Brian Orser sait que les chances du Canada de ramener une médaille au terme des épreuves individuelles de patinage artistique aux Jeux olympiques de Milan-Cortina sont minces.
Le champion du monde de 1987 – et entraîneur renommé – n’est pas inquiet outre mesure, car il est convaincu que de meilleurs résultats sont à venir.
« Quand on a l’impression de traverser une période d’accalmie, c’est parce que quelque chose se trame, quelque chose mijote, a déclaré Orser. Et soudainement ça explose, et tout le monde est content.
« Il faut juste être patient », a-t-il fait valoir.
Pour la majeure partie des 50 dernières années, les patineurs canadiens se sont distingués lors des épreuves individuelles sur la scène mondiale, décrochant une impressionnante récolte de médailles.
Enfant, Orser a regardé avec admiration, dans son salon à Penetanguishene, en Ontario, le révolutionnaire Toller Cranston remporter une médaille de bronze olympique en 1976, ouvrant la voie à d’autres Canadiens.
Orser a repris le flambeau avec deux breloques d’argent olympiques et un titre de champion du monde dans les années 1980, inspirant à son tour les champions du monde à venir Kurt Browning et Elvis Stojko, qui ont eux-mêmes préparé le terrain pour Jeffrey Buttle et Patrick Chan.
« Comme dans tous les sports et dans tous les pays, il y a des cycles, et on a eu un cycle de champions pour une longue période, a dit Orser lors des Championnats canadiens, le mois dernier à Gatineau, où il a dirigé plusieurs patineurs. À un moment donné, cette tendance sera peut-être mise en suspens pendant un certain temps. »
Bien que le Canada n’ait pas dominé de la même façon du côté féminin, le pays a tout de même produit des médaillées olympiques au cours des 40 dernières années, soit Elizabeth Manley (1988), Joannie Rochette (2010) et Kaetlyn Osmond (2018).
Le riche héritage du Canada rend la situation actuelle difficile à ignorer. Aucun Canadien n’a remporté de médaille en simple aux Jeux olympiques ou aux Championnats du monde depuis Osmond en 2018, et aucun homme depuis Chan en 2014.
Orser a déclaré qu’il n’avait pas d’explications pour les hauts et les bas du patinage artistique canadien.
« On pourrait devenir fou à essayer de comprendre pourquoi ça arrive, a-t-il lancé. Ce n’est pas une question d’entraîneurs ni de talent. Parfois, c’est juste une question de “timing”. »
Browning a également donné son avis sur la situation, estimant qu’une partie de la réponse réside dans l’évolution considérable de ce sport à l’échelle mondiale. Il a souligné que le Japon, aujourd’hui une puissance mondiale, peinait à prétendre au podium masculin à son époque.
Le quadruple champion du monde a également suggéré que l’on s’habitue au succès et qu’on le remet rarement en question.
L’équipe canadienne qui a remporté l’or aux Jeux olympiques de 2018, avec Chan, Osmond et les danseurs sur glace Tessa Virtue et Scott Moir, représentait selon lui « un groupe unique de patineurs », et non la norme.
« Quand on prend sa voiture pour la centième fois pour aller au travail, on n’y pense même pas. Mais après un accrochage ou un accident, on y pense, a déclaré Browning lors d’un entretien téléphonique. C’est ce que nous ferons si nous ne retrouvons pas le succès du passé.
« Ces huit dernières années, nous n’avons tout simplement pas connu le même succès… mais quelle performance difficile à reproduire pour quiconque. »
Stephen Gogolev et Madeline Schizas seront les seuls Canadiens en lice lors des épreuves individuelles à Milan, alors que le maximum est de trois patineurs chez les femmes comme chez les hommes.
Ils ont tous les deux été sacrés champions canadiens en janvier et connaissent de bonnes saisons, mais atteindre le podium olympique au terme des épreuves individuelles risque d’être difficile. Ils pourraient toutefois y parvenir à l’épreuve par équipes.
Schizas, âgée de 22 ans, avait brillé aux Jeux de 2022 en terminant deuxième aux programmes court et libre. Le Canada s’était alors classé quatrième.
« C’est là que réside ma chance de médaille, a reconnu Schizas, qui a réalisé sa meilleure performance en carrière en terminant 11e en simple aux Championnats du monde de Boston l’an dernier.
« Il nous faudra évidemment de bonnes performances de tous les côtés, mais surtout lors des programmes courts », a-t-elle analysé.
Gogolev était en passe de devenir le prochain porte-étendard canadien des épreuves individuelles, réussissant son premier triple axel à 10 ans et remportant la finale du Grand Prix junior quelques jours avant son 14e anniversaire. Une poussée de croissance importante et des problèmes de dos ont toutefois mis l’adolescent sur la touche.
Maintenant âgé de 21 ans, il est en santé, et ses résultats cette saison ont été impressionnants, obtenant des pointages qui pourraient lui permettre de percer le top-10. Aux Nationaux de janvier, ses excellentes performances lui ont permis d’obtenir son billet pour les Olympiques.
Dix pays participeront à l’épreuve par équipes, et les cinq mieux classés au terme des programmes courts passeront en finale. Les États-Unis et le Japon devraient se disputer la médaille d’or, mais le Canada, avec la Russie absente, pourrait lutter avec l’Italie et la Géorgie pour le bronze.
« Si Maddie Schizas et Stephen Gogolev offrent des performances semblables à celles des Nationaux à l’épreuve par équipes, il y a de quoi être optimiste quant à leurs chances d’aider le Canada à monter sur le podium, a déclaré Browning, qui participera aux diffusions des épreuves pour la chaîne CBC. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de marge de manœuvre pour la médaille de bronze. »
Au-delà de Milan, Orser reste convaincu que le Canada connaîtra un nouveau cycle de succès. Il a notamment parlé du programme de développement Next Gen de Patinage Canada et de la jeune et prometteuse Lia Cho.
Âgée de 13 ans, la patineuse originaire de Calgary a battu son propre record chez les juniors aux Nationaux avec 199,60 points. Un pointage qui lui aurait procuré l’argent chez les seniors.
« Elle a simplement un super talent naturel et ce genre de talent n’apparaît que de temps en temps, a déclaré Orser. On en trouve en Corée, au Japon, en Russie, aux États-Unis, et nous en avons un au Canada.
« Je n’ai pas de boule de cristal, donc on ne sait pas ce qu’elle deviendra dans cinq ans, mais je pense qu’elle sera vraiment très forte », a-t-il avancé.





