MONTRÉAL – Jonathan David arrive devant les micros et les caméras après un entraînement sous la pluie au Centre Nutrilait. Malgré les consignes du représentant de l’équipe canadienne qui l’y escorte, des reporters hispanophones lui demandent s’il est disposé à répondre à des questions en espagnol. David décline poliment pendant qu’un sourire amusé décrispe ses lèvres.
Peut-être n’était-ce qu’un banal sourire. Peut-être était-ce simplement un signe de timidité. Peut-être tente-t-on de voir là quelque chose qui n’existe pas.
Mais peut-être aussi était-ce un indicateur de l’état d’esprit dans lequel David, qui n’est pas reconnu pour apprécier la compagnie des journalistes, s’est présenté au camp de la sélection nationale qui s’est déplacé cette semaine à Montréal.
Sur les terrains, l’Homme de Glace est dans une forme splendide. Il a marqué dans trois matchs consécutifs avant de traverser l’Atlantique pour rejoindre ses compatriotes pour une série de trois matchs amicaux. Il en a réussi un autre samedi dernier, le seul du Canada dans une victoire de 1-0 contre le Chili.
Ces succès coïncident avec son arrivée dans un nouveau club en Europe. Après une saison difficile à la Juventus, en Italie, David revit grâce à un transfert à l’Atlético Madrid. Après seulement quatre matchs dans ses nouvelles couleurs, il ressemble de nouveau à l’attaquant qui avait connu trois saisons d’au moins 25 buts à Lille, en Ligue 1.
Ce joueur-là s’était perdu après son passage à Turin. Dans une saison où il n’a trouvé le fond du filet qu’à huit reprises, David a été grafigné par la presse et vilipendé publiquement par son entraîneur. Même s’il insiste qu’il ne regrette pas sa décision de transiter vers l’Italie, il a dû se rendre à l’évidence à son retour de la Coupe du monde qu’une séparation était dans son meilleur intérêt.
Jesse Marsch, son entraîneur en équipe nationale, a fait les démarches auprès de l’Atlético Madrid pour vendre la salade de son poulain et vanter la compatibilité de son profil dans le système de l’entraîneur Diego Simeone. Jusqu’ici, il ne s’est pas trompé. À ce rythme, los Rojiblancos activeront avec plaisir l’option d’achat de 25 millions d’euros qui aurait été négociée dans l’entente de prêt avec la Juve.
Quelle a été la clé de cette transition réussie? « Franchement, je ne sais pas trop, a hésité David jeudi. Peut-être que c’est le nouvel air. Peut-être que ça a aidé, ça fait un changement d’environnement. »
« Ça a juste cliqué, a-t-il ajouté. Je joue avec plusieurs joueurs qui ont cette qualité de pouvoir trouver la dernière passe. Ils rendent ma vie facile, pour être honnête. Tout ce que j’ai à faire, c’est finir. »
David a fini par admettre que le changement de scénario lui avait permis de revenir à la base, « comme une réinitialisation complète, d’une certaine façon. » Mais il ne va pas jusqu’à parler d’une libération, d’un poids qui s’est dégagé de ses épaules.
« Je ne pense pas parce que mon travail reste pareil. Que je sois à la Juve ou à l’Atlético, c’est de marquer des buts. Alors mon devoir, il reste le même dans les deux clubs. »
Intégré comme substitut dans un match de Ligue des champions contre Liverpool, David a marqué à sa deuxième apparition avec sa nouvelle équipe lorsqu’il s’est amené en relève avec 30 minutes à jouer contre le Real Sociedad. Trois jours plus tard, il a contribué à une dégelée de 4-0 contre Osasuna avec un but et une passe décisive.
La pièce de résistance de cette semaine de rêve est survenue quand il a inscrit le but vainqueur dans un derby madrilène remporté 2-1 par l’Atlético.
« Pour moi, [mes buts] sont tous égaux. La seule chose, c’est que médiatiquement, c’est beaucoup plus discuté si tu comptes contre le Real Madrid que si tu comptes contre Osasuna. Mais après, tous les deux ils comptent pour la même chose », a-t-il tenté de minimiser.
Grâce à la contribution de son nouveau buteur, l’Atlético occupe présentement le deuxième rang du tableau de LaLiga, cinq points derrière Barcelone. L’équipe canadienne en retire aussi déjà des dividendes. Marsch, qui a affiché de grandes ambitions pour sa troupe en vue du cycle qui mènera à la Coupe du monde de 2030, ne peut qu’espérer que cette sérénité continuera d’envelopper son numéro 10.
« Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne retrouve ses marques. C’est un trop bon joueur pour qu’il reste aussi longtemps sans marquer des buts », a dit son coéquipier Niko Sigur.
« Il a probablement pris une bonne bouffée d’air frais, a pris le temps de retomber sur ses pieds, probablement en profitant de beaucoup de support de son club. De ce que j’ai vu, il fait très bien là-bas. C’est à souhaiter qu’il puisse aussi amener ça avec nous. »





