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Une succession de petits affronts

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MONTRÉAL – L’idée lancée en milieu de semaine par Philippe Eullaffroy, qui se croisait les doigts pour que la victoire inespérée de son équipe contre les Whitecaps de Vancouver puisse servir d’électrochoc et provoquer un enchaînement de bons résultats, aura vite été démasquée et perçue pour ce qu’elle était vraiment : un vœu pieux.

Inspiré, le CF Montréal? Contre le Crew de Columbus, samedi soir, il a eu l’air en tous points à l’équipe bourrée de limitations qui n’a gagné qu’un match de MLS depuis le mois de juillet.

Sa défaite de 2-0, sa troisième par blanchissage à ses quatre derniers matchs de championnat et sa dixième depuis le début de la campagne, l’aurait fait chuter encore plus au classement de l’Association Est s’il n’en occupait pas déjà la dernière place.

Le match aura été une succession de petits affronts pour un club qui n’en est plus à une déception près.

Lorsqu’il a rencontré la presse pour faire le bilan du mercato estival, Luca Saputo, le directeur principal, recrutement et méthodologie sportive du club, a assuré que la représentativité locale était toujours au cœur de son projet. Pourtant, l’équipe dont il a les clés a laissé partir plusieurs Québécois dans la dernière année, au point où il n’en reste que deux qui sont envoyés sur le terrain sur une base régulière.

Si les joueurs d’ici faisaient vraiment partie de son plan, Saputo aurait pu avoir de pires idées que de tenter de faire l’acquisition de Mo Farsi, un petit gars du Plateau-Mont-Royal qui est au cœur des succès du Crew depuis cinq ans.

C’est lui qui décoincé le pointage samedi. En début de deuxième demie, il a hérité d’une balle perdue par Montréal en milieu de terrain et a immédiatement gobé l’espace qu’on lui offrait. Près du but adverse, il s’est retrouvé en duel devant Samuel Piette, à qui il a servi quelques dribbles pour ensuite décocher un tir sournois qui a tout juste échappé aux gants du gardien Sebastian Breza.

En entrevue avec le collègue Antonin Besner après le match, Farsi a dit qu’il venait de vivre l’un des plus beaux jours de sa vie. Ému, il a ajouté qu’il n’aurait jamais pu s’imaginer marquer un jour dans ce stade qui le faisait rêver dans son enfance.

« C’est un gars que je prendrais demain matin dans mon équipe, a dit Piette en conférence de presse. Sans rien enlever aux joueurs qu’on a, je pense qu’il pourrait nous faire du bien. C’est un joueur de la place. Je pense que les joueurs qui sont ici en ce moment et les joueurs qui viennent d’ici, de Montréal, veulent bien faire pour leur propre ville. À chaque fois que Mo vient ici, je sais que c’est un match spécial pour lui. »

Peut-être faudrait-il mettre la cellule de Bologne sur le dossier.

Le deuxième but du Crew a été le produit d’un chef d’œuvre du milieu de terrain Brais Méndez, qui a envoyé un long coup franc direct chatouiller les cordages derrière Breza. Méndez est un joueur désigné pour qui le Crew a payé des frais de transferts estimés à six millions d’euros.

On ne parle pas ici d’un gros nom surévalué à la Paul Pogba. L’Espagnol de 29 ans jouait l’an dernier à la Real Sociedad, un club de milieu de tableau en Liga. Bien peu d’amateurs de la MLS aurait pu discuter de ses qualités techniques avant son arrivée en MLS. Pourtant, le voilà avec trois buts et autant de passes décisives après seulement neuf matchs.

Pendant ce temps, on attend encore le premier point du CF Montréal qui sera le résultat d’un coup de génie d’Alexis Sánchez. L’échantillon commence à être assez important pour qu’on puisse juger du travail du Niño Maravilla. En 345 minutes réparties sur sept parties, on est à zéro.

Au sujet de son joueur désigné, Eullaffroy a bien été obligé de reconnaître qu’il s’attendait « à peut-être plus d’influence positive et plus rapidement. »

« Est-ce que c’est plus difficile que prévu? Non, pas forcément, a relativisé l’entraîneur-chef par intérim. Mais est-ce que c’est plus long que prévu? Oui. »

Avec les moyens qu’il se donne, le CF Montréal peut difficilement se permettre de rater son coup quand il se décide à partir à la chasse au gros nom. En date d’aujourd’hui, tout indique qu’il s’est trompé sur les trois derniers joueurs désignés qu’il a attirés. Il n’y a pas d’autre conclusion possible.

La visite du Crew marquait le retour au Stade Saputo de Laurent Courtois et Josef Martínez, deux des acteurs principaux de l’irrésistible remontée au classement qui avait porté le CF Montréal en séries, par la porte arrière, à la fin de la saison 2024. Il aurait été presque poétique que le Bleu-blanc-noir profite du passage de ces deux vieilles connaissances pour commencer une autre lancée miraculeuse.

On se permettra plutôt d’affirmer qu’il n’y aura pas de séquence du genre cette saison. L’Impact a une fiche d’une victoire, sept défaites et quatre matchs nuls en MLS depuis le mois de juillet. Les joueurs prennent chaque semaine le terrain avec les meilleures intentions du monde, la plupart du temps avec le même résultat. Il n’y a plus vraiment de raison de croire que ça va changer.

La seule bonne nouvelle à retenir de ce samedi soir, c’est que le Sporting Kansas City a réussi l’exploit de bousiller une avance de trois buts dans son match contre l’Union de Philadelphie. Le CF Montréal s’est ainsi assuré de ne pas glisser au dernier rang du classement général.

Voyez bien que tout n’est pas noir.