MONTRÉAL — Sur la ligne du temps du CF Montréal, 2025 pourrait possiblement devenir l’année qui marquera un moment charnière majeur pour l’équipe. C’est du moins ce qu’espèrent les membres de la direction du club.
Le Bleu-blanc-noir peut difficilement descendre plus bas que ce qu’il a présenté aux partisans lors de la dernière saison. Avec seulement six victoires, dont deux à domicile, et une récolte de 28 points en 34 matchs, le club a égalé la pire campagne de son histoire, toutes ligues confondues.
Évidemment, les accidents de parcours peuvent parfois arriver dans le monde du sport. La preuve : le Galaxy de Los Angeles, qui était champion en titre de la coupe MLS, a terminé au 14e échelon de l’Association Ouest en 2025. Mais dans le cas de la formation montréalaise, ce fut celui de trop.
Alors que le chemin sinueux qui a mené le CF Montréal jusqu’au 13e rang de l’Est n’était visiblement plus le bon à emprunter, la direction a voulu recentrer ses priorités et modifier son approche pour les années futures.
C’est donc ce qui a poussé Luca Saputo, le directeur principal, recrutement et méthodologie sportive, son frère Simone, le directeur principal, stratégie de l’Académie et gestion de l’effectif, ainsi que Gabriel Gervais, le président et chef de la direction, à publier une lettre aux partisans, le 23 juillet, afin d’annoncer que le club allait entrer dans une importante phase de reconstruction.
« Il est de notre responsabilité de bâtir une équipe gagnante dont nous pouvons tous être fiers. C’est pourquoi nous avons pris la décision d’entreprendre (…) un nouveau chapitre au CF Montréal. Un chapitre fondé sur l’ambition et la fierté. Une nouvelle ère qui remet la victoire au cœur de notre gestion sportive tout en valorisant notre riche histoire et le lien avec vous, notre 12e joueur », y était-il écrit.
À une certaine époque pas si lointaine, il ne fallait pas prononcer ce mot à Montréal, mais, depuis que le Canadien l’a tapissé sur des panneaux d’affichage le long des autoroutes et que les partisans de hockey ont commencé à en voir les résultats, les reconstructions ont semblé gagner en popularité. Mais avant d’en parler à la sauce Bleu-blanc-noir, il faut rappeler ce qui a incité ce changement de garde.
À court de solutions
Les débuts de saison du CF Montréal sont toujours complexes. L’équipe tient un camp d’entraînement à quelques endroits différents, entre le soleil de plomb et les bancs de neige, et il amorce ensuite sa campagne avec plusieurs matchs à l’étranger. On ne s’attend jamais à des miracles avant le retour au stade Saputo.
L’entraîneur-chef Laurent Courtois aurait sans doute aimé en obtenir quelques-uns avant de perdre son emploi, le 24 mars, après avoir vu ses hommes amasser un seul point et deux buts à leurs cinq premières parties. Marco Donadel a pris les rênes du club par intérim, mais l’électrochoc n’est pas immédiatement venu.
Malgré un triomphe aux tirs au but contre le Toronto FC, en Championnat canadien, la troupe montréalaise a porté à 11 sa séquence de matchs sans victoire en MLS pour amorcer une saison, à un seul d’égaler le record de la ligue – qui est finalement passé à 16, grâce au Galaxy.
Par chance, le CF Montréal a affronté le New York City FC. Le 10 mai, au Yankee Stadium, Prince Owusu a touché la cible pour éventuellement permettre au Bleu-blanc-noir de signer sa première victoire de la campagne. Puis, le 28 juin, contre ces mêmes « Pigeons », Victor Loturi a inscrit le seul but de la rencontre pour offrir aux Montréalais leur premier gain au stade Saputo en 2025.
Ce fut quelques-uns des rares moments de réjouissance de l’organisation, qui a au passage été éliminée par le Forge FC en Championnat canadien et qui n’a gagné aucune de ses quatre sorties en MLS avant la parution de la lettre de la direction.
Le mal avait aussi été fait tôt dans la saison. Les blessures à quelques joueurs importants, comme au capitaine Samuel Piette, à l’attaquant et joueur désigné Giacomo Vrioni ainsi qu’au défenseur Jalen Neal, ont compliqué la tâche de Donadel.
Certains départs ont aussi affaibli la qualité de l’équipe. Le Québécois Nathan Saliba et le défenseur George Campbell, deux piliers, ont été transférés à un club européen pendant l’été, plaçant le CF Montréal dans une situation plus précaire.
Bref, lorsqu’une formation combine la plus petite masse salariale et la plus petite moyenne d’âge de la MLS, il serait fou de vouloir viser les grands honneurs.
Éléments encourageants
Les clés pour une bonne reconstruction sont nombreuses, mais elles ne garantissent pas les championnats.
Les jeunes peuvent avoir tout le talent du monde, ils doivent aussi se développer au sein d’un système qui leur permet de jouer au meilleur de leurs capacités. Il faut également une certaine stabilité et une culture d’équipe pour les faire progresser. Et, quand le moment est venu, ils doivent être appuyés par des vétérans qui peuvent faire passer le groupe à un autre niveau.
C’est un peu ce que la direction du CF Montréal a commencé à créer en retirant l’étiquette d’intérim à Donadel, qui a ensuite signé un contrat de deux ans en tant qu’entraîneur-chef. Son intensité, sa fougue, son style de jeu combatif et sa confiance lui ont valu les éloges de la part des joueurs lors du bilan de fin de saison.
Les éclosions offensives d’Owusu, qui a inscrit 17 buts toutes compétitions confondues, ainsi que l’apport de quelques héros obscurs, comme Luca Petrasso et Loturi, ont établi les bases pour la suite des choses en 2026. Owusu a d’ailleurs signé une prolongation de contrat de trois ans, après Noël, pour rester au sein du club.
On pensait que Dante Sealy, auteur de neuf buts en saison, ferait aussi partie de cette relance, mais juste avant Noël, l’équipe l’a échangé aux Rapids du Colorado contre 2,5 millions $ US en argent d’allocation générale (GAM), une somme qui pourrait aider la reconstruction.
Les jeunes Neal, Hennadii Synchuk, Olger Escobar, Efrain Morales et Dawid Bugaj ont quant à eux pris de plus en plus de place sur le terrain et ils ont gagné en confiance.
L’arrivée du milieu de terrain et joueur désigné Ivan Jaime a aussi permis de croire que, lorsque toutes les pièces du casse-tête seront assemblées, le Bleu-blanc-noir sera non seulement excitant à regarder, mais qu’il gagnera sa part de matchs.
La direction s’est également mise au travail pendant la saison morte, lorsqu’elle a fait l’acquisition des défenseurs Dagur Dan Thorhallsson et Brayan Vera en retour, entre autres, de 1,2 million $ en GAM en 2026.
L’équipe commence tranquillement à prendre forme, mais arrivera-t-elle à trouver son rythme lors de la prochaine campagne? Et maintenant que la MLS a annoncé qu’elle passera à un calendrier hivernal en 2027, est-ce que le supplice du CF Montréal en début de saison et lors du camp d’entraînement tirera bientôt à sa fin?





