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Pour une dernière fois en rouge (ou pas!)

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MONTRÉAL – Pour la première fois en plus de deux ans, Samuel Piette enfilera le maillot de l’équipe nationale canadienne. Le sélectionneur Jesse Marsch a convoqué le milieu de terrain pour le premier rassemblement depuis la Coupe du monde, ou plus précisément pour une portion de celui-ci.

Piette participera au match du 3 octobre à Montréal contre le Chili. Il s’agira de son premier match sous l’Unifolié depuis qu’il avait obtenu 11 minutes contre les Pays-Bas le 6 juin 2024. Pour ce retour de la sélection au Stade Saputo, Canada Soccer a prévu lui rendre hommage afin de souligner sa contribution au programme.

De loin, l’événement peut avoir toutes les apparences d’une page qui se tourne. D’une occasion qu’on offre à un joueur qui a représenté son pays 69 fois de faire un dernier tour d’honneur.

Mais c’est exactement ce que Piette ne veut pas.

« Je l’ai bien dit au coach, pour moi dans la façon que ça va être présenté, c’est important qu’on ne parle pas d’une soirée d’adieu », précise le Québécois qui compte le plus d’apparitions avec les Rouges.

Piette reste conséquent avec la déclaration qu’il avait faite après avoir été laissé sur le banc pour toute la durée de la Copa América, le premier tournoi d’envergure dirigé par Marsch. « Tant et aussi longtemps que je vais jouer au foot, que je vais être un joueur actif, je vais être disponible pour l’équipe nationale », avait-il mis au clair lorsque questionné sur sa position. Même si on ne lui a plus fait signe depuis, son approche n’a pas changé.

« Je ne suis pas stupide non plus, je n’ai pas la tête dans l’eau Je sais que ça peut potentiellement être mon dernier match en équipe nationale. Mais on ne connaît pas le futur. Je joue encore et je pense que je performe bien. S’il arrive un moment où il y a des suspensions ou des blessés dans un moment où je fais bien, je ne veux pas qu’on se prive de m’appeler à cause [du match contre le Chili]. »

Piette avait 17 ans quand il a reçu le premier appel de la patrie. Pour donner une idée de l’époque, il était entré en fin de match pour Julian De Guzman. Dwayne de Rosario, Olivier Occéan et Tosaint Ricketts avaient débuté le match.

Il a obtenu son premier gros mandat à la Gold Cup de 2013. Il a participé quatre fois à ce tournoi qui couronne à chaque deux ans les rois de la CONCACAF. Son rendement en 2017 a convaincu l’Impact de lui offrir un premier contrat.

Piette a fait partie de cette génération qui a souillé le maillot contre des adversaires de bas étage, sur des terrains lisses comme un champ de patates et pour des enjeux risibles comparativement à ce pourquoi ses contemporains se battent désormais. Il n’a pas soulevé de trophée ni fait les premières pages, mais c’est un parcours dont il est fier.

« J’en ai joué des matchs sans importance mais qui étaient importants parce que dans le temps, je ne me souviens plus trop quand, mais la formule de qualification avait changé et tu devais aller chercher des points pour passer au prochain tour. On pouvait genre jouer quasiment deux matchs en deux jours contre la Barbade pour aller chercher 0,2 point. »

« Je comprends la réalité d’aujourd’hui et je le dis en tout respect, mais si tu disais aujourd’hui à Alphonso Davies et Jonathan David de partir d’Europe pour aller jouer à Saint-Kitts-et-Nevis sur un terrain douteux..! »

Amertume à faible dose

Piette retire une fierté de la petite part qu’il a joué dans la montée en puissance du programme canadien. Il a notamment fait partie de l’escouade qui a décroché la qualification historique pour la Coupe du monde de 2022. Hors des terrains, il a intégré le groupe de leadership qui a amorcé le travail qui a mené à l’adoption d’une convention collective pour les joueurs de l’équipe nationale.

Son dévouement n’a pas toujours été récompensé. C’est la face cachée d’une carrière dans le sport de haut niveau. Au Qatar en 2022, le sélectionneur John Herdman n’a pas daigné lui donner une seule minute de jeu dans les trois matchs de la phase de groupes. Puis il a vécu le rejet ultime avec l’arrivée de Marsch, qui l’a tranquillement tassé au profit de joueurs plus jeunes et polyvalents qui cadraient davantage dans le style de jeu qu’il voulait implanter.

Lui demander s’il en a ressenti de l’amertume, c’est un peu comme lui demander s’il a un cœur qui bat.

« J’en ai eu un peu, mais pas tant honnêtement. Quand ça arrive, je pense que c’est normal. J’ai de l’égo, tout le monde a de l’égo. Surtout quand au fond de toi, tu penses que tu es encore capable de suivre et que tu contribues, tu fais encore bien. Mais avec le recul, je crois que c’est ce qui m’aide à l’accepter. Si on me disait que je n’étais pas de niveau, je crois que ça me ferait plus de quoi. Mais si c’est une question de profil, je peux juste être en paix avec ça. »

Il n’y aura donc pas de larmes ni de trémolo dans la voix le 3 octobre quand une salle que l’homme de la soirée espère comble se lèvera pour lui donner de l’amour pour une dernière fois en rouge.

« Comme je disais, je sais que c’est probablement mon dernier match, que c’est fini. Mais ce n’est pas le genre de truc qui me fait de la peine. [...] Je suis juste vraiment content d’avoir cette reconnaissance et d’avoir tout vécu ce que j’ai vécu en équipe nationale. Je n’ai pas vraiment de regret. »