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Des retrouvailles qui n’intimident pas le Supra

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LAVAL – Pendant les deux années qu’a duré ce qu’il décrit lui-même comme sa « crise identitaire » et durant lesquelles il s’est éloigné du soccer professionnel, Charles Auguste a commencé à développer son côté spirituel.

Ce sont ses lectures et ses apprentissages durant cette période qui ont inspiré sa réaction quand Sean Rea a marqué ce qui s’avérerait être le but qui allait propulser le FC Supra du Québec en séries grâce à une rocambolesque victoire de 4-3 à Halifax.

« J’ai juste commencé à rire, honnêtement. Je me suis dit que les dieux du foot étaient avec nous. Je ne sais pas si c’est la destinée, je ne sais pas si c’est l’univers qui nous porte chance, mais les dieux du foot sont avec nous. »

Les plus cartésiens, et l’entraîneur-chef du Supra, Kyt Selaidopoulos, en fait sans doute partie, aimeraient s’asseoir autour d’une tisane et approfondir le sujet avec Auguste. Mais il faut lui donner, il est vrai que la qualification de l’équipe d’expansion québécoise dans le carré d’as de la Première Ligue Canadienne a quelque chose de miraculeux.

Le Supra a dû aller chercher 13 points sur les 15 qui étaient à sa portée dans ses cinq derniers matchs pour éviter d’être débranché. C’est un scénario qui était tiré par les cheveux quand, exactement un mois avant la fin de sa saison, il s’est fait aplatir 6-0 sous les sabots du Cavalry à Calgary.

Aucune aide n’est venue de l’au-delà ce soir-là.

En prenant un pas de recul pour observer la saison du Supra dans son ensemble, cette correction subie en Alberta a davantage l’air d’une anomalie que d’un mauvais présage. Et comme la vie est bien faite, cette théorie pourra être soumise à l’épreuve des faits puisque c’est contre le Cavalry que sera confronté le Supra pour son baptême des éliminatoires.

Le premier match de la série aller-retour sera joué ce dimanche au Stade Boréale. La deuxième et décisive manche du duel aura lieu le 7 novembre dans l’ouest canadien.

« Le message est clair en commençant cette nouvelle saison que sont les séries, affirme Selaidopoulos, qui est entré en poste après la manche de tennis à Calgary. Ce qui est arrivé dans le passé, tu dois l’éliminer de ta mémoire. Ça n’existe plus. Le fait qu’on a réussi à faire les séries avec cinq victoires (sic), ça n’existe plus. Personne ne va se rappeler de ça. »

« On le voit dans tous les sports professionnels, n’importe qui peut gagner à partir de maintenant, insiste Selaidopoulos. C’est mon message depuis lundi : éliminez les affaires négatives du passé, ça n’existe plus. »

Autant le vétéran Auguste que la recrue Matisse Chrétien, qui composaient la charnière centrale lors de ce soir maudit à Calgary et qui sont restés jumelés dans quatre des cinq matchs suivants, promettent que personne dans le camp des négligés ne sera intimidé par le défi que représentent les champions de la saison régulière.

« Je te dirais plus que c’est un carburant, recadre Auguste, un ancien membre du Dynamo de Houston. Tous nos autres matchs contre eux ont été extrêmement serrés, et là on est dans une bonne passe. Le 6-0, la majorité des gars ont oublié ça. On fait bien, on a nos repères. Ça va être un match complètement différent. »

« J’ai plus l’impression que c’est pour eux le stress, renchérit Chrétien. Ils se disent vraiment “On joue contre le Supra, ils ont passé proche de ne pas faire les playoffs...” J’ai l’impression qu’ils ont un peu peur de perdre. Ça serait une mauvaise image pour eux. »

« On y va pour le championnat »

En se taillant une place en séries, le Supra a déjà déjoué les prévisions de la plupart des observateurs qui ne croyaient pas réalistes les objectifs que s’étaient fixés ses dirigeants. À partir de maintenant, le club joue avec l’argent de la maison. Tout ce qu’il accomplira pourra être considéré comme du bonus.

Ça ne veut pas dire que les joueurs prendront cette deuxième saison à la légère.

« La pression n’est pas descendue, assure Auguste. Parce que oui, je veux dire, on a passé un objectif. Mais on est des compétiteurs. Oui, Kyt parle toujours de 2027, mais le discours entre nous est un peu différent. »

« Nous, on est là depuis le mois de janvier. Je ne sais pas ça donne combien de pratiques par semaine. Dans les matchs, on a vraiment tout vécu. [...] La suite, ça va être excitant pour nous. Ça va être une belle expérience pour le groupe. Oui, on veut essayer de bâtir pour le futur. Mais la majorité des gars ici, on y va pour le championnat. »

Après la victoire à Halifax, pendant que le président Rocco Placentino lâchait son fou sur le terrain, les joueurs du Supra ont demandé à leur entraîneur pourquoi il n’affichait pas plus sa joie. Selaidopoulos, qui a passé les cinq dernières saisons à bâtir la dynastie du Forge à Hamilton, voulait que ses protégés comprennent que ce qu’ils venaient d’accomplir, bien qu’immense sur le moment, devait être considéré comme la norme, le strict minimum.

Et même s’il est vrai qu’il a beaucoup mis l’emphase sur l’avenir à moyen terme du club depuis son embauche, il pensait déjà à la suite immédiate.

« T’as atteint une étape, tu veux en atteindre une autre et une autre et une autre. C’est comme ça que tu grandis. C’est comme ça que tu bâtis une culture. »