. Pour le support financier du gouvernement, on aimerait ça. Est-ce que ça prendrait de l'aide supplémentaire ? Ce serait le fun. Mais, comme on dit au hockey, on contrôle ce qu'on peut », a conclu Thibault.