COLLABORATION SPÉCIALE

 

La semaine dernière, lors la fenêtre internationale du mois de septembre, l’équipe canadienne s’est dirigée vers un pays un peu plus plus éloigné qu’à l’habitude : l’Australie. Nous y avons joué deux matchs amicaux contre l’équipe nationale australienne (NDLR : La Coupe du monde féminine de 2023 se déroulera en Australie et en Nouvelle-Zélande du 20 juillet au 20 août 2023.).

 

Avec un trajet de 24 heures à l’allée, 8 heures de décalage horaire, cinq entrainements et deux matchs âprement disputés, ce fut une semaine demandante tant physiquement que mentalement. À l’issue de ce périple, nous repartons avec deux victoires en poche contre une équipe qui ne nous a pas rendu la tâche facile. À peine ajustée à l’heure de l’Australie, je retraverse déjà l’océan Indien, en route vers la Suède.

 

Enfiler le maillot canadien et chanter l’hymne national devant des milliers de personnes est une expérience unique. Représenter son pays sur la scène internationale est, simplement dis, un honneur. Et plus l’honneur est grand, plus la pression ressentie risque d’être élevée. Comme Beta aime bien l’écrire sur ses présentations Powerpoint d’avant-match, « pressure is a privilege ».

 

C’est vrai, chaque joueuse de l’équipe canadienne a mis temps et effort jour après jour pour mériter le droit de porter cette pression sur ses épaules, mais ça ne veut pas dire que c’est un poids confortable à trimbaler. Même que, si cette pression n’est pas bien canalisée, qu’elle se nourrit des mauvaises pensées, elle peut drastiquement changer la performance d’un athlète.

 

À travers les années, il y a définitivement certains matchs où je n’ai pas su bien gérer la pression, et d’autres où cette pression m’a poussée à accomplir mes plus grands exploits. Assise avec quelques-unes de mes coéquipières dans un café près de l’opéra de Sydney, j’ai profité de notre seul après-midi libre en Australie pour en apprendre plus sur leur perception de la pression, pour comparer les similarités et les différences sur notre vision de ce phénomène qui nous est toutes très familier.

 

Je porte le badge du Canada depuis 2014. Mon premier match avec l’équipe canadienne fut lors de la Coupe du monde U17 de 2014, alors que j’avais 15 ans. Juste avant de mettre les pieds sur le terrain lors du premier match du tournoi, j’étais tellement nerveuse que j’avais les jambes engourdies. Mais pas question d’en parler à mes coéquipières. Je croyais qu’admettre que si la pression m’affectait était un signe de faiblesse, comme si j’étais la seule à me sentir de cette façon.

 

Huit ans plus tard, je suis bien consciente que c’est une expérience universelle, un point commun qui unit pratiquement tous les athlètes. Donc, assise sous le soleil australien avec mon café, je n’ai pas été surprise de constater que, lorsque j’ai demandé à mes coéquipières d’où vient la pression qu’elles ressentent, elles m’ont toutes donné une réponse similaire: elle provient de leurs propres attentes face à leur performance, de leur désir de constamment vouloir faire mieux.

 

En tant qu’athlètes de haut niveau, nous sommes notre plus grande critique, et nous cherchons toujours à faire plus, à être la meilleure, et la pression résultant des attentes que nous nous imposons en quête de ce sommet est plus grande que n’importe quelle pression extérieure.Gabrielle Carle

 

Bien sûr, plusieurs facteurs extérieurs sont également source de pression. Par exemple, les attentes des spectateurs, d’un entraineur, ou encore l’obtention potentielle d’un trophée, individuel ou collectif. Au final, par contre, ce n’est que lorsque nous tournons notre attention vers ces facteurs, que nous leur accordons de l’importance, qu’ils commencent à nous affecter, plus souvent qu’autrement de façon négative.

 

Il y a certains matchs où tout semble se dérouler de façon parfaite, où les étoiles s’alignent et la performance livrée dépasse les attentes du joueur. Y a t-il une façon de prédire les chances de succès d’un joueur avant le match?

 

Récemment, j’ai marqué deux buts au cours d’un match de Ligue des Champions. Si on m’avait dit avant le match que j’allais livrer ce genre de performance, ma première réaction n’aurait pas été d’y croire sur parole. Par contre, ma mentalité avant et durant la partie aurait pu m’indiquer que c’était possible. Puisque nous n’avions plus aucune chance d’accéder à la prochaine ronde du tournoi, je me répétais que je n’avais rien à perdre, et toute mon attention était tournée vers mon désir de gagner le match. Donc, je ne pensais pas à la pression venant avec ce match de Ligue des Champions, aux personnes qui pourraient potentiellement le regarder et aux scénarios catastrophes.

 

Quand j’ai demandé à mes coéquipières comment elles perçoivent la pression durant leurs meilleures performances, elles m’ont répondu qu’à leur meilleur, elles ne pensent pas à la pression, elles se concentrent sur leur match, sur le moment présent. Elles ne m’ont pas dit qu’elles ne ressentent aucune pression, mais plutôt qu’elles n’y accordent pas d’importance démesurée, la pression n’a donc pas d’emprise sur elles. Adopter cette mentalité ne veut pas dire qu’une personne jouera sans équivoque son meilleur match, mais personnellement, c’est souvent quand mon attention est dirigée vers le match que je m’apprête à jouer plutôt que sur les attentes placées sur moi que j’enregistre mes meilleures performances.

 

J’ai souvent associé la pression à quelque chose de négatif, sûrement parce que chaque fois que j’y porte trop attention, j’ai moins de plaisir à jouer. En vérité, le niveau de pression ressenti est un bon indicateur de la grandeur de l’opportunité devant nous.

 

L’important n’est pas l’absence de pression, mais la manière dont cette dernière est perçue et gérée. Bien utilisée, elle peut être l'élément déclencheur de performances grandioses.

Gabrielle Carle