LAVAL – Les circonstances étaient différentes et les joueurs du FC Supra avaient promis un résultat différent. Ils ont tenu parole.
Contre un Cavalry FC qui l’avait humiliée lors de leur dernière confrontation, l’équipe toute québécoise de la Première Ligue Canadienne a crié haut et fort qu’elle devrait être prise au sérieux dans ces séries éliminatoires, les premières auxquelles participe un club d’expansion dans la jeune histoire du circuit.
Le Supra a marqué son territoire en inscrivant deux buts dans les dix premières minutes, puis l’a protégé avec abnégation et aplomb. En limitant un rival qui l’avait corrigé 6-0 un mois plus tôt à trois tirs cadrés, il a célébré une victoire de 2-1 bien méritée dans la première manche de sa demi-finale, dimanche au Stade Boréale.
À une semaine du match retour qui sera joué samedi prochain en Alberta, le portrait est le suivant.
D’un côté, une équipe négligée propulsée par un élan irrésistible. Le Supra reste invaincu en six matchs (5-0-1) depuis un judicieux changement d’entraîneur en fin de saison. Il est sensibilisé aux difficultés qu’il lui reste à surmonter, mais les approche sans complexe aucun.
« Je pense que la confiance grandit chaque jour avec cette équipe-là, remarque le capitaine David Choinière. Une chose que j’ai remarquée, c’est qu’on n’a plus vraiment de doutes dans l’équipe. On attaque les matchs avec confiance et on sait qu’on peut faire mal à tout le monde avec les joueurs qu’on a. Donc c’est de continuer sur ce momentum. »
De l’autre, un favori contrarié, mais clairement pas en manque de confiance. L’entraîneur-chef Tommy Wheeldon Jr s’est présenté en point de presse décontracté et somme toute satisfait. Le fait que son équipe ne perd pratiquement jamais à son domicile de Spruce Meadows, où sa dernière défaite remonte au mois de juillet 2025, y contribue grandement.
« On a regardé leurs cinq matchs précédents, on voit leur qualité depuis le changement d’entraîneur. Alors notre performance n’a rien à voir avec le fait de les avoir sous-estimés. On prend le blâme pour un début de match raté, ils ont été supérieurs. Cependant, on a vu comment ils célébraient à la toute fin. Ça me donne encore plus hâte au prochain match. »
— Daan Klomp
Cette entame de match, prise à bras-le-corps par le Supra, avait un petit quelque chose de surréaliste. Dès la quatrième minute, une construction patiente dans les vingt mètres adverses s’est conclue par une frappe autoritaire de l’ancien de l’Impact Zachary Brault-Guillard qui s’est enlacée à l’intérieur du poteau du côté rapproché.
Quatre minutes plus tard, la magie de Loïc Kwemi a donné une occasion rêvée à Choinière. Sa frappe a été parée et le retour, géré par Sea Rea, a été repoussé sur la ligne des buts par un défenseur du Cavalry.
Mais sur l’action suivante, sur un coup de pied de coin recyclé, une tentative de Diyaeddine Abzi a ricoché sur Eryk Kobza et trompé le gardien Nathan Ingham.
« On savait qu’on jouerait devant une grosse foule et qu’on devait s’en nourrir », a dit l’entraîneur montréalais Kyt Selaidopoulos. Le Supra a annoncé un total de 4432 billets vendus, un sommet cette saison au Stade Boréale. « On savait que si on marquait rapidement, ça changerait la donne pour les visiteurs. On voulait sortir en force et c’est ce qu’on a fait. »
Passé la demi-heure de jeu, le Cavalry s’est mis à table. Le Supra a été soumis à une succession de coups francs, de rentrées de touche et de corners, des situations sur lesquelles il avait pris quatre buts dans le dernier match entre les deux équipes. Ses remparts ont tenu un certain temps, mais ont cédé avant la mi-temps, quand une main baladeuse d’Abzi dans la surface a donné un penalty aux assaillants.
Joakim Milli a fait le premier arrêt devant l’as buteur Tobias Warschewski, mais ce dernier est arrivé premier au retour.
« Pendant cinq à dix minutes, on est devenus arrogants, a senti Selaidopoulos. On a sorti de ce qu’on faisait de bien. Dans la vie, quand on fait quelque chose de bien, il faut continuer de le faire. Nous, les gars sur le terrain, ils ont essayé de changer. Quand on s’est regroupés, ça a mieux été. »
Tout au long de la saison, le Supra a perdu plusieurs points en concédant bêtement en fin de match. C’est une mauvaise habitude qui a été corrigée sous les ordres de Selaidopoulos. Comme ils l’avaient fait pour conclure leur saison en beauté à Halifax, les Québécois ont su bien gérer les 45 dernières minutes et protéger adéquatement leur avance.
Mais celle-ci sera de nouveau mise en danger dans une semaine. C’est le côté aigre-doux des séries aller-retour, quand le premier duel tombe à notre avantage. Le Supra a frappé fort, mais il n’a encore rien accompli.
« Le jour où vous allez me voir très high, c’est quand on va soulever des trophées ou qu’on pourra se juger sur des saisons complètes. Pour l’instant, it’s business, veut projeter Selaidopoulos. On doit continuer à travailler. »
« [Pour le match à Calgary], ils vont sortir les canons. Ils s’en viennent, ils savent quoi faire. Les canons vont arriver de chaque côté. Nos boucliers devront être prêts. On doit rester concentrés sur ce qu’on doit faire, mais connaissant coach Tommy, il va lancer tout ce qu’il peut pour avoir cette victoire. »