TORONTO – S’il est vrai que les absents ont toujours tort, Jesse Marsch ne devrait pas avoir de difficulté à avoir le dernier mot cette semaine à Toronto.
À moins de trois mois du match inaugural de la Coupe du monde, le sélectionneur de l’équipe nationale canadienne doit composer avec un groupe fragilisé par l’indisponibilité de plusieurs joueurs qui sont pressentis pour occuper des rôles clés au sein de sa formation cet été.
Alphonso Davies, Moïse Bombito, Alistair Johnston, Stephen Eustaquio et Promise David sont les principaux piliers qui ont dû déclarer forfait en vue de cet avant-dernier regroupement avant le Mondial. Chacun fait face à des défis d’envergures différentes et génère donc des niveaux d’anxiété variables.
Mais où d’autres s’affolent devant les inquiétantes questions soulevées par autant d’incertitude, Marsch préfère voir une occasion d’obtenir des réponses.
Le cas de Davies, même s’il est le capitaine et le joueur le plus talentueux de l’équipe, semble être celui qui préoccupe le moins Marsch. Plus tôt cette semaine, l’entraîneur s’est dit convaincu que le jeune latéral du Bayern Munich serait à son poste pour le premier match du Canada le 12 juin. Davies soigne présentement un claquage subi au début du mois de mars. Une blessure mineure, certes, mais la deuxième dont il est victime depuis qu’il est revenu d’une rupture du ligament croisé antérieur subie il y a un an.
Jamais deux sans trois? Marsch ne semble pas y croire, mais il est difficile d’ignorer complètement la possibilité d’une autre rechute pour le talisman de l’équipe à la feuille d’érable. Richie Lareya, un précieux couteau suisse, a connu une grosse année 2025 en l’absence de Davies, mais il n’y a pas de comparaison à faire entre les deux joueurs. La capacité de Davies à chausser les crampons sera au cœur des ambitions canadienne dans les prochains mois.
On peut toutefois argumenter que la perte de Davies ne serait pas la plus dommageable pour l’Unifolié.
En 2022, au Qatar, la défense centrale avait été identifiée comme l’un des maillons faibles du grand négligé canadien dans un groupe qui rassemblait la Belgique, la Croatie et le Maroc. Renforcer ce secteur devait être une priorité du prochain cycle de quatre ans. L’éclosion inattendue de Moïse Bombito, un cadeau tombé du ciel pour Marsch, et la montée en puissance de Derek Cornelius, ont colmaté la brèche. Sauf qu’en date d’aujourd’hui, la suture menace de céder.
Bombito se relève d’une deuxième blessure majeure consécutive, une fracture du tibia qui l’a éloigné des terrains depuis le mois d’octobre. Même si le Montréalais reçoit le feu vert pour reprendre la compétition, il est légitime de se demander si sa vitesse, l’un de ses principaux atouts, restera altérée par des mois d’inactivité et de réhabilitation. Sans un Bombito au sommet de son art, les espoirs canadiens seraient grandement hypothéqués.
Surtout qu’ailleurs à la position, ce n’est pas la grande forme. Après un séjour infructueux à Marseille, Cornelius a vite quitté les bonnes grâces de son entraîneur aux Rangers de Glasgow. Son avenir en club est incertain et en attendant qu’il se clarifie, Cornelius est privé d’importantes minutes de jeu.
Le jeune Luc De Fougerolles, qui a lui aussi éprouvé des problèmes de santé mais qui devrait jouer à Toronto, et le nouveau venu Alfie Jones, qui meuble présentement lui aussi la liste des joueurs blessés, font partie d’un plan de contingence qu’il serait préférable de ne pas appliquer. Ensuite, il faudrait se rabattre sur Joel Waterman ou Kamal Miller.
Digne de mention, toutefois, est l’arrivée récente dans l’équation de Ralph Priso, un jeune de 23 ans qui se démarque à la position chez les Whitecaps de Vancouver.
Larin doit confirmer
En attaque, la perte de Promise David fait mal. L’intimidant avant-centre arrachait tout cette saison en Belgique (neuf buts en 24 apparitions, dont deux en Ligue des champions). Il a aussi fourni trois buts en seulement huit mandats en équipe nationale. Il est incertain qu’il soit remis à temps d’une opération à une hanche pour faire une différence à la Coupe du monde.
Mais les malheurs de David sont contrebalancés par la renaissance du vétéran Cyle Larin. Invisible lors d’un passage éclair en première division néerlandaise, le deuxième meilleur buteur de l’histoire de la sélection canadienne a retrouvé l’œil pour le fond des filets depuis qu’un prêt l’a fait passer à Southampton, en deuxième division anglaise. Il a déjà quatre buts et une passe décisive en onze matchs là-bas.
Il faudra maintenant voir s’il pourra transposer ces nouvelles sensations en équipe nationale. Son dernier but pour son pays remonte au 16 octobre 2024.
Depuis le début du camp, « il a l’air plus en forme, plus propre, plus précis, plus confiant », a observé Marsch en conférence de presse vendredi. « Je lui ai dit de conserver l’intensité qu’il démontre depuis quelque temps à Southampton. »
Deux autres choses à surveiller dans le secteur offensif : le jeune Aribim Pepple, un ancien du Cavalry de Calgary qui cartonne en troisième division anglaise, devrait obtenir sa première chance de représenter sa patrie. On assistera également dans les prochains jours aux débuts de Marcelo Flores dans les couleurs canadiennes. L’ancien international mexicain a officiellement changé d’allégeance dans les derniers mois.
« Il s’est bien fondu au groupe et sur le terrain, il propose des choses différentes de ce qu’on avait déjà, croit Marsch. Il est bon dans les petits espaces, il est rusé près du but adverse et on aime particulièrement ce qu’il pourrait nous apporter contre des équipes qui nous attendent avec des blocs défensifs compacts. Autant par sa mentalité que par ses habiletés, c’est un bon match pour nous. »
Au milieu de terrain, l’absence d’Eustaquio ne suscite aucune inquiétude à long terme. Mais combinée à la suspension d’un match que doit purger Ismaël Koné, elle devrait permettre aux Québécois Mathieu Choinière et Nathan Saliba de voir du terrain et d’y gagner des points.
Le Canada affrontera l’Islande, 74e au classement de la FIFA, samedi. Il en découdra ensuite avec la Tunisie (45e) mardi.
Marsch a décrit l’Islande comme un adversaire « organisé » qui pourrait justement forcer le Canada à devoir trouver des solutions contre un bloc défensif bas, chose qui lui a causé des problèmes dans le passé.
Le stratège a confirmé que Dayne St. Clair obtiendrait le départ devant le filet canadien contre l’Islande. Maxime Crépeau, qui a subi une légère blessure cette semaine, devrait obtenir sa chance contre la Tunisie.







