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Une rentrée crève-coeur pour le FC Supra

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MONTRÉAL – La cruauté et la beauté du sport se côtoient souvent sous des apparences similaires.

Il y a une semaine, le FC Supra du Québec revenait de l’ouest canadien gonflé à bloc. Un but de la recrue Alexandre Marcoux, à la 97e minute d’un match de fou, venait de lui procurer la première victoire de son histoire.

Dimanche, l’équipe d’expansion de la Première Ligue Canadienne a été poignardée avec le même couteau qui lui avait permis d’achever son premier rival. Dans son domicile, devant sa foule, elle a concédé un but dans les arrêts de jeu pour s’incliner 1-0 devant l’Atlético Ottawa.

Dans un froid qui contrastait avec l’avant-goût estival qui avait drapé la métropole la veille, le Supra avait pourtant tout fait pour réchauffer les 4965 amateurs massés dans les gradins du CEPSUM de l’Université de Montréal. Il avait dirigé 17 tirs vers le but adverse juste en deuxième demie et dominait 9-1 au chapitre des tirs cadrés à la fin du temps réglementaire.

Contre les champions en titre de la PLC, jamais l’équipe du Québec n’a donné l’impression d’être la négligée.

Mais à la troisième minute du temps ajouté, le défenseur Tyr Walker a mis la tête sur un long coup franc. La déviation a échappé aux gants du gardien Joakim Milli, très peu occupé jusque-là.

Pendant que les visiteurs, les joueurs du Supra devaient chercher consolation dans tout ce qui avait précédé ce but crève-cœur.

« Je suis évidemment frustré, comme tout le monde, n’a pas caché l’entraîneur-chef Nick Razzaghi. Ça aurait été vraiment une belle histoire de gagner chez nous. Cela étant dit, on a fait un très bon match. On a pris 22 tirs. On a plus ou moins dominé ce match, selon moi, et je suis très content qu’on ait au moins pu donner une bonne performance. Dans le long terme, c’est positif, c’est un pas vers l’avant. Malheureusement, ce sont les trois points qui comptent. »

« C’est le sport, tu vis les deux extrêmes, se résignait le capitaine David Choinière. Mais il y a beaucoup de positif à retenir de cette défaite. Je pense que ça se résume à marquer juste “le” but. Je pense que si on marque ce but, on a un match totalement différent. On a réussi à mettre Ottawa en difficulté. Il ne restait qu’à capitaliser sur nos chances, c’est tout. »

Ces chances, elles furent nombreuses. Choinière a généré la première, peu de temps après le retour des vestiaires, quand sa frappe d’une vingtaine de mètres a forcé le gardien Garissone Innocent à s’étirer pour éviter l’ouverture du score.

Une brèche venait d’être ouverte. Deux minutes plus tard, Loïc Kwemi a raté environ du même endroit. Sur le corner subséquent, Alessandro Biello a mis une tête qui a tout juste raté le cadre. Puis avant l’heure de jeu, c’est Sean Rea qui a allumé les pétards, déjouant trois adversaires avant de servir superbement Choinière.

Ces trois noms sont restés au cœur de l’intrigue jusqu’à la toute fin. Kwemi, dont chaque manœuvre était célébrée par un impressionnant fan club dans les tribunes, a frappé la barre à la 68e. Rea, bien alimenté par son numéro 9, a raté à bout portant à la 76e.

« Ce sont deux joueurs incroyables qu’on a dans cette équipe. C’est sûr qu’on a un très bel effectif, mais ces deux-là, ils savent faire la différence et ils jouent bien ensemble. C’est un autre point positif », a désigné Razzaghi.

Une victoire pour le Québec

Malgré le résultat contrariant, la journée aura été un franc succès pour le projet de résurrection du Supra piloté par Rocco Placentino.

Le club a annoncé que tous les billets qui avaient été mis en vente ont trouvé preneurs. Mais comme l’a mentionné Razzaghi, « ce ne sont pas juste des gens qui ont acheté des billets. Pour la plupart d’entre eux, quelqu’un dans l’équipe pouvait dire : “Hey, je connais ce gars-là, j’ai joué avec ce gars-là, j’ai coaché contre ce gars-là...” Tu regardes dans les estrades et tu vois un paquet de visages familiers. C’est sûr que tu veux tous les rendre fiers. »

Dans la section 8 du stade au pied de la montagne, des partisans ont déroulé une bannière sur laquelle on pouvait lire « Premier chapitre. Premier match. Créons l’histoire! ». C’est au même endroit que les drapeaux ont éventuellement été agités et les fumigènes allumés, une belle réplique aux bruyants partisans de l’Atlético qui s’époumonnaient juste en face de l’autre côté du terrain. Déjà, on a pu sentir la naissance d’une rivalité.

« C’est la deuxième fois que je joue devant beaucoup de fans ici. La première fois, c’était à Claude-Robillard avec CS St-Laurent, a noté Razzaghi, dont le club semi-pro avait affronté Toronto FC en championnat canadien il y a deux ans. Je vois que les gens sont à 100% derrière nous et j’adore l’énergie qu’ils amènent. Je pense que même Ottawa, quand ils sont rentrés sur le terrain, ils ont senti que c’est différent ici. On est au Québec maintenant. »

Razzaghi n’avait pas tout à fait tort. Quelques minutes plus tôt, son homologue Diego Mejia avait encensé ce projet qui prend forme dans la province.

« Ceux qui me connaissent savent que je suis un entraîneur qui dit ce qu’il pense. Ce qui se passe ici est incroyable. L’équipe est incroyable, l’identité du Supra est incroyable, le logo est incroyable, l’uniforme est incroyable, le stade est incroyable pour la PLC. J’aimerais jouer plus de matchs dans cet environnement. »

Les deux équipes se retrouveront à Ottawa le 9 juin pour le deuxième tome de ce qui pourrait bien être une rivalité naissante.