MONTRÉAL – Il était clair depuis longtemps que Nick Razzaghi vivait sur du temps emprunté.
À la fin août, son patron, le président du FC Supra du Québec Rocco Placentino, l’avait épinglé sur la corde raide au moment de commenter le congédiement du directeur sportif Mateo Cabanettes. « Aujourd’hui, il doit dealer avec la pression. Tu as perdu ton directeur sportif. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi? »
« On est tous en évaluation d’ici la fin de la saison », avait conclu Placentino lorsqu’il s’était vu offrir l’occasion de donner un vote de confiance à son entraîneur.
Razzaghi ne se sera finalement pas rendu à la fin de sa première année à la barre du Supra. Le club a annoncé son congédiement, en plus de celui de son adjoint Ramtin Maherpour, lundi. Il sera remplacé par Kyt Selaidopoulos, qui était depuis six ans à l’emploi du Forge FC de Hamilton. Le Montréalais y occupait les fonctions d’entraîneur-adjoint et directeur sportif adjoint.
Au Supra, Selaidopoulos hérite aussi du rôle de directeur sportif laissé vacant depuis le départ de Cabanettes.
L’annonce survient trois jours après le cuisant revers de 6-0 encaissé par le Supra sur le terrain du Cavalry de Calgary, la meilleure équipe de la Première Ligue Canadienne. La défaite place l’équipe d’expansion à huit points d’une place en matchs éliminatoires avec encore cinq matchs à disputer. Le Supra détient toutefois deux matchs en mains sur Vancouver FC, détenteur de ce dernier billet pour les séries.
Connaissant le caractère bouillant du président, il aurait été surprenant que Razzaghi survive à l’humiliation subie à Calgary. À tête reposée, cependant, Placentino juge important de placer cette décision dans un contexte plus large.
« Avec cinq matchs à jouer, on s’est dit que ça serait bénéfique de faire ce changement maintenant pour se donner du momentum et préparer l’année 2027. »
— Placentino
« Mathématiquement, on n’est pas sortis [du portrait des séries], alors c’est sûr qu’on va jouer tous nos derniers matchs comme des finales. Mais en même temps, on avait la chance de préparer l’avenir avec un nouvel entraîneur et établir des choses importantes pour la suite. C’est comme un 2 pour 1. »
Selaidopoulos avait ouvertement manifesté son ambition de prendre du galon dans son domaine – et aussi son intérêt pour faire partie du projet du Supra – le mois dernier dans une entrevue accordée à RDS.
« Je suis rendu là, nous avait-il confié. Ça fait six ans que je suis ici au Forge. J’ai passé les étapes, j’ai fait le travail que je voulais faire. Je pense que je suis prêt à passer à un autre niveau. [...] Je veux essayer de voir où je peux mener un groupe avec ma vision, avec tout ce que je sais que je peux apporter et essayer de gagner des matchs et des trophées. »
La « potion magique » du Forge
Le natif d’Outremont a admis qu’il ne s’attendait pas à ce que son souhait soit exaucé si rapidement. Les derniers jours ont passé en coup de vent. Il affirme que ses discussions avec Placentino ont commencé samedi matin. Au moment de nous livrer ses premiers commentaires lundi après-midi, il n’avait pas encore eu le temps de mettre les joueurs du Forge au courant de son départ.
Les deux mots qu’il utilise pour expliquer ce qu’il veut apporter au Supra sont imprimés partout sur les accomplissements du Forge depuis le lancement de la PLC : professionnalisme et constance.
« On doit être constant dans tout ce qu’on fait, développe-t-il. On a souvent tendance à penser au terrain en premier, mais à la fin de la journée, ce n’est pas juste le terrain. C’est tout ce qu’on fait à l’intérieur. Comment on se prépare, comment on marche, comment on entre dans le stade. Toutes ces affaires-là, pour moi c’est la constance. Et constance égale succès. »
Pendant le passage de Selaidopoulos aux côtés de Bobby Smyrniotis à Hamilton, le Forge a remporté quatre fois le championnat de la PLC, a représenté le jeune circuit à de nombreuses reprises dans les compétitions de la CONCACAF et s’est fait remarquer en éliminant le CF Montréal deux fois en Championnat canadien.
« La potion magique du Forge, c’est sûr que j’en prends, c’est sûr que j’en laisse et j’arrive avec mes façons de faire. Je reviens au Québec, je connais la mentalité, je connais les joueurs. J’en ai déjà coaché 10-12 dans l’effectif actuel, alors ils me connaissent un peu et savent comment je suis. Alors le prochain mois, il n’y aura pas de repos. On se met au travail et on essaie de gagner le plus de points possibles. »
La familiarité de Selaidopoulos avec le Supra ne se limite pas aux visages qu’il reconnaîtra dans le vestiaire. Entre le 19 août et le 15 septembre, le Forge et le Supra ont croisé le fer à quatre reprises. Les deux rivaux ont chacun décroché une victoire en saison régulière, puis le Forge a éliminé le Supra du Championnat canadien grâce à un nul de 1-1 et une victoire de 1-0 dans une série de deux matchs au total des buts.
« C’est une équipe qui est très bonne en possession. Maintenant, c’est où qu’elle garde la possession? Dans le tiers offensif et dans le tiers défensif, c’est là qu’on a des faiblesses et on va les travailler. On se crée beaucoup de chances, on a beaucoup d’armes offensives dans cette équipe. On doit les utiliser et les structurer d’une façon où on va créer encore plus de chances. »
Le premier match de Selaidopoulos aux commandes du Supra aura lieu dimanche au Stade Boréale contre Pacific FC, la pire équipe de la PLC.





