MONTRÉAL – Une victoire du CF Montréal en finale du Championnat canadien affecterait-elle vraiment positivement la perception générale de cette longue et autrement moribonde saison 2026? Ça dépend.
Si la conquête de la Coupe des Voyageurs incite la direction du club à investir substantiellement dans le renforcement de l’effectif afin d’améliorer ses chances d’être compétitive sur les deux tableaux au début de la prochaine année, et si des résultats intéressants et surtout pérennes ressortent de cette démarche, alors cette saison de misère n’aura pas été qu’une longue boucle vers un retour à la case départ.
Mais si l’équipe de gestion dont Luca Saputo est le porte-parole passe une autre saison morte dans le rayon des aubaines et que son taux de réussite dans la détection de joueurs qui cadrent bien dans son projet ne s’améliore pas, ce trophée annuellement tant convoité, onze fois soulevé par le Bleu-blanc-noir, risque de ne pas laisser le même héritage que dans le passé.
La réponse à la question de départ, donc, ne viendra pas avant encore plusieurs mois.
En attendant, une victoire mercredi contre le Forge de Hamilton serait un diachylon sur une blessure de laquelle de nombreux partisans ont détourné le regard, las de la voir suppurer sans qu’on y apporte les soins adéquats. C’est la vérité que raconte le stade à moitié vide dans lequel l’équipe a joué ses plus récents matchs locaux.
Le gardien Sebastian Breza reconnaît que « c’est sûr que ça serait extrêmement positif pour construire là-dessus pour aller sur la prochaine saison. » Mais avec sa franchise habituelle, il n’a pas contribué à la trame narrative selon laquelle le succès de la saison repose sur ce match de coupe.
« Je ne peux pas parler pour les autres, mais moi je ne pense pas du tout [que ça soit le cas]. Ça ne change pas grand-chose sur la saison. C’est comme si on disait de Vancouver, qui sont premiers dans l’Ouest et qui performent bien en MLS, qu’ils ont fait une saison de merde parce qu’ils n’ont pas été capables de battre la dernière équipe de la ligue. Tout est mis en perspective. La saison va être évaluée au total, mais à la fin de la saison. »
L’entraîneur-chef par intérim Philippe Eullaffroy, pour sa part, a répondu sans hésiter par l’affirmative quand un confrère lui a demandé si le prochain match de son équipe pouvait « sauver son année ». Il a ensuite développé en ajoutant quelques bémols.
« C’est effectivement un match qui peut – je ne sais pas si c’est sauver, mais au moins adoucir l’année. Mais aussi, c’est dangereux de tout mettre sur un match. C’est là où tu peux entrer dans une situation de pression excessive, ce que tu ne veux pas. Tu veux bien sûr qu’il y ait de la pression, mais tu sais, ce n’est pas mourir ou vivre. C’est de faire une meilleure saison ou en tout cas une perception d’avoir réussi une meilleure saison. Donc il faut que les joueurs aient conscience de ça. [...] C’est l’équilibre qu’on doit trouver. »
Un enjeu qui se passe d’explication
La semaine dernière, après une dure défaite à domicile contre Atlanta United, Eullaffroy avait admis qu’il avait l’impression que certains de ses joueurs avaient abandonné. Ce n’est pas une observation qui permet d’entrevoir un match crucial avec un excès d’optimisme.
Breza a fait un habile détour quand on lui a demandé de commenter les propos de son entraîneur, mais il a plus tard assuré, en commentant le récent match nul décroché à Seattle, que « le sentiment d’unité » avait été très fort toute l’année et avait été renforcé avec ce résultat dans l’ouest américain.
Il ne croit pas que des coéquipiers aborderont la finale du Championnat canadien nonchalamment parce que l’importance de la compétition leur échapperait.
« Chacun, dans son pays, il y a une Coupe. Ce n’est vraiment pas propre à nous, même que la nôtre est un peu plus petite et moins importante que toutes les leurs parce qu’on a moins d’équipes. [...] Tout le monde sait ce que ça représente. »
« Déjà, à la base, c’est un trophée, simplifie Eullaffroy. Quelques fois, on banalise un peu ça, mais dans une saison MLS, combien d’équipes peuvent gagner un trophée? [...] On a la chance d’être une parmi celles-là, donc déjà c’est énorme. Après, c’est comme ça que tu remplis ton palmarès, que tu assois ta qualité face aux regards extérieurs. »
Eullaffroy a raison. Un sacre mercredi mériterait d’être célébré sans réserve, ne serait-ce que pour oublier l’instant d’un soir toutes les frustrations d’une saison sinon ratée. Mais il faudrait comprendre les regards extérieurs de se garder une gêne. Il y aurait beaucoup à faire pour que ce succès ne génère autre chose qu’une lueur éphémère.