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Les petites et grandes victoires de Rocco Placentino

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LAVAL – Le téléphone de Rocco Placentino est plaqué contre son oreille quand il vient nous accueillir près du vestiaire du FC Supra du Québec mercredi matin.

Le président nous invite à entrer dans une salle adjacente, finit son appel et pose son appareil devant lui. L’écran s’illuminera à plusieurs reprises pendant les 20 minutes suivantes.

On présume que c’est comme ça depuis quelques jours, depuis que le Supra a gagné son pari de se qualifier pour les séries éliminatoires à sa première année d’existence. Et on devine, au sourire qui ne veut pas disparaître du visage de Placentino, que plusieurs de ces notifications sont porteuses de bonnes nouvelles.

« C’est difficile à croire, Nic », admet Placentino, encore sur son nuage.

Même pour un homme qui y a toujours cru, l’exploit que vient d’accomplir le Supra est difficile à assimiler. En verve, son fondateur se lance dans une anecdote que quiconque a vécu l’expérience de faire un jour taire ses détracteurs pourra qualifier de savoureuse.

La date est gravée dans sa mémoire : le 19 août 2025. Placentino se tenait ce jour-là devant les propriétaires des sept équipes existantes de la Première Ligue Canadienne. Avec son directeur sportif de l’époque, Mateo Cabanettes, et l’un des copropriétaires de l’équipe qui sera nommée le Supra, Angelo Pasto, il était venu dévoiler son projet de football identitaire pour un futur club d’expansion.

Selon Placentino, après sa présentation, un dirigeant de l’Inter Toronto FC a pris la parole. Il a émis des réserves quant aux chances du Supra d’être compétitif avec son modèle de construction d’effectif. C’est à ce moment que l’orateur montréalais a prédit, devant une salle remplie de témoins, que son équipe serait non seulement compétitive, mais qu’elle participerait aux séries dès sa première année d’existence.

« Quand j’ai dit ça, tous les visages, c’était comme “Ce gars-là, il ne sait pas ce qu’il est en train de dire. Il ne comprend pas ce qu’il pense être capable de faire.” Mais ça, c’est ma force dans la vie. Quand t’es un underdog, ça te donne la force. »

—  Rocco Placentino

Le nom de quelques-uns de ces sceptiques de la première heure est apparu sur le téléphone de Placentino dans les derniers jours. « Je ne peux pas te dire qui, mais je peux te dire que plus de 50% de la PLC m’a écrit en privé pour me dire “T’avais raison”. »

Les doutes quant aux idéaux de Placentino se sont répandus bien au-delà des murs de cette salle de réunion. Il le sait. On lui rappelle qu’ils étaient plusieurs, avant que le premier ballon ne soit botté, à penser qu’il était... « Fou? », lâche-t-il pour compléter lui-même la phrase.

Et le revoilà parti.

« Quand j’étais joueur et que suis revenu d’Italie en 2008, Nick De Santis m’a parlé [pour me convaincre] de revenir avec l’Impact. Il me parlait de la nouvelle compétition, le Championnat canadien, et que si on la gagnait on avait accès à la Ligue des champions de la CONCACAF. Et moi je lui disais : “Mais Nick, on va être en USL, on va jouer contre Toronto FC”. Il me dit oui, mais on peut gagner. »

« Alors même quand j’étais joueur, j’avais des gars comme Nick qui ont cette façon de vivre. Pas arrogant. C’est de travailler fort. Parce que quand tu travailles fort, des choses positives sortent. C’est la vérité. »

Les séries comme une opération séduction

Le projet du Supra est né du succès retentissant qu’avait connu le match de Championnat canadien que le CS Saint-Laurent avait joué contre Toronto FC au Complexe sportif Claude-Robillard en 2024.

C’est à cette magnifique soirée de printemps que Placentino repense depuis que le Supra s’est assuré de jouer un match de séries au Stade Boréale. Il espère que cet événement pourra avoir le même effet d’entraînement et être considéré, dans quelques années, comme un moment charnière dans la croissance du club.

« Dans les dernières années, les gens répétaient qu’on avait besoin d’une équipe de PLC au Québec. Maintenant, on en a une. Alors on espère que [notre base de] partisans va grandir avec le temps. Et oui, c’est sûr que les séries vont aider. »

Placentino calcule que le Supra a joué ses matchs au Stade Boréale devant une foule moyenne d’environ 1500 spectateurs. Il affirme que 2500 billets ont déjà trouvé preneurs pour le match de dimanche contre le Cavalry de Calgary. Il espère voir ce chiffre gonfler jusqu’à atteindre au moins 4000. Et pourquoi pas 5000?

« Est-ce que ça veut dire que ces 4000, 5000 personnes vont toutes acheter des billets pour l’année prochaine? Non. Mais est-ce qu’on peut passer d’une moyenne de 1500 à 2500? C’est vraiment ça le but. »