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De l'espoir... et un doute raisonnable

Publié le 

Une reconstruction qui soulève du scepticisme Reportage d'Antonin Besner au sujet de la réaction des joueurs à l'annonce de la direction de CF Montréal de suivre un plan de reconstruction.

MONTRÉAL – Les rares joueurs du CF Montréal qui ont connu l'époque du flocon ont vu neiger. Les promesses de renouveau ont bourgeonné et fané à répétition dans Hochelaga-Maisonneuve ces dernières années. Néanmoins, Joel Waterman croit que le récent message envoyé par la direction représente un « point tournant pour le club ».

Mercredi, dans une lettre diffusée sur les réseaux sociaux, le président Gabriel Gervais ainsi que les frères Luca et Simone Saputo reconnaissaient avoir échoué dans l'atteinte de leurs objectifs et validaient la déception de leurs supporteurs. Ils annonçaient du même souffle lancer une « reconstruction » visant à remettre la victoire au cœur de leurs ambitions.

Le message a été reçu comme un vent de fraîcheur par les uns, comme une vieille rengaine par d'autres. Waterman a dit comprendre le cynisme de la frange plus pessimiste des partisans, mais voyait personnellement l'initiative comme un véritable pas dans la bonne direction.

« Ce qui a été dit devait être dit, a affirmé celui qui dispute présentement sa sixième saison à Montréal. Ça devait être dit pour notre club, pour nos joueurs et surtout pour les partisans. [Leurs doutes] sont compréhensibles. Ils veulent des réponses pour la tournure qu'a pris cette saison, une tournure qui ne fait le bonheur de personne. »

« Mais bien que je comprenne le scepticisme, je suis d'accord avec [Samuel Piette] qu'il s'agit d'un point tournant pour le club. Ça sera intéressant de suivre ce qu'ils vont faire. J'espère seulement qu'on pourra ramener ce sentiment de fierté et cette passion que j'ai l'impression qu'on a perdus dans les dernières années. »

Quelques minutes avant la prise de parole de Waterman, Piette avait dit interpréter la démarche annoncée par ses patrons comme quelque chose « d'excitant et intrigant ». Excitant parce qu'elle fait réapparaître l'espoir dans une saison d'une noirceur historique. Intrigant parce qu'elle « sème le doute » quant à l'identité des joueurs qui seront choisis pour continuer le projet et ceux qui en feront les frais.

« Mais je pense que c'est bien de la part du club de réagir comme ça, estime le capitaine. Oui, on pourrait dire : "Pourquoi réagir maintenant? Pourquoi ne pas l'avoir fait avant?", mais le mercato ouvre maintenant, alors même si c'était sorti il y a six semaines, deux mois, le club n'aurait rien pu faire de plus. Donc le timing est bon. C'est bien de la part du club de démontrer de la transparence, de montrer qu'il n'est pas satisfait des résultats et que les choses doivent changer. »

Comme Waterman, Piette a vécu la transition ratée de l'ère post-Nancy et les montagnes russes sous Laurent Courtois. S'il est d'avis que les cinq dernières années n'ont pas été le « désastre sportif » que plusieurs aiment dépeindre – il rappelle que l'équipe a raté les séries par une infime marge sous Hernan Losada et s'est qualifiée contre vents et marées sous Courtois – il conçoit que ces récents échecs ont pu effriter la patience des plus fidèles.

Ultimement, les paroles des dirigeants devront trouver une suite dans leurs actions.

« C'est comme moi aujourd'hui, je pourrais vous chanter la pomme et vous dire des beaux mots. Au final, ça ne vaut rien si les actes ne suivent pas. En même temps, de la part du club, sortir quelque chose du genre et ne pas agir par la suite, ça serait carrément se tirer dans le pied. Et puis connaissant les gens en place et la bonne volonté de vouloir bien faire les choses, je suis convaincu que ces gens ont un plan et des ambitions, qu'ils veulent changer les choses pour vrai. Maintenant, oui, attendons de voir comment tout ça va se développer. »

Avec ou sans Donadel?

Pour Piette, il y a une nuance à apporter entre les années dites de « transition » pour lesquelles Losada et Courtois ont fait les frais et la « reconstruction » qui vient de s'amorcer.

Le vétéran milieu de terrain a rappelé les défis qui viennent avec l'arrivée d'un nouvel entraîneur et la patience qu'un tel changement de garde nécessite. « Par contre là, je pense que le club veut peut-être un peu plus, de ce que je comprends, changer les choses avec plus de stabilité, a-t-il ensuite laissé entendre. Justement prendre le temps de bien faire les choses au lieu de faire du patching à gauche et à droite comme on l'a fait dans les dernières années. »

Si le capitaine n'a pas le contrôle sur le destin de Marco Donadel, on peut facilement interpréter qu'il souhaite, et même qu'il s'attend à la participation de l'entraîneur-chef intérimaire dans la suite du projet.

Le principal intéressé, qui avait bien meilleure mine avant l'entraînement de jeudi qu'après la défaite de samedi soir dernier, a affirmé qu'il n'avait pas obtenu l'assurance de ses patrons que ses services étaient désirés pour la saison prochaine, mais ne semblait pas déchiré par la question.

« À chaque deux ou trois matchs, surtout quand on perd, je me fais poser des questions comme celle-là et je réponds la même chose. Je suis très heureux d'être ici. Très, très heureux. [...] Je vis un rêve et je suis ici pour aider en donnant le meilleur de moi-même. C'est ce que je fais aujourd'hui, c'est ce que j'ai fait hier, c'est ce que je fais depuis que je suis revenu ici. Je suis à la disposition du club, maintenant et pour le futur. »

Donadel a confirmé qu'il avait été impliqué dans le recrutement des joueurs qui se grefferont prochainement à l'équipe. Il a spécifiquement indiqué qu'il avait eu son mot à dire dans l'acquisition du jeune défenseur Efraín Morales, récemment acquis en provenance d'Atlanta.

« C'est logique. Je veux dire, en ce moment, je suis l'entraîneur, alors je dois partager mes idées ou même mon expérience. Nos besoins sont très clairs pour moi. »

L'hiver dernier, le CF Montréal a gaffé en axant son recrutement autour du projet de jeu de Laurent Courtois, seulement pour l'écarter du portrait après cinq matchs en saison régulière. Ce faux pas a fourni l'encre à laquelle viennent d'être rédigées des promesses d'un avenir meilleur.

Le club a-t-il réellement appris de ses erreurs? La façon dont sera géré l'avenir de Donadel pourrait en être un bon indicateur.