Laurent Dubreuil ne se plaint pas une seconde. Mais à l’approche de ce qui pourrait être ses derniers Jeux olympiques en carrière, il sait qu’il patine pendant une époque dorée du patinage de vitesse longue piste.
« Ce n’est pas le bon temps pour gagner des médailles facilement! », a-t-il souligné lorsque rencontré à la Journée des médias du Comité olympique canadien, en mai dernier. Dubreuil, comme tous les autres patineurs du circuit de la Coupe du monde, doit négocier avec les jeunes prodiges que sont l’Américain Jordan Stolz et le Néerlandais Jenning de Boo.
« Je suis arrivé sur le circuit après Jeremy Wotherspoon, quelques années avant le Russe Pavel Kulizhnikov, qui détient le record du monde. Dans ces années-là, c’était ouvert. Mais tu regardes les temps de l’époque et aujourd’hui, ça ne gagne plus. »
Il y a peu d’athlètes capables d’analyser froidement ses performances et celles de ses adversaires comme Dubreuil peut le faire. Il voit bien qu’il a profité de l’époque pendant laquelle il pouvait dominer le 500 mètres. Sans être déclassé, ses meilleurs chronos ne sont plus suffisants maintenant.
« J’ai eu Kulizhnikov dans les jambes la moitié de ma carrière — en plus, il a été condamné pour dopage, ce qui fait doublement suer. Ensuite, il y a eu une petite baisse de régime, puis maintenant, tu as des gars comme Stolz. Il y a eu trois ans où il n’y avait pas de patineur générationnel. Je suis très bon, mais je n’en suis pas un. Dans ces trois années, j’ai été champion du monde, médaillé olympique (NDLR: D’argent, sur 500 m, à Pékin, en 2022) et deux fois champion de la Coupe du monde. Maintenant, il faut que je me batte non seulement contre Stolz, mais contre de Boo aussi. »
« Pour les amateurs, c’est une époque incroyable, et elle le sera pendant plusieurs années: ils ont 20 ans! J’ai hâte de ne plus essayer de les battre, mais de les regarder se battre entre eux. (…) Au final, c’est ça la réalité, et il faut que je sois assez bon pour gagner. »
Solutions
Des solutions pour gagner, Dubreuil en cherche constamment. Loin de s’asseoir sur ses exploits du passé, il tente de trouver la façon de rattraper de façon constante les meilleurs patineurs contemporains.
Ces solutions se trouvent à l’entraînement, un aspect qu’il a complètement revu l’été dernier.
« Chaque année, on tente d’améliorer notre formule. Quand tu sors d’une bonne saison, avec de bons résultats, tu n’as pas envie de changer. Le succès peut amener la stagnation. Tu te dis que tu es satisfait, alors tu ne changeras pas. Mais les temps qu’on fait là, dans 20 ans, ça ne gagnera plus de médailles. Les temps que ça prenait pour gagner des médailles quand je suis entré sur le circuit en 2012, tu finis 12e, 15e maintenant. Tu n’es plus dans la game du tout. Si tu ne changes pas, tu ne gagneras plus dans trois ans », expliquait-il en mai. Il aurait aussi pu dire: « dans six mois ».
« Si tu ne te renouvelles pas, tu vas te faire doubler, te faire battre, a-t-il poursuivi. Pas que je prenais ça facile; j’essaie toujours de m’améliorer, mais là, il faut que je rehausse quelque chose. »
Et pour améliorer ses temps, Dubreuil a choisi de… ne pas les regarder.
« On patine en ce moment (en mai). Habituellement, je ne patine pas avant le mois d’août. Mais je ne patine pas pour faire des temps, je patine pour travailler sur ma technique, que je ne trouvais pas assez bonne l’an dernier », a-t-il souligné.
« C’est difficile à travailler ta technique en compétitions, car tu penses à aller vite. Si tu penses à aller vite, tu reviens à ton ‘pattern’ habituel. Là, en ne regardant pas les temps, je pense seulement à patiner. Je n’ai aucune idée si je patine vite. Je vais probablement faire ça pendant trois mois avant de commencer à prendre des temps aux tours. Si j’ai bien patiné pendant ces trois mois, si j’ai bien travaillé ma technique, alors je devrais aller vite. C’est plus facile de changer des choses comme ça. Il y a deux ou trois trucs que nous avons modifiés et je pense que ça va porter fruit. »
Les résultats ont tardé à se faire voir, avec seulement trois top-10 en première moitié de saison sur le circuit de la Coupe du monde. Mais c’est à Milan-Cortina que Dubreuil veut que ça débloque. Il sera en action les 11 et 14 février, avec le 1000 m et le 500 m.







