MONTRÉAL – Prince Owusu était devenu une cible tellement facile pour la critique en début de saison que même ses buts – comme celui qu'il avait marqué sans le vouloir avec son genou à Atlanta – étaient l'objet de moqueries.
Le grand attaquant travaillait d'arrache-pied et abattait à chaque semaine la sale besogne pour laquelle on le disait si dévoué. Il courait, appliquait de la pression, utilisait son gabarit pour aider son équipe à souffler un peu en possession du ballon.
Mais ce ballon, il inventait aussi des façons de ne pas le mettre dans le but adverse. Sa maladresse près des filets ennemis faisait mal aux yeux. Après six matchs, il n'avait marqué qu'un but. Après douze matchs, il n'en avait que deux. Dans un contexte où l'équipe était incapable d'acheter une victoire, c'était largement insuffisant.
Et dans un marché qui digérait encore mal le départ de l'électrisant Josef Martínez et qui s'impatientait devant l'indisponibilité prolongée du joueur désigné Giacomo Vrioni, ce manque d'opportunisme a vite généré lassitude, puis cynisme. La couronne qu'Owusu dépose symboliquement sur sa tête pour célébrer ses réussites a été couverte d'épines. Il a été crucifié sur les réseaux sociaux, hué au Stade Saputo.
Un tel traitement peut enterrer un athlète. Il peut aussi le piquer au vif et initier sa résurrection. On pourrait croire que c'est l'effet qu'il a eu sur Owusu, qui est méconnaissable depuis un mois avec une production de huit buts en sept matchs, toutes compétitions confondues. Mais le principal intéressé s'empresse de déconstruire cette théorie.
« Pour être honnête, je n'ai rien entendu, jurait le stoïque buteur vendredi matin à la veille du match entre le CF Montréal et le Fire de Chicago. Je ne lis pas les articles ou quoi que ce soit d'autres, je ne l'ai jamais fait, même en Allemagne. Les critiques, ça fait partie du métier, mais personne ne sera jamais aussi dur que moi à propos de mon jeu. Que je marque ou non, je sais exactement si j'ai joué un bon match ou pas. »
Le fait que sa léthargie offensive coïncidait avec les insuccès de l'équipe est probablement ce qui pesait le plus sur Owusu, qui autrement laisse entendre que ses performances n'étaient pas si moribondes que le reflet qui en était projeté dans l'opinion publique. Cette auto-évaluation s'accorde avec celle de ses patrons.
« Si Prince est bon, il va jouer. Et si demain il ne mérite pas d'être sur le terrain, il restera sur le banc. C'est comme ça que ça marche dans notre domaine, tout le monde sait ça », a tranché l'entraîneur-chef intérimaire Marco Donadel.
À ce sujet, les chiffres parlent : Owusu a été le deuxième joueur le plus utilisé du CF Montréal cette saison avec 1875 minutes à son compteur. Il a été titularisé dans 21 matchs de MLS en plus de commencer les trois parties des siens en Championnat canadien.
« C'est normal, au soccer comme dans n'importe quel autre sport, de traverser des bons et des moins bons moments. Et c'est tout aussi normal que les gens de l'extérieur, que ça soit les médias, les partisans, les recruteurs, jugent les joueurs sur les 90 minutes durant lesquelles ils les voient sur le terrain pendant la semaine. C'est votre travail. Mais nous, on a toujours su ce que Prince apportait à l'équipe, à quel point il était un exemple de professionnalisme dans sa mentalité défensive et son identité. Il est un excellent exemple à suivre pour tous nos autres joueurs. »
À tous ces impondérables et ces qualités imperceptibles à l'œil du néophyte, Owusu a récemment ajouté la capacité à concrétiser ses actions. La spectaculaire séquence qu'il a engraissée mercredi en marquant dans une défaite à Philadelphie lui a permis de dépasser son total de buts de la saison dernière. Il a maintenant atteint la dizaine de buts pour la première fois de sa carrière en MLS.
Pour ces succès qu'on n'attendait plus, Owusu crédite le sérieux de sa préparation, une familiarité grandissante avec ses coéquipiers et son aisance toujours croissante en MLS, un championnat qu'il a découvert l'an dernier chez le Toronto FC. « Si vous êtes nouveau dans cette ligue, ça peut être très dur de s'y adapter. J'ai de bonnes sensations présentement parce que j'ai appris du passé. Ce qui fonctionnait moins bien auparavant me sourit aujourd'hui parce que j'ai appris de mes erreurs. »
Il aura eu besoin de plus de temps sur le terrain pour le faire, mais avec onze matchs à écouler au calendrier, il est fort probable que sa production totale surpasse celle de Martínez la saison dernière. Il peut même viser les 15 buts enfoncés par Romell Quioto en 2022.
Sa mise sous contrat, jadis utilisée comme un argument pour illustrer l'incompétence d'une direction sportive inexpérimentée, doit désormais être considérée comme l'un des bons coups du premier entre-saison de Luca Saputo et son équipe.



