Rugby
RugbyOpens in new window
Coupe Mondial du RugbyOpens in new window

Le Canada en finale : deux mondes s’affrontent

Publié le 

Ne ratez pas la finale de la Coupe du monde de rugby ce samedi à 10 h 30 sur les ondes de RDS2 et sur le RDS.ca.

C’était l’objectif avoué de l’équipe canadienne, c’était ce à quoi elle se préparait depuis les trois dernières années : se rendre à la finale de la Coupe du monde de rugby et éventuellement gagner. Les filles y sont maintenant et, vous savez quoi, leurs chances de l’emporter sont bien réelles.

Mais le défi est immense. L’Angleterre trône en tête du classement mondial et a enfilé 32 victoires consécutives depuis sa dernière défaite en finale de la Coupe du monde en 2022 alors qu’elles ont été battues par trois points par la Nouvelle-Zélande. Ce sera leur septième présence en finale. Et, en 37 matchs contre le Canada, elles l’ont emporté 33 fois. De plus, contrairement aux Canadiennes qui ont dû lancer une campagne de financement pour préparer leur Coupe du monde, les Anglaises sont professionnelles depuis 2019. Deux mondes qui s’affrontent.

Si l’Angleterre est considérée actuellement comme la meilleure équipe de la planète, le Canada est sans nul doute celle la plus aboutie du tournoi. On a vu une amélioration de match en match, ses performances allant en crescendo devant les Fidji, le pays de Galles, l’Écosse et enfin la puissante Nouvelle-Zélande en demi-finale.

Les Canadiennes y ont disputé un match impeccable, secouant les Black Ferns comme peu ont réussi à le faire, jouant avec confiance, discipline, détermination. Le Canada a plusieurs atouts dans son jeu : un maul puissant, des passes après contact (off-load) efficaces, un plan de match difficile à suivre par l’adversaire. Et une immense progression depuis sa rencontre en demi-finale contre l’Angleterre en 2022. En conférence de presse, Kevin Rouet, le génie derrière l’équipe, l’a souligné.

« La dernière fois, on n’était pas loin, on a perdu en demie même si toutes les stats étaient pour nous, sauf le score. Mais on n’était pas encore prêts, pas encore capables de performer dans ces matchs à haute pression, et ça fait toute la différence. On a aussi changé notre manière de jouer, il a fallu six mois pour construire de la confiance et ça prend du temps. Il y a un an déjà, je voyais qu’on allait dans la bonne direction. La victoire contre la Nouvelle-Zélande nous aide à croire en ce travail. »

Karen Paquin, qui a célébré sa cinquantième sélection lors de la demi-finale, était de la seule finale du Canada, en 2014… contre l’Angleterre! Elle est sortie de sa retraite parce qu’elle croyait en cette équipe.

« Ça me confirme que ma décision de revenir au jeu a été la bonne, c’est pour avoir l’opportunité d’aller me battre en finale que je suis revenue, je pensais que le groupe avait la capacité de s’y rendre », me confiait-elle depuis Londres. « La préparation va bien, le moral est très bon, il y a un peu de fatigue; ça fait quand même cinq semaines qu’on joue! Nous sommes fières de ce qu’on a fait en demi-finale, mais nous restons très concentrées sur la préparation de notre match. On ne veut pas tout changer, mais seulement rectifier deux ou trois choses et adapter notre plan de match à l’adversaire. »

Parmi les forces du Canada, il faut compter sur certaines joueuses comme la demi de mêlée Justine Pelletier qui a joué un match immense contre la Nouvelle-Zélande, la capitaine Alex Tessier au coup de pied solide et à l’excellente lecture de jeu et surtout Sophie De Goede, en nomination pour le titre de meilleure joueuse de l’année. Elle peut faire la différence dans un match.

L’Angleterre a de grandes forces, comme son pack redoutable et sa première ligne encore plus, sa force en mêlée, à la touche, ses mauls pénétrants difficiles à arrêter. Le Canada devra être vigilant sur ces jeux et limiter l’accès à sa ligne de 22. Les performances des arrières reposent surtout sur la no 15 Ellie Kildunne et la joueuse de centre, également en nomination pour le titre de joueuse de l’année, Megan Jones.

Il y aura un autre atout anglais qui ne fait partie d’aucun livret de match. La rencontre se joue à Twickenham, temple sacré du rugby anglais, dans un stade vendu à guichets fermés depuis plus d’un mois, promis à établir un record d’assistance en rugby féminin.

« 82 000 spectateurs! », s’exclame Karen Paquin. « Personne n’a encore vécu ça! Personne! On se prépare à cette ambiance pour être sûres de bien s’entendre, de pouvoir communiquer entre nous et surtout de rester calmes, de prendre l’énergie sans se laisser submerger. J’ai déjà joué dans des stades hostiles et je m’attends à ça ce week-end. Ce ne seront pas 82 000 Canadiens dans les tribunes! Aux JO de Rio, quand on a joué contre le Brésil et qu’on s’est fait huer, ça m’a fait mal au cœur. Mais c’est le sport. Depuis le début de la Coupe du monde, c’est incroyable de voir les gradins se remplir, d’avoir cette atmosphère. En fin de compte, les gens applaudissent le rugby, et c’est ça qui est génial. »

Les gens applaudiront aussi de ce côté de l’Atlantique, séduits par ce sport qu’ils redécouvrent de Jeux olympiques (rugby à 7) en Coupe du monde (rugby à 15). Et Karen rêve que cet intérêt soit là pour de bon.

« On espère qu’il y aura beaucoup de monde au Canada qui va voir ça et qui aura envie de jouer au ballon après. »