Le hockey n’était pas diffusé à la télévision, du moins pas gratuitement, en France, lorsque Pierre-Édouard Bellemare était gamin. La rare occasion qu’il avait de regarder le sport qu’il aimait se présentait tous les quatre ans, aux Jeux olympiques d’hiver.
« Je suis né dans une famille où participer aux Jeux olympiques est considéré comme l’accomplissement d’une vie », a expliqué Bellemare.
Bellemare est aujourd’hui capitaine de l’équipe française aux Jeux olympiques de Milan-Cortina et, à 40 ans, il a aidé son pays à se qualifier pour la première fois depuis les Jeux de Salt Lake City, en Utah, en 2002. Après avoir enfin rejoint la LNH à 29 ans et joué pendant 10 ans dans la meilleure ligue du monde, Bellemare participe à son dernier grand événement avant d’accrocher ses patins et de mettre un terme à sa carrière.
La France étant évidemment négligée, Bellemare compte bien s’amuser, tout en montrant que ses coéquipiers — parmi lesquels se trouve notamment l’attaquant du Canadien de Montréal Alexandre Texier — et lui ont leur place dans le tournoi olympique.
« J’ai du mal à effacer mon sourire en ce moment. Je m’éclate », a déclaré Bellemare, mercredi, après le troisième entraînement de la France dans le tout nouveau Milano Santagiulia Ice Hockey Arena. C’est ma dernière chance, donc je me dis : ‘Bon, tu dois en profiter’. Mais d’un autre côté, je ressens une grande fierté d’être ici et de représenter mon pays, donc je veux bien jouer pour l’équipe et faire tout mon possible pour gagner le respect des autres. Nous sommes ici pour gagner le respect de toutes les autres nations. »
Un sentiment de déjà-vu pour Bellemarre. Quand il est parti jouer en Suède à l’âge de 21 ans, il a déclaré : « À l’époque, les joueurs français n’étaient vraiment pas respectés. »
Il a pourtant terminé meilleur buteur de la HockeyAllsvenskan, la deuxième division suédoise, et remporté deux fois le championnat de la Ligue suédoise de hockey, l’élite du hockey suédois.
Peu après avoir marqué le but décisif en prolongation qui a surpris le Canada lors du Championnat du monde de 2014, Bellemare a signé son premier contrat dans la LNH — un contrat d’un an pour un peu plus que le minimum de la ligue, soit 600 000 $US — avec les Flyers de Philadelphie.
« Je vais pouvoir jouer dans la LNH, moi, un Français, s’était alors exclamé Bellemare. Ça n’était pas vraiment prévu. C’est complètement fou. On se dit: ‘Je vais y rester un an’, et puis on y va et on y reste 10 ans. »
Pendant cette période, Bellemare a disputé 700 matchs de saison régulière et 85 matchs de séries éliminatoires pour les Flyers, les Golden Knights de Vegas, l’Avalanche du Colorado, le Lightning de Tampa Bay et le Kraken de Seattle. Il a participé à deux séries finales de la Coupe Stanley, en 2018, avec Vegas, et en 2022, avec Tampa Bay, et s’est fait un nom dans son pays natal.
« Évidemment, j’ai un immense respect pour lui, a mentionné son coéquipier, Yohann Auvitu, qui participera à ses premiers Jeux olympiques, à 36 ans. Jouer 700 matchs là-bas, c’est assez difficile. Et tenir aussi longtemps, jusqu’à (presque) 41 ans, c’est exceptionnel. »
La France ne compte actuellement qu’un seul joueur dans la LNH, Texier, et le gardien Antoine Keller a été repêché par les Capitals de Washington en 2023. Tout le monde admire Bellemare, en grande partie à cause du parcours sinueux qu’il a suivi pour en arriver là.
« Son parcours est différent de celui de tous les autres, a rappelé l’entraîneur-chef français, Yorick Treille. Toute sa carrière repose sur son travail acharné et son attitude. C’est le genre de personne qui fait tout comme il le faut. Et en ce qui concerne tous les aspects intangibles, tout ce qui se passe en dehors de la glace et la façon dont il aborde son métier et sa carrière, c’est un excellent exemple pour tout le monde, et c’est notre leader naturel. »
Auvitu, qui a disputé 58 matchs pour les Devils du New Jersey et les Oilers d’Edmonton entre 2016 et 2018, a également qualifié Bellemare de leader naturel : quelqu’un qui ne crie pas, mais qui sait communiquer avec des joueurs de tout âge.
« Il sait s’adapter à différentes personnes, à différents types d’individus, a évoqué Auvitu. Nous sommes tous différents, n’est-ce pas? Il peut donc parler à un joueur de 22 ans ou, comme moi, à un joueur de 36 ans. »
Bellemare avait 20 ans la première fois qu’il a pris part au processus de qualification olympique, puis 24, 28, 32, 36 et 40 ans. Chaque fois, les Français ont échoué, jusqu’à ce qu’ils se qualifient pour 2026, uniquement parce que la Russie a été écartée.
Après avoir prévu de prendre sa retraite il y a deux ans, Bellemare considère les Jeux de Milan comme une fête pour toute sa famille, sa femme, ses enfants et ses sœurs devant y assister. Il ne sait pas exactement ce qu’il ressentira sur la glace, mais il en a une petite idée.
« Ce sera un peu comme mon premier match dans la LNH, a déclaré Bellemare. Ouvrez les yeux, profitez-en et assurez-vous que chaque présence soit comme la dernière, car c’est le sommet. »





