Montréal – Quelques instants après la défaite du Canada face aux États-Unis en finale paralympique du tournoi de parahockey à Milan-Cortina, Vincent Boily mentionnait que son attention était déjà tournée vers les Alpes françaises, en 2030.
Pour des raisons complètement différentes, Raphaëlle Tousignant pense elle aussi, plus que jamais aux Jeux de 2030. Quoique sa participation soit encore une fois très incertaine.
Depuis son entrée aux Jeux paralympiques, le parahockey est considéré comme un sport mixte. Un changement s’annonçait en vue de la prochaine édition des Jeux, mais voilà qu’un tournoi féminin est de plus en plus incertain, au grand désarroi de Tousignant et des autres joueuses de l’équipe canadienne.
Le Comité international paralympique exigeait que deux Championnats du monde soient organisés avant 2027 afin qu’il puisse considérer la possibilité d’ajouter le volet féminin au programme des prochains Jeux. Après une première édition en 2025 à Dolny Kubin, en Slovaquie, aucune ville ne semble se porter candidate pour l’organisation d’un mondial en 2026.
« Au départ, on pensait qu’une annonce pour le Championnat du monde serait faite après les Jeux paralympiques. Par contre, il y a eu une conférence de presse du président du Comité paralympique le 8 mars où on a appris qu’il n’y avait pas encore d’endroit pour accueillir la compétition et qu’il y avait aussi un manque de commanditaires. On parlait même d’attendre encore jusqu’en 2034. Ça ne va pas très bien, honnêtement », a reconnu Raphaëlle Tousignant, membre de l’équipe canadienne féminine.
« On essaie du mieux qu’on peut en tant que joueuses de faire le plus de bruit possible et d’en parler à tout le monde. C’est encore une grande surprise pour la majorité des gens de savoir que les femmes ne sont pas aux Jeux paralympiques en parahockey. Ils sont choqués quand ils l’apprennent et, à mon avis, c’est une autre preuve qu’on devrait absolument y être », a-t-elle ajouté.
Est-ce que Montréal ou une autre ville canadienne pourrait se porter candidate pour accueillir le Championnat du monde dans les prochains mois ? La question est beaucoup plus complexe, comme l’explique Tousignant.
« Il y a eu beaucoup d’événements au Canada au cours des dernières années, mais c’était toujours organisé par Hockey Canada. Et même si on a reçu beaucoup d’aide de leur part dernièrement, l’équipe féminine n’est pas sous leur gouverne. Je sais que mon entraîneur Maxime Gagnon a fait plusieurs démarches, mais ça demeure compliqué. Ça prend un aréna qui a assez de vestiaires pour toutes les équipes et des hôtels adaptés assez près de l’aréna. Il y a quelques contraintes, mais c’est clair que ce serait incroyable que ce soit à Montréal. »
Selon l’athlète de 23 ans, les obstacles s’accumulent et le temps presse pour les meilleures joueuses de parahockey au monde. De nouvelles conditions s’ajoutent au fil du temps et elles n’arrivent toujours pas à comprendre pourquoi.
« À la conférence du 8 mars, on disait qu’il fallait que le niveau soit meilleur, plus relevé, mais même quand on regarde du côté masculin, il y a une énorme différence entre les équipes. Le Canada et les États-Unis dominent la majorité des autres équipes. On l’a vu aux Paralympiques cette année. »
« Aussi, au début, on demandait au minimum huit pays, mais maintenant on veut huit pays de trois continents différents, mais ça semble être des critères qu’on ajoute à la dernière minute. En 1994, lors de l’entrée du parahockey aux Jeux, il n’y avait que cinq équipes. Je trouve ça assez ironique que, pour un nouveau sport, cinq pays c’était suffisant, mais pour ajouter une catégorie féminine à un sport qui existe déjà, c’est tellement compliqué », a-t-elle argumenté.
L’an dernier, l’annonce du premier mondial féminin avait été faite à la mi-mars. Si aucune date butoir n’a été établie pour l’instant, Raphaëlle Tousignant espère qu’un dénouement positif pourra avoir lieu assez rapidement afin d’enlever un énorme poids sur les épaules de plusieurs joueuses qui rêvent toutes de participer un jour aux Jeux paralympiques.
Une victoire tellement importante
L’automne dernier, en plein cœur de son objectif de se tailler un poste au sein de l’équipe masculine canadienne pour les Jeux de Milan-Cortina, Raphaëlle Tousignant avait annoncé dans ses réseaux sociaux être atteinte d’un cancer du sein. Quelques mois plus tard, la Québécoise vient de terminer ses traitements de chimiothérapie qui ont eu des résultats positifs pour elle. Une opération suivra au cours des prochaines semaines afin de mettre derrière elle cette aventure.
« Je suis contente d’avoir fini la chimiothérapie, ça va me permettre de reprendre de l’énergie. Pendant les traitements, je me fatiguais beaucoup plus vite et je sentais que j’avais beaucoup moins d’endurance. C’était rough, mais aussi assez frustrant. Il reste l’opération, une double mastectomie et une reconstruction. Ce sera intense pour mon haut du corps. J’anticipe beaucoup les 6 à 8 semaines après l’opération, mais j’ai un plan pour récupérer au maximum et être de retour le plus rapidement possible. C’est une belle étape franchie et je me sens de plus en plus moi-même », s’est-elle réjouie.
D’ici là, Tousignant aura la chance de faire connaître son sport davantage en se rendant en Australie afin de participer, en tant qu’entraîneure, à un camp d’entraînement féminin de parahockey.
« L’entraîneure de l’équipe australienne a écrit à mon entraîneur parce qu’elle cherchait une joueuse amputée pour venir offrir un camp sur le maniement de la luge et du bâton à son équipe. Ce sera un camp de trois jours et je m’y lance à fond pour essayer d’avoir un impact concret sur le développement de mon sport dans un autre pays. J’y vais pour avoir du plaisir également ! » a-t-elle conclu.






